Economiste de formation, Marc Franco a une richissime expérience de travail diplomatique au sein de diverses institutions de la Commission européenne, y compris dans des pays en voie de développement de l'Afrique et de l'Europe de l'Est. Il caractérise lui-même sa nouvelle fonction comme la plus compliquée, la plus dynamique et la plus prometteuse de toutes celles qu'il a eu déjà l'occasion de remplir par le passé. Cette nomination laisse clairement entendre que la Commission européenne compte beaucoup sur l'expérience professionnelle de Monsieur Franco qui peut s'avérer très utile pour régler les problèmes dans les relations entre la Fédération de Russie et l'Union européenne.
Le nouveau chef de la délégation de la Commission européenne en Russie a commencé sa première déclaration pour la presse par l'expression de profondes condoléances au peuple russe à l'occasion du récent attentat à Beslan. Marc Franco a qualifié ce crime de barbare et d'inhumain, tout en précisant que l'Union européenne et la Commission européenne étaient du même avis.
Evoquant les relations actuelles entre la Russie et l'UE, Marc Franco a particulièrement retenu les derniers progrès enregistrés dans cette coopération bilatérale, progrès qui témoignent, selon lui, de la maturité de ces rapports qui deviennent de plus en plus ceux d'amitié. Cela dit, le nouveau chef de la délégation de la CE à Moscou a notamment parlé de l'extension de l'Accord de partenariat et de coopération entre la Fédération de Russie et l'Union européenne aux nouveaux membres de l'UE, document qui sera soumis sous peu à la Douma (Chambre basse du Parlement russe). Les auditions parlementaires sur cette question précise doiventdémarrer le 28 septembre prochain, et le diplomate européen a exprimé la certitude que l'accord en question serait ratifié. Il a aussi fait remarquer que bien que la solution des problèmes liés à la future adhésion de la Fédération de Russie à l'Organisation mondiale du Commerce (OMC) demande pas mal d'efforts et de temps, une sérieuse progression était tout à fait évidente. Qui plus est, la récente entente enregistrée sur le problème des certificats vétérinaires relatifs aux exportations de produits carnés depuis l'Union européenne vers la Fédération de Russie, entente qui règle en fait tous les problèmes essentiels en la matière, prouve, selon Marc Franco, que les parties sont tout à fait capables de régler même les problèmes les plus compliqués et ce, compte tenu des intérêts réciproques.
Quoi qu'il en soit, les experts russes n'évaluent pas de la même façon, loin s'en faut, les conséquences pour la Russie des progrès évoqués. En effet, les résultats des négociations sur l'extension de l'Accord de partenariat et de coopération entre la Fédération de Russie et l'Union européenne aux nouveaux membres de l'UE prennent l'allure d'un compromis, car l'essentiel en est lié à l'introduction d'une période de transition pour telle ou telle branche de l'économie russe, période à l'expiration de laquelle la plupart des restrictions concernant la branche en question ne manqueront certes pas d'entrer en vigueur. Lesdites restrictions ne porteront pas seulement sur les exportations énergétiques russes qui ne peuvent tout simplement pas être remplacées à présent pour approvisionner en énergie les nouveaux pays-membres de l'UE, ainsi que les branches qui sont capables de faire un lobbying indépendant et efficace de leurs propres intérêts (quotas d'acier). Il n'est pas, non plus, à négliger le fait que la ratification du document sur l'extension de l'Accord puisse traîner en longueur car c'est l'un d'importants leviers de pression sur l'Union européenne de la part de Moscou.
D'autre part, au cours des négociations sur l'adhésion de la Russie à l'OMC, l'Union européenne est manifestement intervenue à partir des positions de domination, en réclamant notamment une réduction des subventions à l'agriculture russe, une diminution de l'écart actuel entre les prix du pétrole et du gaz sur le marché intérieur russe et le marché extérieur, ainsi que l'accélération générale de la libéralisation des marchés des finances et des télécommunications de la Russie. Qui plus est, le Protocole d'appui à l'adhésion de la Fédération de Russie à l'Organisation mondiale du Commerce, document qui renferme des arrangements des parties sur la baisse des tarifs à l'importation et les conditions d'adhésion des compagnies étrangères sur le marché russe, est critiqué par bien des experts, car Moscou a consenti d'importantes concessions à l'Union européenne. La Russie s'est, par exemple, chargée d'élever progressivement ses prix des hydrocarbures pour l'industrie nationale.
Anticipant sur l'avenir, Marc Franco a cité parmi les axes majeurs du travail de la Commission européenne la formation de "quatre espaces" communs de l'Union européenne et de la Fédération de Russie, et plus précisément de l'espace économique; de l'espace de la liberté, de la sécurité et de la justice; de l'espace de la coopération dans le domaine de la sécurité extérieure; de l'espace de la recherche et de l'éducation. De l'avis du nouveau chef de la délégation de la CE en Russie, il s'agit là des domaines sans doute les plus importants qui forment en fait cette structure dans le cadre de laquelle les relations bilatérales, celle entre la Russie et l'Union européenne, vont se développer à l'avenir. La conception même de ces "quatre espaces" avait été formulée en mai 2003 au Sommet pétersbourgeois Russie-UE. Pourtant, aucun document conjoint n'a été adopté depuis sur ce problème. Au Sommet de mai 2004, le Président Vladimir Poutine a invité l'Union européenne à élaborer une conception pour pouvoir former, enfin, les quatre espaces communs et ce, afin de l'adopter au futur Sommet Russie-UE aux Pays-Bas. Selon Marc Franco, la Commission européenne a d'ores et déjà mis au point un plan d'action, et, à l'heure actuelle, la partie russe est en train de travailler sur sa réponse. Le diplomate européen pense que si l'on arrive à maintenir l'actuel rythme du travail, on pourra sans doute au prochain Sommet Russie-UE effectuer un progrès décisif et désigner une nette perspective pour l'ultérieur développement des relations bilatérales.
Parmi les autres axes majeurs du travail futur, Marc Franco a particulièrement insisté sur le dialogue énergétique et la coopération dans le domaine de la protection de l'environnement. Selon lui, la ratification du Protocole de Kyoto est tant dans l'intérêt de la Russie que dans celui du monde entier. Néanmoins, la perspective de la ratification du Protocole de Kyoto provoque de très vives discussions et est même souvent très controversée dans les milieux académiques de la Russie, alors que le fait même de sa ratification potentielle est un autre atout du pouvoir russe dans ses négociations avec l'Union européenne.
Or, il y a du nouveau parmi les volets prioritaires de la coopération entre la Russie et l'UE. Ainsi, Marc Franco se propose de réserver une attention particulière à la coopération scientifique et technique. Qui plus est, c'est en quelque sorte une partie de son programme d'action personnel. Il est notamment persuadé qu'une telle coopération peut être très prometteuse au niveau des centres de recherche, car la Russie possède un excellent potentiel en la matière.
Jusqu'ici l'Union européenne a été plutôt intéressée à recevoir l'accès des ressources russes et à écouler sa propre production en Russie, ce qui est, d'ailleurs, confirmé par la nomenclature actuelle des échanges commerciaux entre la Russie et l'Union européenne. C'est que les exportations russes sont de préférence composées d'hydrocarbures et de matières premières (plus de 50% des exportations russes en 2003) qui couvrent plus de 20% des besoins de l'UE en combustible, ainsi que des semi-produits. L'Union européenne exporte des produits finis. C'est pourquoi en cas de réalisation du nouveau volet de la coopération scientifique et technique, elle pourrait profiter énormément à la Russie.
Les démarches de la Commission européenne dans l'immédiat, ce seront, entre autres, la simplification du régime des visas entre la Fédération de Russie et l'Union européenne, ainsi la solution du problème de la réadmission, ce qui est déjà très difficile sur le plan technique, car il y est tout à fait nécessaire de constater l'absence des risques éventuels des deux côtés. Selon le diplomate européen, la nette compréhension de ce problème doit se former d'ici le Sommet de novembre prochain. En outre, dans les mois qui viennent, un accord général sur le commerce des matériaux du cycle nucléaire doit être adopté.