La Russie relève le défi des terroristes

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MOSCOU, 6 septembre - par Petr Romanov, commentateur politique de RIA Novosti.

Je ne sais pas comment les autres citoyens russes ont accueilli l'allocution du président russe Vladimir Poutine à la nation portant sur la tragédie de Beslan. Pour ce qui est de moi, j'ai été satisfait, en tout cas, par la douleur et la vérité du message.

Pour la première fois, le pouvoir a osé qualifier de guerre les événements en cours dans le pays en abandonnant l'euphémisme douteux d'"opération antiterroriste" qui avait été utilisé depuis de longues années. Pour la première fois, le président a franchement reconnu la faiblesse de la Russie, la désunion sociale et idéologique de la société, les erreurs graves commises par les dirigeants du pays pendant la période de passage de l'ancien système communiste au système démocratique. Pour la première fois, il a indiqué, sans toutefois les nommer, les commanditaires et les patrons des meurtriers, à savoir les russophobes incorrigibles qui désirent toujours l'effondrement de la Russie. La vérité est un grand remède qu'on prend au début du traitement.

Certes, le terrorisme international n'est qu'un instrument ou, plutôt, un dard visant le cœur du peuple russe. Les commanditaires de l'infanticide sont plus criminels, cyniques et inhumains que les auteurs du crime, que ceux qui ont fait exploser les enfants, qui leur ont tiré dans le dos et n'ont pas donné d'eau même aux bébés de douze mois. Le président a en outre évoqué l'héroïsme, les erreurs des organes judiciaires, la corruption qui avait rouillé le système judiciaire, la "cinquième colonne" prête à faire le jeu de l'ennemi ou, au moins, renoncer à la lutte. "On bat les faibles", a dit le président et on ne peut pas le contredire. Enfin, le chef de l'État a dit qu'il n'y avait pas d'alternative à la résistance.

La Russie a relevé le défi du terrorisme international et de ceux qui le manipulent.

Il est certain qu'il s'agit effectivement du terrorisme international, il suffit de voir les corps des salauds qui ont attaqué l'école de Beslan. On y trouve des Tchétchènes, des Ingouches, un criminel de nationalité slave recherché pour des viols et des vols avec agression, dix mercenaires arabes (sur la trentaine de terroristes). Nous sommes en présence de l'internationale terroriste. Les attentats qui ont récemment secoué la Russie - les explosions dans et à l'entrée du métro de Moscou, les accidents de deux avions revendiqués par un groupe nommé "Brigades Islambouli" témoignent que la Russie fait l'objet d'une intervention et que la guerre sera longue.

Il est évident que les autorités et la population devront déployer des efforts considérables et essuieront inévitablement des pertes humaines et politiques pour gagner une telle guerre. La Russie n'a pas l'intention de renoncer aux valeurs démocratiques et à la Constitution actuelle. Mais la démocratie adopte forcément un nouvel aspect en temps de guerre, on a assisté à cette métamorphose aux États-Unis après les événements du 11 septembre. Le droit des enfants à la vie est plus important que beaucoup d'autres droits. Les politiciens des pays qui n'ont pas été touchés par ce fléau autant que la Russie n'arrivent, peut être, pas encore à comprendre la nouvelle situation du monde au XXIe siècle. Ils ne verront probablement pas d'un bon œil les changements en cours en Russie en temps de guerre, mais c'est leur problème à eux.

Les Russes ne peuvent pas attendre jusqu'à ce que le ministre néerlandais des Affaires étrangères Bernard Bot, qui a réclamé des explications de Moscou concernant la tragédie nord-ossète, devienne plus raisonnable. Qu'est-ce qu'on peut expliquer au moment où l'on prend en otages des enfants dans une école, les fait mourir de faim et de soif, met des bombes bourrées de billes au-dessus de leurs têtes pour que personne n'échappe? Est-ce que les enfants néerlandais sont faits d'une autre matière humaine?

Dieu merci, monsieur Bot n'est pas le commandant en chef de la coalition antiterroriste. Le monde et les leaders politiques les plus influents - George Bush, Tony Blair, Jacques Chirac, Gerhard Schröder, Silvio Berlusconi, Ariel Sharon et beaucoup d'autres - ont réagi de façon adéquate aux événements de Beslan. La Russie souhaite que le monde garde cette attitude. La politique de deux poids, deux mesures divisant l'internationale terroriste en "nos salauds" et les "salauds étrangers" doit sombrer dans l'oubli. La coalition doit agir de concert et être plus tolérante à l'égard des compagnons d'armes au lieu d'être indulgente avec les terroristes et leurs complices. Les membres de la coalition n'ont toujours pas compris qu'ils sont dans la même tranchée. Or c'est une condition sine qua non permettant de mettre fin aux tragédies. Les Américains ont déjà le 11 septembre, les Espagnols le 11 mars, les Russes le drame des 1er-3 septembre. A qui est le tour?

Le deuil national de deux jours a été décrété en Russie. Mais les journées de deuil en temps de guerre sont non seulement une occasion pour pleurer les morts et enterrer les victimes, mais aussi pour travailler. Chaque citoyen russe a le droit d'espérer que l'État a déjà commencé la réalisation du plan de renforcement de la sécurité annoncé par le président. Il s'agit de réformer les organes judiciaires, créer un nouveau système de contrôle de la situation au Caucase du Nord, etc. Le Kremlin n'a pas de temps pour la réflexion.

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