En effet, sa récente initiative pour ne plus élire les gouverneurs et nettoyer la Douma d'Etat (Chambre basse du Parlement russe) des députés indépendants rend pour le moins perplexes les observateurs dans le monde. C'est que Vladimir Poutine bénéficie d'ores et déjà du soutien de la majorité parlementaire, et bien des chefs des régions sont plus que loyaux envers lui. Aussi, ses nouvelles réformes peuvent-elles modifier radicalement le paysage politique de la Russie sans que cela augmente cependant son influence personnelle.
On ne comprend pas, non plus, comment cette nouvelle initiative du Président russe se rapporte à la lutte contre le terrorisme. La Russie est une grande puissance, unie aujourd'hui par le deuil des victimes de l'attentat terroriste sans doute le plus affreux de toute son histoire. Ce dont le pays a effectivement besoin à présent, ce sont une puissante direction et des décisions courageuses en matière de sécurité. Il lui est nécessaire que les autorités effectuent une enquête détaillée sur les circonstances de la prise d'otages à l'école de Beslan et répondent, enfin, aux questions: qui est derrière ce crime abominable et quels en sont les motifs?
La principale réponse du Président Poutine à l'attentat terroriste de Beslan est le renforcement du "pouvoir vertical" qu'il considère de toute évidence comme la clé du durcissement du contrôle dans le pays face au terrorisme. Or, bien que ses tentatives pour durcir le contrôle d'Etat depuis les cinq années de sa présidence aient réussi dans d'autres domaines, elles n'ont pas permis pour autant de renforcer la sécurité dans le pays. Par contre, elles n'ont fait qu'inspirer les terroristes à de nouveaux "exploits". Il est, par conséquent, fort peu probable que le Président Poutine arrive à venir à bout du terrorisme à l'aide de ses nouvelles réformes. L'élimination des institutions démocratiques ne débarrassera certes pas la Russie de ceux qui prennent des enfants en otages.
D'autre part, la tragédie de Beslan fournit à la Russie une belle occasion pour tirer des enseignements des erreurs commises par le Président des Etats-Unis, George W. Bush, depuis les attaques terroristes contre New York et Washington, le 11 septembre 2001. Le fait même que les Forces Armées américaines n'ont pas pu éradiquer le terrorisme en Afghanistan ni en Irak doit constituer une mise en garde aux généraux russes qui menacent frapper les bases des terroristes même à l'étranger bien que leurs propres soldats ne mangent toujours pas à leur faim.
La politique intérieure du Président en exercice des USA, et notamment sa décision de détenir à la base militaire de Guantanamo des soupçonnés d'implication dans des attaques terroristes, a bel et bien discrédité George W. Bush aux yeux de bien des Américains et peut même lui coûter son second mandat présidentiel. En revanche, il a réussi à élargir considérablement les compétences de l'exécutif - du gouvernement et de la police, tout en réduisant l'afflux d'émigrés dans le pays. Mais s'il proposait, par exemple, de licencier les gouverneurs de tous les Etats américains, il ne manquerait certes pas de provoquer une guerre civile dans le pays.
Pour ce qui est des Russes, ils ne s'insurgeraient sans doute pas contre les nouvelles initiatives de leur Président. Il se peut qu'ils rouspètent un peu sans pour autant cesser de l'épauler. Et ils vivront en attente d'un prochain "Beslan".
La plupart des Russes estiment que le plus grave problème national d'aujourd'hui ne réside évidemment pas dans le gouverneur de la Tchoukotka ni dans des forces extérieures quelconques qui s'emploieraient à diviser le pays, comme l'a notamment prétendu Vladimir Poutine après la prise d'otages à Beslan. Ce problème, c'est la Tchétchénie.
Il est évident que les séparatistes tchétchènes sont liés à des groupes terroristes internationaux. Cherchant à rompre ces liens, le Président Poutine sollicite un concours auprès de l'Occident.
Le leader russe a reconnu à juste titre la nécessité de combattre la pauvreté au Caucase du Nord, tout en promettant d'affecter à cette région des ressources administratives supplémentaires. L'amélioration de la situation économique dans les républiques nord-caucasiennes est certainement d'une importance clé, mais cela ne doit être que le début des démarches stratégiques d'envergure en la matière.
C'est que les plans de Vladimir Poutine ne seraient sans doute pas réalisés sans des changements radicaux dans l'approche même concernant le problème de la Tchétchénie et des mercenaires étrangers qui se sont joints aux séparatistes tchétchènes, encore qu'il s'agisse bien là des changements aussi fondamentaux que ceux qui se sont récemment opérés dans sa politique administrative.
La communauté internationale ne veut pas du tout que la Russie souffre du terrorisme. Bien des Américains suivaient, des larmes aux yeux, les reportages de télévision depuis la ville en Ossétie du Nord. Les Italiens sont descendus dans la rue pour exprimer leur totale solidarité avec tous ceux qui avaient perdu leurs proches et amis à Beslan. Les mères françaises compatissaient à la douleur immense des femmes russes, en attendant avec angoisse le retour de leurs propres enfants de l'école.
L'Occident appelle à entamer des négociations avec les séparatistes tchétchènes et octroyer une plus large autonomie à la Tchétchénie. Néanmoins, c'est évidemment une affaire intérieure de la Russie. Et à présent quand le pouvoir dans le pays se trouve de plus en plus concentré entre les mains d'un seul homme, la Russie et le reste du monde vont attendre ce que décidera finalement Vladimir Poutine.
(Ce commentaire ne reflète obligatoirement pas la prise de position officielle de l'Agence d'information de Russie /RIA/-Novosti.)