L'unité et l'intégrité du pays, objectif prioritaire de Poutine

S'abonner
MOSCOU, 14 septembre. Commentateur politique de RIA-Novosti Andreï Iliachenko

On croirait à tort que les mesures annoncées par le président Poutine à la réunion du Gouvernement lundi ne visent qu'à intensifier la lutte antiterroriste. Non. Les propositions présidentielles portent essentiellement sur le renforcement de l'unité et de l'intégrité de l'Etat. "L'unité du pays est la principale condition de la victoire sur le terrorisme et il est impossible de parvenir à cet objectif sans une telle unité" : c'est en ces termes que le président a parlé du problème.

Et cette déclaration n'a rien d'une improvisation. Cette tendance a été relevée par le politologue américain, Nikolay Zlobin, lors de sa récente rencontre avec le président. "Je le comprends ainsi : l'idée principale, pour lui, est que la désintégration de l'Etat est parfaitement réelle et possible, qu'il y a des conflits dissimulés et que la situation n'est du tout aussi fortement contrôlée que beaucoup ne le croient. De ce fait, il pense en premier lieu des mesures visant à resserrer l'unité et l'intégrité du pays".

Même si Poutine avait déjà abordé ce thème à plusieurs reprises, la prise d'otages à Beslan et les attentats qui l'ont précédée ont démontré, clairement, la faiblesse du pouvoir et du pays. Les symptômes en sont un système politique inadéquat, la corruption des organes judiciaires et de sécurité, les problèmes de sécurité oubliés, les frontières inexistantes, les processus déterminant la situation dans le pays et le monde incorrectement perçus. Le 4 septembre, le président avouait : les autorités "ont fait preuve de faiblesse". Hier, il a dit comment cette faiblesse pourrait être surmontée.

La déclaration du président sur la nomination des chefs de territoire et le passage au système proportionnel des élections à la Douma a fait une sensation. Dans leur majorité, hommes politiques, experts et journalistes y ont vu une réforme du système politique de la Russie. Pourtant, ledébat autour du passage au proportionnel se poursuit depuis longtemps et le thème de la nomination des gouverneurs a refait surface à chaque fois qu'une personnalité ayant des antécédents politiques contradictoires ou même criminels se retrouvait au poste de chef de territoire.

Derrière cette décision se profile de toute évidence la ligne conséquente du président sur l'affaiblissement de l'influence exercée par les structures oligarchiques sur le pouvoir, mais cette fois-ci au niveau régional déjà. Les luttes des grands monopoles russes pour les fauteuils de gouverneur et les sièges de député dans les circonscriptions uninominales n'ont point renforcé l'influence du Kremlin dans les régions, aussi longues que soit les discussions sur la "ressource administrative" de la présidence. Alors, la nouvelle proposition présidentielle traduit un resserrement de la centralisation? Oui. Rendons à Dieu ce qui est à Dieu, et au président ce qui est à un président fort, d'autant plus au président d'un pays immense comme la Russie.

Mais il faut se rendre bien compte que le renouvellement du corps des gouverneurs demandera des années. La loi sur la nomination de fait des gouverneurs "ne sera pas rétroactive", précisent les sources internes à l'administration présidentielle. Il s'ensuit que même pour un renouvellement partiel du corps des gouverneurs suivant le nouveau schéma il faudra 2 à 3 ans. Alors que le système proportionnel des élections à la Douma ne prendra effet qu'aux prochaines législatives en 2007.

Bref, la réforme politique de Poutine est un objectif à long terme.

Enfin, le président propose d'instituer une Chambre publique, comme c'était le cas sous Eltsine. Un Forum civil se réunissait déjà sous Poutine. Première impression : le président cherche à contrebalancer la tendance à la centralisation dans le système politique. Peut-être. Mais, ce qui est encore plus important, c'est qu' "en fait, il s'agit d'un contrôle public sur le fonctionnement de l'appareil d'Etat, y compris les organes judiciaires et de sécurité et les services secrets", chose "très importante" aujourd'hui, selon le président. Tout porte à croire que le président ne voit pas aujourd'hui d'arme plus efficace pour combattre la corruption.

Pour ce qui est des autres "lacunes", ce problème doit être réglé dès aujourd'hui, du moment que la menace de terrorisme devient permanente. Et là, les organes administratifs se voient investir du gros de la mission consistant à "combler les brèches" dans la sécurité du pays. Les formules présidentielles en cette partie sont de loin moins concrètes, mais il est clair qu'il se propose de "perfectionner le système de sécurité intérieur aussi bien dans le pays que dans la Région fédérale du sud".

Dans le Sud, une Commission fédérale pour le Caucase du Nord sera ainsi créée. Elle sera investie de "certains pouvoirs dans la sphère de sécurité". En outre, Poutine a ordonné de charger les présidents des commissions antiterroristes régionales de coordonner l'action des collectivités locales dans le but de couper court aux activités des formations armées illégales et de déjouer les tentatives d'attentat.

Conformément à cette ordonnance présidentielle, les chefs de région auront leur premier adjoint - un officier des Troupes de l'Intérieur - qui disposera de toutes les forces territoriales pour réagir rapidement et avec efficacité aux attaques terroristes.

Pour ce qui est des mesures de sécurité au niveau fédéral, Poutine propose de mettre en place un système d'administration anti-crise, "adéquate aux conditions de la guerre terroriste menée contre la Russie". Dans ce même contexte, le président juge nécessaire de mettre sur pied un système unique de sécurité qui aura pour mission de garantir la sécurité intérieure et mener la lutte contre le terrorisme. On se souviendra de la décision américaine de créer un département chargé de contrôle supplémentaire dans le domaine de la sécurité. Pourquoi pas ? Aucun acte de terrorisme n'est en effet à déplorer sur le territoire des Etats-Unis ces trois dernières années.

Cette liste des mesures proposées dans le domaine de la sécurité, de taille, selon Poutine, à renforcer le pays et à rendre la lutte contre le terrorisme plus efficace, est loin d'être complète. En fin de compte, elles sont appelées à préserver l'unité et l'intégrité territoriale du pays, ce dont le président est le garant.

Fil d’actu
0
Pour participer aux discussions, identifiez-vous ou créez-vous un compte
loader
Chat
Заголовок открываемого материала