Les problèmes du Proche-Orient seront au centre de la "semaine ministérielle" de la 59e session de l'Assemblée générale des Nations unies qui ouvre ses travaux le 21 septembre prochain à New York. Trois grands événements sont notamment programmés: d'abord une réunion du Quatuor des médiateurs pour le règlement proche-oriental (Russie, UE, ONU et USA), une deuxième réunion pour l'Irak qui rassemblera les pays du G-8, mais aussi les voisins et les donateurs potentiels de Bagdad et, enfin, un Forum pour l'avenir dont la création a été décidée au sommet du G-8 en juin 2004 à Sea Island (États-Unis). Parmi les objectifs de ce dernier forum on compte celui de fournir une assise au dialogue et à la coopération entre l'Occident, d'un côté, et le Proche-Orient et l'Afrique du Nord, de l'autre, sur le plan des réformes politiques, économiques et sociales.
Ces trois événements sont étroitement liés. Sans le progrès en Irak et en Palestine, aborder la démocratisation et les réformes au Proche-Orient serait pratiquement stérile. Dans le même temps, c'est la refonte du système politique et économique qui fait partie des projets de règlement des conflits régionaux.
Si les problèmes du Proche-Orient et de l'Afrique du Nord inquiètent les pays occidentaux, y compris la Russie, c'est en premier lieu à cause de la menace terroriste qui en émane. Les réformes réalisées parallèlement au règlement des conflits régionaux doivent diminuer la menace de prolifération du terrorisme. Mais alors que ces conflits ne sont toujours pas réglés, les pays du monde demeurent partagés sur les notions mêmes du terrorisme régional et terrorisme mondial.
Ainsi, pour le chef de la diplomatie syrienne Farouk al-Charaa, les terroristes visent les sites civils par opposition aux combattants des forces de résistance qui détruisent ceux des occupants. Le ministre parlait de la situation en Palestine et en Irak. Son message est bref, mais clair.
Après de longs débats sur le dossier irakien, les pays du monde arabe ont fini par trouver un terrain d'entente. Le gouvernement irakien a notamment abandonné toute tentative pour déclarer criminel le leader chiite Moqtada al-Sadr et est prêt à lui donner la chance de participer au processus politique. Bagdad a également accepté l'initiative de Moscou sur l'organisation d'une conférence internationale sur l'Irak où seraient invités des représentants de l'opposition irakienne. Cependant, les États-Unis et l'ONU n'ont pas voulu jusqu'à présent se pencher en détail sur les préparatifs de ce forum. On s'attend à ce que que les parties concernées parviennent à cette entente à New York.
Ces débats auront pour toile de fond les propos du secrétaire général de l'ONU Kofi Annan pour lequel "l'incursion des États-Unis et de leurs alliés en Irak a été une démarche illégale et contraire à la Charte des Nations unies". La question ne semblait plus d'actualité, l'après-guerre s'étant imposé au premier plan pour occulter les débats sur les origines de la guerre. Des origines que Kofi Annan a jugé nécessaire de rappeler. Sans doute pour que l'avis de l'ONU dont les États-Unis et la Grande-Bretagne n'ont pas fait cas en déclenchant la guerre soit pris en compte lors des débats sur les chemins du développement irakien. Moscou revient de même à ces origines en proposant de mettre un point final à la question de savoir si l'Irak détient ou non des armes de destruction massive. Les propos de Kofi Annan ont déjà soulevé l'indignation à Washington et à Londres, alors que la proposition russe est restée sans suite. Reste à deviner les émotions qui envahiront les délégués à New York et si elles seront fructueuses.
Dans la zone du conflit arabo-israélien, la situation paraît encore plus compliquée, voire désespérée. Les Arabes sont unanimes non seulement sur l'Irak, mais aussi sur la Palestine: ils considèrent comme résistance les attentats organisés par les Palestiniens contre les Israéliens et comme terrorisme d'État les hostilités menées par Israël sur son territoire. De leur côté, les Israéliens appellent la communauté internationale à reconnaître leur droit aux actions tant musclées comme riposte aux attentats que préventives dans le contexte de la lutte internationale contre le terrorisme.
La position de Moscou se résume dans les propos du chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov. En rentrant début septembre d'une tournée à travers les pays du Proche-Orient, il a dit dans une interview au quotidien "Vremia Novosteï": "Les terroristes qui font sauter des discothèques et des bus en Israël, qui font sauter une école à Beslan, qui organisent des attentats en Europe, en Afrique, en Amérique et en Asie n'ont absolument rien à voir avec les buts poursuivis par les peuples de ces continents au regard des conflits qui y persistent. Ces conflits peuvent être réglés par voie de négociations et à l'aide du droit international". La lutte contre le terrorisme et le règlement des conflits régionaux sont donc deux processus parallèles. Un sujet qui susciterait pas mal de discussions à New York, surtout lorsqu'il s'agira du règlement du conflit israélo-palestinien.
A la veille de la réunion du Quatuor, des médias israéliens, notamment "Yedioth Ahronoth", ont publié les propos du premier ministre Ariel Sharon selon lesquels les Israéliens ne respectaient et ne respecteraient pas la feuille de route élaborée par le Quartette au printemps 2003. Toutefois, les médiateurs du règlement proche-oriental ne les ont pas pris au sérieux. Ou, du moins, ils ont donné cette impression. Le porte-parole de la Maison-Blanche a déclaré que les propos de Sharon pouvaient être mal interprétés. Une position soutenue aussi par Moscou.
De sources diplomatiques, Israël n'a jamais annoncé officiellement son "non" à la feuille de route. Celle-ci reste aujourd'hui le seul document qui, signé par les deux parties en conflit, stipule que le processus de paix devra déboucher sur la création d'un État palestinien. Les parties en conflit et les médiateurs n'ont pas d'autres plans de règlement. C'est une autre affaire si le plan tout bon qu'il soit n'est respecté ni par les Israéliens ni par les Palestiniens, et Sharon l'avoue. Toujours est-il que cela ne fait plus sensation chez les diplomates.
Il est évident que les attentats contre les Israéliens et les actions musclées de l'armée israélienne sur le territoire palestinien ne contribuent pas à ce que les parties en conflit se mettent à la table des négociations. Pourparlers ou concessions, tout est impossible aussi en raison du paysage politique intérieur tant en Israël qu'en Palestine. La situation est pratiquement désespérée, et la réunion du Quartette à New York pourrait à peine l'améliorer. Mais les médiateurs n'ont pas d'autre choix, et ils cherchent à empêcher les parties en conflit de prendre des décisions qui enterreraient tout espoir de paix dans la région. Cet espoir persiste malgré tout. L'essentiel aujourd'hui est non pas de rechercher de nouveaux moyens de règlement mais de préserver l'unanimité des médiateurs.
Atteindre des positions communes sur le dossier de l'Irak et d'autres encore ne ferait sûrement pas de mal. Bref, autant de questions qui seront au cur des débats à New York.