Un site russe a publié une liste des euphémismes employés par les médias occidentaux: attackers ("attaquants", BBC), captors ("ravisseurs", The New York Times), commandos (Agence France Presse), fighters ("combattants", The New York Times), guerrillas ("guérilleros", The New York Post), gunmen ("hommes armés", National Public Radio), insurgents ("insurgés", The Myrtle Beach Sun News), militants (Associated Press), radicals ("radicaux", BBC), rebels ("rebelles", The Sydney Morning Herald), separatists ("séparatistes", The Daily Telegraph). "Ils n'ont pas osé employer le mot "terroristes", écrit un visiteur d'un carnet Web populaire en Russie.
Les forums sont pleins de messages du genre: la Russie "s'est déjà habituée à ce que les médias et les politiciens occidentaux sympathisent avec les bandits qui attaquent la Russie et qui, dit-on, luttent pour l'indépendance de la Tchétchénie. Il n'y a rien de nouveau dans le fait que les médias européens et américains mentionnent en passant les victimes des attaques terroristes avant de dépeindre en détail les souffrances des kamikazes et leur juste vengeance". Certes, ces propos sont outrés, mais il faut noter qui sont ceux qui les émettent et les lisent.
La Russie compte quelque 10 millions d'internautes qui sont pour la plupart des gens "branchés". Il s'agit des jeunes âgés de moins de 35 ans bien instruits qui sont généralement des employés de grandes compagnies et organisations et les plus favorisés économiquement et socialement. Fait remarquable, ils ne représentent aucune idéologie, communiste ou nationaliste, qui est assez populaire dans les vastes couches de la société russe à revenus et à niveau social bas. Aujourd'hui, les internautes russes sont l'élite de la société, demain, ils décideront du sort du pays.
L'Internet russe n'est absolument pas censuré à la différence de la Chine. Ceux qui ne parlent pas les langues étrangères peuvent lire les traductions des articles importants publiés par les grandes éditions européennes et américaines qui sont mises en ligne par au moins deux portails. De toute évidence, le politiquement correct a été non seulement reconnu comme politiquement incorrect à l'égard de la Russie. La couverture occidentale de la tragédie de Beslan a suscité l'indignation de la communauté internet russe et la discussion a été reprise par les journaux libéraux.
Le journal "Gazeta" (http://www.gzt.ru) se demande: "Combien d'innocents les "rebelles" doivent-ils encore tuer pour que l'Occident cesse de parler avec compassion de leur "lutte pour l'indépendance?". Et de constater amèrement: "les meurtriers des enfants russes sont toujours "séparatistes" et "rebelles" pour l'Occident". Les journalistes des "Izvestia" (http://www.izvestia.ru), l'un des journaux les plus populaires russes, se disent perplexes devant l'interdiction d'utiliser le mot "terroristes" dans les reportages de Beslan diffusés à la BBC en se référant à une source interne. Les intellectuels ont considéré cette chaîne britannique comme un modèle d'impartialité et d'exactitude à l'époque soviétique. Ils écoutaient en cachette ses émissions de langue russe et se racontaient leur contenu.
Il paraît que la nouvelle élite russe ne fait plus confiance aux médias occidentaux.