La Russie est-elle capable de se prémunir contre la terreur

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MOSCOU/ /par Piotr Gontcharov, RIA Novosti/. Les événements de Beslan ont posé des questions auxquelles chaque Russe voudrait recevoir une réponse concrète. Qui a organisé cet attentat monstrueux ? Quel était son but ? Etait-il possible de le prévenir ? Et la question essentielle : la Russie est-elle en général capable, dans son état actuel, de se prémunir contre la terreur ?

En s'adressant à la nation le lendemain du dénouement tragique à Beslan, Vladimir Poutine a reconnu que les autorités avaient sous-estimé "la complexité et le danger des processus" en cours en Russie et dans le monde, et qu'elles n'avaient pas pu "réagir de façon adéquate". Pour le reprendre, les uns s'efforcent d'arracher à la Russie le morceau le plus gros possible, les autres les aident. Il y a des forces, affirme le président, qui croient que la Russie qui est l'une des plus grandes puissances nucléaires du monde présente toujours une menace et que la terreur est l'outil idéal pour l'affaiblir. Dans son message à la nation, le président n'a pas exclu que les commanditaires de ce crime monstrueux cherchaient à provoquer une guerre intestine dans le Caucase du Nord.

Ce point de vue est partagé par de nombreux experts et politologues russes. A leur avis, en effet, le caractère et la nature des derniers attentats ne laissent pas de doute qu'ils étaient coordonnés et que la Russie est considérée actuellement comme un élément faible qu'il est possible d'ébranler. De l'avis du général Leonid Ivachov, vice-président de l'Académie des problèmes géopolitiques, l'acte de terrorisme de Beslan fait partie d'un plan ayant pour but d'affaiblir les positions de la Russie au Caucase du Nord et de l'évincer finalement de cette région. Toutes les tendances négatives dans cette enclave turbulente seront mises à profit : le séparatisme en Tchétchénie, les contradictions qui risquent de s'aggraver maintenant entre les différentes entités au Caucase du Nord.

Nul n'ose prédire la flambée deterrorisme suivante, estimant qu'on peut attendre à tout moment des attentats nouveaux. Parce que les institutions publiques et les services secrets, bien qu'ils aient beaucoup parlé du terrorisme en général et du terrorisme international en particulier, ne s'opposaient tout compte fait qu'au seul séparatisme tchétchène, en tournant le dos à la possibilité de sa transformation. L'une des tâches consiste aujourd'hui à comprendre ce qui est opposé à la Russie dans la région du Caucase du Nord et qui est l'opposant, sans quoi il est impossible de prévenir une nouvelle série d'actes de terrorisme. En effet, d'après le général, à juger par les résultats d'une analyse effectuée par le centre qu'il représente, la cible suivante des terroristes, d'après leur plan de déstabilisation de la situation dans l'ensemble du Caucase du Nord, peut être le Daghestan. La Russie a-t-elle la force pour pallier cette éventualité ? A-t-elle les moyens de ne pas permettre une discorde interethnique, donc entre les différentes républiques du Caucase du Nord ?

Leonid Ivachov répond par l'affirmative, à condition de faire preuve d'une approche professionnelle du problème et de volonté politique. Il pense aussi que, comme le propose le président, un système unique doit être créé pour assurer la coordination de toutes les structures de force. Mais pour ce faire, il est nécessaire aussi que les services secrets redoublent d'effort et améliorent l'efficacité de leurs centres analytiques. Enfin, il faut élaborer une stratégie fédérale adéquate pour le Caucase du Nord qui est la région la plus vulnérable au sein de la Fédération de Russie.

Dans le même ordre d'idées, il est nécessaire de revoir aussi l'ampleur de la participation de l'armée à la lutte contre les terroristes à l'intérieur du pays. La principale erreur des autorités fédérales consistait, de l'avis de Leonid Ivachov, en ce que les forces armées ont été largement engagées dans la première "campagne tchétchène" et dans la deuxième aussi. L'armée ne pouvait pas résoudre les problèmes de la Tchétchénie en tant que partie de la Fédération de Russie du fait de sa particularité. Les opérations d'envergure pour lesquelles est en fait créée l'armée sont en principe inadmissibles sur le territoire de son propre pays. Le terrorisme doit être combattu par des forces spéciales relevant des structures appropriées pour lesquelles un système de commandement unique doit être créé et qui n'iront pas jusqu'aux fameux ratissages. L'armée doit faire la guerre aux terroristes aux approches lointaines et à proximité de la Russie.

Parlant d'une coopération éventuelle entre la Russie et l'OTAN dans la lutte contre le terrorisme, l'expert russe a estimé qu'une telle coopération ne pourrait être réellement efficace que lorsque les partenaires auront adopté les mêmes règles de conduite. L'expert russe estime inadmissible que dans les documents officiels des partenaires de la Russie, que ce soit l'Union européenne ou les Etats-Unis, les terroristes soient appelés rebelles. Moscou doit chaque fois poser la question en sorte que tout soutien, même symbolique, apporté au terroriste soit considéré comme un acte inamical de complicité. Enfin, vu le danger de la menace, il est grand temps de donner au terrorisme une définition nette au plus haut niveau juridique international.

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