Face à la menace terroriste, la Russie modifie son paysage politique

S'abonner
MOSCOU, 14 septembre - par Piotr ROMANOV, commentateur de RIA Novosti.

Pour Vladimir Poutine, à en juger par son discours à la réunion élargie du gouvernement qui a rassemblé hier tous les chefs régionaux, l'arme principale de la lutte antiterroriste est la cohésion du pays.

Cette arme n'est pas encore forgée, la société est divisée tant sur plan social que sur le plan idéologique, sans parler des interminables obstacles bureaucratiques qui séparent le pouvoir et les simples citoyens. Alors que les autorités elles-mêmes parlent d'une guerre que le terrorisme international a déclarée à la Russie. Cette guerre semble aujourd'hui être le seul fait que pratiquement personne ne conteste dans le pays. Les attentats qui se succèdent et, en particulier, la tragédie de Beslan sont on ne peut plus persuasifs. Il se peut que cette menace mortelle, que l'histoire russe a connue plus d'une fois, finisse par rassembler les différentes forces de la société.

Quant aux mesures et initiatives pratiques visant à modifier le paysage politique du pays énoncées au cours de cette réunion sans précédent (jamais les invités aux réunions de l'exécutif n'ont été aussi nombreux), le président n'en a donné que les grandes lignes. Reste des questions, des doutes et des contre-propositions. Il est clair que beaucoup dépendra des détails et des exécutants concrets. Il est clair que les libertés démocratiques, comme c'était le cas des États-Unis après la tragédie du 11 septembre, seront restreintes dans une Russie en état de guerre.

Il est clair aussi que Poutine tentera de minimiser les pertes. D'une part, le président propose de remplacer l'élection directe des responsables régionaux par un ersatz démocratique en les faisant élire par les assemblées législatives locales parmi les candidatures proposées par le Kremlin. D'ailleurs, Poutine s'y est opposé lui-même pendant de longues années, alors que beaucoup de régions le lui avaient maintes fois proposé, mais la guerre dicte ses conditions: un pays aussi gigantesque que la Russie doit être totalement gérable. D'autre part, le président propose de fonder une Chambre publique, "tel un terrain pour un vaste dialogue où seraient déposées et largement débattues les initiatives civiques". "Cette chambre est appelée à devenir un lieu d'expertise publique pour les décisions étatiques clés" et à contrôler le travail de l'appareil de l'État, y compris les services spéciaux, a estimé Vladimir Poutine.

La façon dont ces initiatives seront réalisées n'est toujours pas claire, mais la volonté présidentielle de moderniser la démocratie russe dans ces conditions extrêmes ne peut qu'être saluée. D'autant plus que cette guerre ne rappelle en rien les guerres précédentes menées par la Russie. Les forces de l'ordre, quelque compétentes qu'elles soient, ne sauront la remporter sans l'appui de la population. Ainsi, en modifiant le paysage politique russe, le président Poutine devra réfléchir à la fois au volet "musclé" et au volet démocratique. L'un sans l'autre équivaut inévitablement à la défaite.

Fil d’actu
0
Pour participer aux discussions, identifiez-vous ou créez-vous un compte
loader
Chat
Заголовок открываемого материала