Afghanistan: les concurrents de Hamid Karzaï prêts à l'appuyer après sa victoire à la présidentielle

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MOSCOU, 13 septembre - par Petr Gontcharov, commentateur de RIA Novosti. Personne, même les concurrents de Hamid Karzaï, ne doute qu'il remportera les prochaines élections présidentielles en Afghanistan. Qui plus est, beaucoup d'entre ses adversaires, y compris le leader des Ouzbeks afghans Rashid Dostum, une personne influente des milieux politiques afghans, sont intéressés à la victoire de M.Karzaï qui leur profite mieux que la leur. Le premier président de la République islamique d'Afghanistan (tel sera le nom du nouveau État afghan conformément à la nouvelle Constitution adoptée en janvier dernier par la Loya Jirga) sera élu par un suffrage direct le 9 octobre prochain. Le nombre des électeurs afghans qui ont déjà officiellement annoncé leur intention de se rendre aux urnes dépasse 10,5 millions de personnes dont plus de 40% sont des femmes. Comme l'Afghanistan compte de 25 à 28 millions d'habitants, ce taux de participation des Afghans aux prochaines élections peut être considéré comme très élevé, même inédit. Surtout pour un pays à la population à 100% musulmane. Il est de notoriété que les droits des femmes dans de tels pays sont d'habitude purement nominaux.

Mais l'Afghanistan représente un cas tout à fait particulier. Les Afghans n'ont jamais été apolitiques, d'autant moins à l'époque actuelle où ils doivent faire un choix difficile. Il s'agit non seulement de choisir parmi les 18 candidats à la présidence, mais aussi de décider de l'avenir du pays qui deviendra soit un pays clérical, une vraie "république islamique", soit un pays cherchant à s'adapter aux normes laïques européennes en dépit de son nom.

La plupart des électeurs afghans considèrent Hamid Karzaï comme un protégé des États-Unis et un garant des investissements américains. S'il remporte les élections, Washington continuera de verser des fonds pour le rétablissement de l'économie et de la structure d'État afghanes. Hamid Karzaï au poste de chef de l'État signifie l'argent.

Mais il y a d'autres facteurs importants que les Afghans prendront en considération en remplissant les bulletins de vote.

L'Afghanistan essaie de réévaluer les événements survenus dans le pays au cours de 10-15 dernières années. Les Afghans se sont lassés de la lutte intestine qui dure depuis plus de 25 ans. Mais ils sont aussi las des conflits éternels entre les moudjahidines, de l'arbitraire et de l'impunité des "chefs de guerre". Ils voteront pour celui qui leur proposera un programme concret de vie pacifique.

Hamid Karzaï a le plus de chances d'être élu au poste de président grâce à son programme de reconstruction de l'Afghanistan, sa méthode de règlement des problèmes complexes interethniques, interrégionaux, sociaux, politiques et juridiques du pays. Hamid Karzaï est lui même Pachtoun, mais cela ne porte pas préjudice aux Tadjiks, Hazaras, Ouzbeks et aux autres ethnies. Il préconise la création d'une société laïque moderne en Afghanistan tout en défendant les valeurs islamiques. L'essentiel est qu'il a laissé clairement entendre qu'il ne tolérerait pas la présence des formations militarisées illégales et qu'il œuvrait pour le désarmement des chefs de guerre, des anciens leaders des moudjahidines malgré leurs mérites dans la lutte contre les talibans et les troupes soviétiques, qu'il s'agisse d'Ismail Khan de Herat, des généraux Dostum et Atta Mohammad des provinces septentrionales. Enfin, Hamid Karzaï mène la politique intérieure permettant à tous les Afghans de s'intégrer dans la société afghane d'aujourd'hui. Cela ne concerne pas seulement les Talibans "modérés" ayant bénéficié d'une amnistie de Karzaï, qui lui a valu une obstruction politique de la part des politiciens afghans influents. Cela concerne également les représentants des mouvements et partis de gauche qui ont occupé des postes importants sous le régime de Najibullah et de Karmal. Les récentes nominations en sont la preuve. Cette politique ressemble beaucoup à la réconciliation nationaleet les simples Afghans ne peuvent que l'approuver. Il y a aussi des détracteurs de sa politique, mais ils sont moins nombreux, surtout parmi les simples Afghans. Hamid Karzaï est donné favori de la campagne électorale. Le général Rashid Dostum, leader des Ouzbeks afghans, est considéré comme son concurrent principal. Yunus Kanuni, ancien commandant de l'Alliance du Nord, a aussi des chances de devenir président. Mais si le général Dostum participera à la campagne électorale pour démontrer à Hamid Karzaï et aux États-Unis son influence dans le Nord du pays, les motifs de Yunus Kanuni sont tout à fait différents.

Yunus Kanuni, qui a conduit la délégation afghane à la conférence de Bonn sur l'Afghanistan (2001), fait partie de l'élite politique du pays. Il a appuyé la candidature de Karzaï à la présidence jusqu'au dernier moment. Mais il a avancé sa propre candidature à la magistrature suprême dès que Hamid Karzaï a rayé le nom du maréchal Fahim de sa liste électorale. Le maréchal devait initialement devenir vice-président au sein de l'équipe de Karzaï. Yunus Kanuni a présenté tous les documents nécessaires, y compris les 10.000 signatures de soutien à la Commission électorale en quelques heures. Nul ne doute que Kanuni est l'un des rares hommes politiques, voire le seul, qui sont capables de rivaliser avec Hamid Karzaï et même gagner les élections. Yunus Kanuni compte sur le soutien des autres poids lourds politiques afghans, notamment du maréchal Fahim et du ministre afghan des Affaires étrangères Abdullah Abdullah.

D'ailleurs, il paraît que Hamid Karzaï y a aussi devancé ses concurrents. Il a entrepris une démarche géniale en invitant un frère du défunt héros national Akhmad Shah Massoud, Ahmed Zia Massoud, ancien ambassadeur de l'Afghanistan en Russie, dans son équipe à la place du général Fahim. Ahmed Zia Massoud est, en plus, le gendre de l'ex-président afghan Bourhanuddin Rabbani. Hamid Karzaï n'a donc rien perdu, mais plutôt gagné aux yeux des électeurs potentiels.

Le chef de l'État actuel n'a pas d'autres concurrents. On pourrait évoquer la candidature de Latif Pedram, mais il faut reconnaître que l'Afghanistan n'est pas encore prêt à construire des modèles purement européens de la société.

Autrement dit, on peut affirmer avec certitude que le 10 octobre prochain, le président intérimaire afghan Hamid Karzaï deviendra président du pays.

Dans le même temps, aucun scénario n'est à exclure en Afghanistan. Dans le pire des cas, les perdants contesteront la légitimité du vote. Cela déstabilisera la situation et compromettra les élections qui risquent d'être invalidées. D'autant plus que d'aucuns espèrent toujours pouvoir remettre la présidentielle au printemps 2005 pour la tenir parallèlement aux législatives.

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