La mode des orphelins russes: les biens et les maux

© RIA Novosti . Alexeï KoudenkoLa mode des orphelins russes: les biens et les maux
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Sur les 700.000 orphelins russes seuls 15.000 sont adoptés tous les ans. La moitié d'entre eux le sont par des étrangers. Un dossier qui attire davantage l'opinion russe après l'adoption de la petite Vika, 3 ans et originaire de Saint-Pétersbourg, par un papa Gerhard et une maman Doris qui sont le chancelier allemand et son épouse.

Sur les 700.000 orphelins russes seuls 15.000 sont adoptés tous les ans. La moitié d'entre eux le sont par des étrangers. Un dossier qui attire davantage l'opinion russe après l'adoption de la petite Vika, 3 ans et originaire de Saint-Pétersbourg, par un papa Gerhard et une maman Doris qui sont le chancelier allemand et son épouse.

L' "exportation" d'orphelins est essentiellement orientée vers les États-Unis, l'Allemagne, l'Italie, l'Espagne et Israël. "Les Russes bénéficient d'une priorité absolue sur les étrangers pour l'adoption, explique la directrice d'un orphelinat de Moscou, Lioudmila Petrova. Mais les difficultés économiques ont diminué le nombre de Russes qui voudraient prendre en charge un enfant abandonné. Chez nous il n'y a pas de queue pour l'adoption".

Un orphelin peut être inscrit à la base des données de l'adoption internationale s'il est trois fois refusé par des parents potentiels russes. "Les étrangers adoptent plus souvent des enfants qui ont des difficultés de santé, parce qu'ils ont plus de moyens pour le traitement", constate le directeur d'une agence d'adoption, Viktor Saveliev.

"Aux États-Unis, les orphelinats n'existent plus depuis longtemps, poursuit Lioudmila Petrova. S'il naît un orphelin, il est tout de suite adopté en raison d'une longue queue de parents adoptifs potentiels. C'est pourquoi les Américains ont été les premiers à adopter des enfants russes". L'an dernier, les parents adoptifs d'outre-Atlantique ont hébergé plus de 5.200 enfants. L'astronaute Thomas Stafford a lui-même adopté deux garçons frères originaires de la banlieue de Moscou. Avoir "un fils russe" est aussi le rêve de la diva hollywoodienne Angelina Jolie. "Les enfants russes sont à la fois une mode et un signe de sympathie pour la Russie", estime Viktor Saveliev.

Le juriste Alfred Wolf, professeur à l'Université Humboldt de Berlin, explique les raisons de l'adoption d'enfants russes: "En Allemagne, 15 000 couples adopteraient volontiers un enfant, mais ces veinards ne sont pas nombreux. Les bébés indésirables sont souvent avortés, c'est pourquoi nous n'avons pas beaucoup d'enfants qui cherchent des parents".

"J'ai adopté un enfant russe parce que les Russes ont les mêmes valeurs que les Espagnols, raconte l'Espagnole Carlotta Solé, professeur de sociologie. Les orphelinats russes sont à la charge de l'État, cela veut dire que les enfants ont leurs droits qui sont protégés, que l'État contrôle le processus de l'adoption ce qui est très important et pour l'enfant, et pour ses futurs parents".

"Le patrimoine génétique de la nation est en danger!", "Nous laissons nos enfants partir pour l'étranger, alors qu'une crise démographique continue de ravager le pays!": ces phrases qu'on retrouve dans les journaux, à la télévision et sur Internet ont rebattu les oreilles. "Ça me fait beaucoup de mal de voir que la Russie abonde en orphelins et que des étrangers adoptent nos enfants, avoue Lioudmila Petrova. Mais grâce à l'adoption nous aidons les enfants concrets, et je m'en réjouis".

Pourtant même les meilleures intentions peuvent se discréditer. L'un des scandales les plus retentissants a éclaté à Volgograd. Originaire de cette ville et Italienne de nationalité, Nadejda Fratti avait engagé une activité bien lucrative faisant l'intermédiaire dans une adoption illégale avec faux papiers et pots-de-vin. Ses honoraires se montaient à 2.500 dollars US par orphelin. Entre 1993 et 2001 elle avait ainsi "fourni" en Italie 558 bébés.

Dans la région de Smolensk, à l'ouest de Moscou, trois quarts d'enfants adoptés l'étaient par des étrangers. "On fait souvent du bien par intérêt, dit Viktor Saveliev. Il y en a qui cherchent à se divertir ou à se faire entourer dans la vieillesse". L'histoire du petit Viktor, 7 ans, a mis la Russie sous le choc. L'adoption lui a coûté la vie. Ses parents adoptifs, Brenda et Bob Matthey, l'ont tabassé, passé sous une douche froide et enfermé dans la cave de leur maison pour la nuit. Le couple Matthey a fini par être arrêté pour le meurtre de Viktor... Dans l'État de l'Utah, un couple faisait souffrir de faim deux autres enfants russes.

Bien entendu, ces histoires font exception. La Russie connaît aussi des violences parentales. Mais la société a fini par en tirer une leçon: l'adoption comme tout autre projet important et à long terme demande une réalisation bien réfléchie. Tous les parents adoptifs potentiels ne méritent pas la confiance.

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