Gazprom a absorbé Rosneft - aspects économiques et politiques

S'abonner
MOSCOU, 14 septembre. (Par Nina Koulikova, commentatrice économique de RIA Novosti). Le 14 septembre, on a appris que le Gouvernement de la Fédération de Russie avait pris la décision de réunir Gazprom et Rosneft en une seule compagnie par le biais de l'échange d'un bloc d'actions de Gazprom contre les actifs de Rosneft, ce qui est interprété par de nombreux analystes comme le renforcement du rôle de l'Etat dans le complexe combustibles-énergie du pays.

Le président russe Vladimir Poutine a avalisé le 14 septembre la proposition du gouvernement d'échanger une part des actions de Gazprom contre la totalité des actifs de Rosneft.

Auparavant, la Russie possédait un seul et unique complexe pétrogazier. Le passage à l'économie de marché a entraîné la formation de deux ministères distincts de façon artificielle. L'idée de regrouper les actifs de Gazprom et de Rosneft est née il y a deux ans, après la démission de Rem Viakhirev et l'arrivée à Gazprom d'Alexéi Miller. Depuis, dans le contexte des rumeurs persistantes sur l'infortune de Gazprom, le gouvernement russe n'a plus abandonné le projet de réunir les actifs des branches pétrolière et gazière, ce regroupement devant permettre d'augmenter la capitalisation et de résoudre le problème du manque d'efficacité des consortiums d'Etat.

Selon le président de l'Union des pétrogaziers de la Fédération de Russie, Guennadi Chmal, la décision adoptée renforcera les positions de la Russie sur le marché mondial. Selon lui, "la Russie a besoin de grandes corporations pétrogazières capables de concurrencer les géants mondiaux ".

D'un autre côté, dans le cadre des pourparlers sur l'adhésion à l'OMC, la Russie s'est engagée à liquider les monopoles naturels. Selon Alexéi Miller, "la consolidation du bloc d'actions est le premier pas vers la libéralisation du marché des actions de la compagnie". Le processus de libéralisation du marché de Gazprom est lent et peut prendre six mois ou plus. A l'heure actuelle, l'Etat détient directement 38% des actions de Gazprom et indirectement - 17% des actions du Trésor se trouvant sur les comptes des filiales de Gazprom. Pour libéraliser le marché des actions de Gazprom, le gouvernement doit acquérir le bloc de contrôle des actions de la compagnie.

L'objectif final de la libéralisation du marché des actions de Gazprom est le regroupement des marchés intérieur et extérieur des actions. A l'heure actuelle, les actions du monopole gazier se négocient séparément pour les résidents et les non-résidents. Ce qui fait que les actions de Gazprom coûtent bien plus cher à l'étranger qu'en Russie, et de plus elles ne se négocient pas sur toutes les places financières de Russie. Selon Serguéi Glazer, de Vostok Nafta Investment Limited, les actions de Gazprom se négocient sur un "marché très régulé et ne sont pas présentes dans les principaux portefeuilles des investisseurs occidentaux et russes dans les volumes que mériterait cette compagnie. Par les dimensions de son chiffre d'affaires et par son volume de capitalisation, Gazprom devrait disposer d'une part de l'ordre de 40% selon l'indice boursier russe, alors qu'en réalité sa part n'est que de 3-5%. Le regroupement des marchés intérieur et extérieur sera incontestablement bien accueilli par les investisseurs. Cette opération fera de Gazprom une compagnie attrayante sur le plan des investissements.

Dans le même temps, les spécialistes de la branche s'accordent à estimer que le regroupement des actifs permettra de renforcer le contrôle de l'Etat sur l'industrie pétrogazière, qui revêt une importance stratégique pour le pays. Dans le contexte de l'allocution présidentielle du 13 septembre, on peut dire qu'on assiste à une concentration du pouvoir non seulement au niveau politique, mais aussi économique.

Fil d’actu
0
Pour participer aux discussions, identifiez-vous ou créez-vous un compte
loader
Chat
Заголовок открываемого материала