Bassaïev justifie ouvertement la terreur

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MOSCOU. (par Dmitri Kossyrev, commentateur politique de RIA Novosti). Le terroriste international Chamil Bassaïev a reconnu dans un message être l'organisateur de la prise d'otages de Beslan et a qualifié les événements de "succès militaire". On peut se demander pourquoi le terroriste a attendu deux semaines avant de faire cette déclaration. Il est clair que Bassaïev, tout comme Maskhadov un jour plus tôt, a compris qu'il était temps de "sauver la face".

Le monologue du superterroriste s'adressait presque exclusivement à l'auditoire occidental et pas à Vladimir Poutine, pas à ses compatriotes de Tchétchénie, ni même à ses frères extrémistes, ce monologue était destiné précisément au monde extérieur. Et plus que tout, ce document fait penser à une série de réponses à un adversaire invisible - ce sont des réponses agacées, pleines de hâblerie et de provocation. La discussion porte essentiellement sur l'argent, et ce thème revient constamment dans les propos de Bassaïev. Le mot "enfants" apparaît seulement quatre fois dans le texte, et dans une occurrence il s'agit des enfants japonais (ceux d'Hiroshima), à deux reprises, il cite les enfants jordaniens, et une seule fois il est question des enfants tchétchènes. Mais à aucun moment il n'évoque les enfants de Beslan.

Les moments clés du message de Bassaïev sont les suivants: son commando est pauvre, il ne reçoit aucune aide financière de personne, c'est pourquoi il est totalement indépendant. Ces points apparaissent à plusieurs endroits du discours de Bassaïev: "les Tchétchènes disposent de forces et ont la possibilité de combattre seuls la Russie"; "je ne connais pas Ben Laden. Je ne reçois aucun argent de lui, mais je ne refuserais pas son aide financière"; "les explosions des avions m'ont coûté quatre mille dollars, celles de l'arrêt de bus (Kachirskaïa) et de la station de métro (Rijskaïa) - sept mille dollars, quant à l'opération "Nord-West (c'est-à-dire Beslan), elle m'est revenue à huit mille euros"; "cette année, je n'ai reçu de la part des étrangers que dix mille dollars et cinq mille cinq cents euros". Et ainsi de suite, comme la reddition annuelle des comptes dans une banque. Mais là n'est pas la question, peu importent ces chiffres invraisemblables, l'essentiel réside dans l'importance du thème de l'argent pour l'auteur du monologue.

Et encore un point capital: "les Tchétchènes se battent contre la Russie pour l'instant uniquement sur le territoire de la République Tchétchène d'Itchkérie (nom donné à la Tchétchénie par les indépendantistes) et de la Fédération de Russie", c'est-à-dire que - vous, le monde extérieur, vous n'êtes pas touchés. Et là encore la déclaration ne concorde pas du tout avec les faits, et l'expression "pour l'instant" est intéressante. A noter aussi les tentatives pour démontrer que les mercenaires étrangers à Beslan étaient moins nombreux que ne l'affirme Moscou: selon la version de Bassaïev, le commando ne comptait que deux Arabes.

Et enfin, quelques morceaux d'anthologie. "Aujourd'hui, alors que le monde entier "avec une émotion courroucée" nous demande de nous arrêter, cela nous semble risible et nous posons la question: "Mais qu'est-ce que vous avez fait en notre faveur pour que nous vous écoutions?". Bassaïev recommande de faire pression plutôt sur Vladimir Poutine, quant à lui (Bassaïev), il agira comme bon lui semble. Ces propos concluent la partie conceptuelle du message.

Quelques conclusions: l'étranger exerce tout de même une certaine pression sur le terroriste numéro un de Tchétchénie, et semble-t-il, le deuxième terroriste mondial après Ben Laden pour le nombre des victimes, ce qui l'irrite et sa réaction est du genre "on se passera de vous". Mais en même temps, il s'efforce de réfuter point par point les conclusions préalables tirées après la tragédie de Beslan et les autres attentats. Ceci ne constitue d'ailleurs pas une sensation.

Certes, il serait ridicule de s'attendre à ce que la propagande des terroristes nous fournisse via leurs sites Internet des informations sur les commanditaires et sur les motifs de la prise d'otages de Beslan et des autres attentats. Il est clair qu'il s'agit pas de Tchétchènes de la Tchétchénie elle-même - c'est déjà un terrible coup porté contre eux, sans compter la menace de vendetta de la part de leur voisin du Caucase. On ne peut que conjecturer que l'unique objectif logique de cette opération terroriste est la déstabilisation du régime de Vladimir Poutine et de la Russie dans son ensemble. La lettre de Bassaïev ne jette aucune lumière sur ce problème, par contre elle met en évidence un épisode curieux des relations entre le "roi de la terreur" et quelqu'un d'autre, ce dernier se trouvant loin des frontières de la Russie.

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