Est-il possible de venir à bout de la corruption en Russie?

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MOSCOU, 14 septembre (par Viatcheslav Lachkoul, commentateur de RIA-Novosti). Le ministère de l'Intérieur de la Fédération de Russie a rendu publiques les données sur la lutte des organes judiciaires du pays contre la corruption. Cette année, plus de 6 000 cas de concussion ont été mis en évidence. Où sont démasqués les concussionnaires le plus souvent? Notre entretien avec Mikhail Grichankov, président de la Commission de la Douma (chambre basse du parlement russe) pour la lutte contre la corruption, a commencé par cette question:

- Le plus grand nombre de preneurs de pots-de-vin a été découvert dans le bâtiment, les services communaux, l'enseignement, la Santé publique, la police et dans certains autres domaines où les sommes des pots-de-vin atteignent, selon les experts, des milliards de dollars par an. Personne ne connaît le chiffre exact, car la corruption est une des infractions les plus latentes.

Cette année, près de 2000 concussionnaires ont été traduits en justice. Le fait est que les tribunaux russes appliquent souvent à l'égard des personnes convaincues de concussion une mesure de sursis, ce qui atteste qu'une atmosphère malsaine règne dans les tribunaux. L'expérience prouve que les juges qui réhabilitent les preneurs de pots-de-vin sont sûrs parfois de leur impunité, car la procédure de limogeage d'un juge, même négligent, se heurte à de grandes difficultés en Russie.

- Quelles sont les affaires criminelles contre les prévaricateurs qui retiennent surtout l'attention des organes judiciaires de la Fédération de Russie?

- Par exemple, l'affaire des inspecteurs fiscaux du district d'Oufa de la République de Bachkortostan, Moukhamediamov et Mourzabaiev, qui ont reçu un pot-de-vin de 280 000 roubles des dirigeants de la Société "Khimpromservice" afin de réduire leurs impôts. Une autre action en justice a été intentée contre Dejkine, chef de l'Agence du Département "Basmannoié" des biens d'Etat et de la municipalité de Moscou. Il a reçu 31 000 dollars de Gouskov, directeur général du Centre scientifique et technique "Ogard", pour la location de locaux. Je citerai un autre nom parmi tant d'autres: Goloubenko, directeur du Département financier et économique de l'ancien ministère du Travail de la Fédération de Russie, qui a reçu 5 000 dollars de dirigeants de structures commerciales.

- La confiscation des biens non seulement des personnes condamnées pour corruption, mais aussi de leurs parents, sera-t-elle introduite?

- Notre Commission et les dirigeants des organes judiciaires se prononcent pour le rétablissement de la confiscation. Nous prévoyons de rédiger les amendements appropriés au Code pénal qui doivent assurer le principe de la certitude de la peine, y compris pour corruption. Nous envisageons également de supprimer les échappatoires qui permettent aux fonctionnaires qui ont volé de transmettre impunément aux membres de leur famille les biens acquis par voie criminelle.

- Serait-il utile de profiter de l'expérience étrangère? Au Japon, par exemple, l'ancien premier ministre a été condamné et se trouve en prison.

- L'analyse de la législation sur la lutte contre la corruption dans divers pays et des mécanismes de son application montre que nous avons des choses à apprendre. En Italie, après la mise en oeuvre de l'opération "Mains propres", les dépenses de l'Etat pour la construction de routes, par exemple, se sont réduites de 20 %. On peut se représenter ce qui se passe chez nous dans ce domaine. Cependant, l'application aveugle de l'expérience étrangère dans notre pays, ce à quoi invitent instamment certains experts, peut, à mon avis, faire plus de tort que de bien.

- Le durcissement des peines pour corruption, à quel point serait-il efficace?

- L'expérience de la Chine où la corruption entraîne la peine de mort montre que le nombre d'infractions de ce genre ne diminue pas. Ce qui pourrait avoir un effet dissuasif, c'est moins le durcissement de la peine queson caractère certain.

- En tant qu'homme bien informé dans ce domaine, dites, s'il vous plaît, est-ce que la Russie a des chances réelles d'en finir avec la corruption?

- Bien entendu, les fonctionnaires de divers niveaux s'opposent au durcissement du contrôle de leur activité et de leurs sources de revenus, ils s'opposent aux changements dans la législation qui les privent de la possibilité de profiter de leurs fonctions. J'étais et je reste réaliste: la corruption ne date pas d'hier, c'est pourquoi il est impossible de l'éliminer entièrement, surtout en tenant compte de son ampleur actuelle, mais il est possible et même nécessaire, de rendre minimales ses conséquences.

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