L'unique moyen de prévenir les actes terroristes se résume à ceci: la coopération dans la lutte contre ce principal fléau du 21e siècle entre tous les Etats de l'Est et de l'Ouest, entre leurs organes spéciaux et les structures de force, la confiance réciproque et le soutien multiforme. Autrement dit, c'est l'idée d'une coalition antiterroriste. Elle était d'ailleurs le leitmotiv de la table ronde qui s'est tenue mardi dernier au Centre Carnegie de Moscou.
"Le terrorisme, ce n'est pas une politique, c'est un instrument, a déclaré Dmitri Trenine, vice-directeur du Centre. L'objectif poursuivi par Chamil Bassaiev et ses semblables est de déstabiliser la situation non seulement dans le Caucase du Nord, mais aussi dans la région de la Volga, de saper la confiance de la population dans l'administration présidentielle, de déclencher une guerre, de diviser la Russie et de parvenir à créer, sur ses ruines, un khalifat musulman. Les compagnons d'armes des terroristes tchétchènes qui appartiennent à Al-Qaïda" poursuivent des objectifs semblables. Ils s'efforcent d'entraîner Washington dans la lutte contre le monde islamique, de renverser avec son aide les régimes autoritaires dans plusieurs grands pays arabes, de les réunir sous des mots d'ordre radicaux et de commencer à dicter leurs conditions au reste du monde". Que peut-on opposer à ces tendances?
De l'avis d'Andrew Kuchins, directeur du Centre Carnegie de Moscou, d'Alexei Arbatov, membre correspondant de l'Académie des sciences de Russie, d'Alexandre Egorov , employé du ministère russe des Affaires étrangères, et de Youri Fedorov, vice-directeur du Centre d'Etudes politiques de Russie (centre PIR), pour combattre le terrorisme, la Russie et les Etats-Unis, les Etats européens, Israël et, peut-être, l'Inde et la Chine doivent conjuguer leurs efforts. "Il est temps de mettre de côté les contradictions qui entravent l'unification de ces efforts et de se concentrer sur l'objectif principal: prévenir les actes terroristes, a dit Andrew Kuchins. Pour cela, il faut des rapports plus confiants et étroits entre les services de renseignements, l'échange d'informations, la fourniture d'équipements antiterroristes et d'armes modernes, l'échange d'expérience acquise, entre autres, par les services secrets de Tel-Aviv et, l'essentiel, la volonté politique d'entretenir cette coopération, de demander l'aide d'autres Etats et de l'accepter".
De nombreux orateurs ont soutenu les idées énoncées par le président russe Vladimir Poutine à la récente réunion élargie du gouvernement: les insuffisances de la lutte contre le terrorisme résident dans la corruption et l'incompétence des structures de force, dans l'absence de base juridique de cette lutte. "En fait, la guerre dure depuis dix ans dans le Caucase du Nord, mais la loi sur l'état d'urgence dans cette région n'est toujours pas adoptée, a dit Alexei Arbatov, ancien vice-président du Comité de défense de la Douma (chambre basse du parlement russe). Il n'y a pas de fondement juridique aux actions des troupes en Tchétchénie et en Ingouchie, dans d'autres républiques du Caucase du Nord. Il n'y a pas de centre unique dans la lutte contre le terrorisme, les frontières ne sont pas fermées, tant les frontières étatiques qu'administratives. Il n'y a pas de plan civil de rétablissement de la Tchétchénie échelonné sur le long terme, il n'y a pas de contrôle rigoureux de l'Etat sur la dépense des sommes allouées au rétablissement de l'économie et de la sphère sociale de la république. Tout cela sape la confiance de la population dans le désir sincère des autorités de mettre de l'ordre sur ce territoire, de le débarrasser des bandits et des violeurs".
"Il est impossible de remporter une victoire sur le terrorisme, si on l'aborde en appliquant deux poids, deux mesures, a dit Youri Fedorov. Cela concerne notamment les pays européens où trouvent un refuge et un soutien les émissaires tchétchènes impliqués dans l'activité terroriste. Cela concerne également certains représentants de l'Etat russe qui n'ont pas encore défini leur position à l'égard de la Palestine et des régimes séparatistes de Transcaucasie".
D'autres orateurs ont également fait des remarques critiques à l'adresse des dirigeants politiques et militaires russes pour leurs fautes commises dans la lutte contre le terrorisme, notamment le général en retraite Vladimir Zolotarev, vice-directeur de l'Institut des Etats-Unis et du Canada de l'Académie des sciences de Russie, le général en retraite Vladimir Dvorkine, chercheur en chef de l'Institut de l'économie mondiale et des relations internationales.
Ils ont parlé de la faiblesse de l'économie nationale qui ne permet pas de prendre des mesures décisives en vue d'équiper les structures de force en armes et en moyens de combat modernes, capables de contrôler jour et nuit la situation dans les régions où agissent les bandes de terroristes, de fournir les renseignements authentiques en temps réel et nécessaires pour prendre telles ou telles mesures de rétorsion. Les orateurs ont parlé beaucoup de l'absence de contacts entre le pouvoir et la population qui est souvent indifférente aux mesures prises par le centre fédéral en vue de combattre les terroristes et reste à l'écart de ce travail difficile et dangereux.
Pratiquement tous les participants à la table ronde ont été d'accord que des pourparlers politiques avec les terroristes, auxquels invitent certains hommes politiques occidentaux, sont pratiquement impossibles. En Tchétchénie, il n'y a pas de "séparatistes modérés" avec qui il serait possible de s'entendre. Les mains de la majorité des chefs de guerre sont tachés de sang, c'est pourquoi ils ne comprennent aucun autre langage, sauf celui de la force.