Qui sera le nouveau propriétaire de Ioukos ?

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MOSCOU, 14 septembre. /par Nina Koulikova, RIA Novosti/. L'affaire Ioukos touche à sa fin. Le 9 septembre le tribunal d'arbitrage du District autonome de Tchoukotka a déclaré nul et non avenu le contrat d'échange d'actions aux termes duquel Ioukos avait reçu 72% des actions de Sibneft qui, à son tour, avait reçu 8,8% des titres de Ioukos. On peut supposer que Sibneft s'efforce de se débarrasser de cette manière du partenaire en difficulté mais l'explication la plus plausible est que les autorités se voient obligées de résoudre le problème des futurs propriétaires de Ioukos et mettent Roman Abramovitch sur la touche.

Ces derniers temps les autorités russes ont subi une pression des dirigeants de différents pays étrangers à propos de l'affaire Ioukos qui exerce une influence sur les prix mondiaux du pétrole. La tendance à la hausse qui prévaut sur le marché mondial a été entretenue par les informations venant d'Irak et par les publications sur une prochaine faillite de Ioukos. Les dirigeants des plus gros pays importateurs de pétrole, notamment de la Chine et encore plus des Etats-Unis, ont déclaré leur préoccupation face à la hausse du pétrole stimulée pour une large part par la situation autour de Ioukos. D'après l'information à notre disposition, début août le chef de l'administration du Kremlin, Dmitri Medvedev, a reçu la conseillère du président des Etats-Unis pour la sécurité nationale, Condoleezza Rice qui lui a demandé d'éviter des décisions brusques sur l'affaire Ioukos car les cours élevés du brut faisaient monter aux Etats-Unis les prix des produits pétroliers, ce qui n'est pas souhaitable à la veille des élections présidentielles de cet automne. Le secrétaire d'Etat Colin Powell a lui aussi fait savoir sa préoccupation face à l'évolution de l'affaire Ioukos depuis ces derniers mois lors d'un entretien avec le ministre russe des Affaires étrangères Serguéi Lavrov. Selon certaines informations, cette question aurait été posée au président Poutinepar le président George Bush. Il est donc fort probable que cette pression internationale sur les dirigeants russes devient un facteur supplémentaire en faveur du règlement de l'affaire Ioukos dans l'immédiat. Il pourrait en résulter l'apparition d'actifs du groupe pétrolier sur le marché.

La voie conduisant au règlement du problème du nouveau propriétaire est parsemée d'obstacles. La fusion amorcée l'année dernière entre Ioukos et Sibneft en est un. Mikhaïl Khodorkovski et Roman Abramovitch ont entrepris de créer une société unique, en échangeant des actions. Les actionnaires de Ioukos ont obtenu 92% des actifs de Sibneft dont 20% leur ont coûté 3 milliards de dollars et 72% ont été échangés à la suite d'une émission supplémentaire. En novembre 2003 des divergences sont apparues sur plusieurs questions et Sibneft a annoncé la suspension de la fusion avec Ioukos. Finalement, à ce jour, 34,5% des actions de Sibneft figurent au bilan de Ioukos. Bien que ces titres soient bloqués, Abramovitch pourrait faire valoir ses droits sur une partie de ces actions en cas de faillite de Ioukos ou de mise en vente de ses actifs. Ses représentants considèrent le blocage des actions comme illégitime et demandent son annulation. Mais après la décision prise hier par le Tribunal d'arbitrage le patron de Sibneft ne peut plus prétendre au droit de préemption sur une partie des actifs de Ioukos en cas de leur vente.

Malgré la nouvelle déclaration des autorités qui affirment que personne n'a intérêt à voir le géant pétrolier s'effondrer, de facto Ioukos a déjà fait faillite et l'Etat prépare la vente de ses principaux actifs. Ceux présentant le plus de valeur sont les entreprises de production, en premier lieu Iouganskneftegaz qui entre pour 60% dans la production de pétrole de Ioukos et dont l'activité est actuellement vérifiée par le ministère des Impôts et Perceptions. Cette société représente la principale valeur vénale et c'est elle que se disputeront les acquéreurs éventuels. D'après un expert de la société d'investissement "Veles Kapital", Mikhaïl Zak, l'Etat a intérêt à vendre Iouganskneftegaz et la loi prescrit que cet actif doit être vendu le 10 octobre au plus tard.

Reste à savoir qui sera le nouveau propriétaire de Ioukos. Il existe des acheteurs nationaux, autant dire que la vente des principaux actifs du géant pétrolier sera précédée d'une vive concurrence sur le marché intérieur. Premièrement, ce sont les hommes qui ont fait tout le travail d'approche pour mettre la société en faillite dans l'espoir de s'approprier une partie de ses actifs et qui peuvent créer différents obstacles pour empêcher une clôture rapide de l'affaire. Deuxièmement, ce sont des sociétés russes : Gazprom, Sourgoutneftegaz et vraisemblablement Rosneft. Mais elles n'ont pas en ce moment de moyens suffisants pour acheter Iouganskneftegaz bien que les griefs fiscaux en aient déjà réduit la valeur vénale. Le problème se pose de savoir s'il y a un investisseur étranger capable d'entrer en concurrence pour les actifs de Ioukos. On a appris fin août que pour évaluer le coût de Iouganskneftegaz, un commissaire priseur indépendant a été invité, la banque d'investissement allemande Dresdner Kleinwort Wasserstein. La nouvelle a alarmé les magnats pétroliers américains qui prétendent eux aussi à une part de Ioukos, d'autant qu'elle a été annoncée à une époque de contacts intenses russo-allemands au plus haut niveau.

Ainsi, on peut s'attendre tout prochainement à une aggravation de la concurrence pour les actifs de Ioukos entre les investisseurs russes et étrangers. A noter que dans cette lutte les positions d'Abramovitch sont sensiblement affaiblies.

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