Le message de Vladimir Poutine à l'occasion des événements à Beslan (Ossétie du Nord)

S'abonner
MOSCOU, 5 septembre - RIA-Novosti. Le 4 septembre, le président russe Vladimir Poutine est intervenu avec un message télévisé à l'occasion de la tragédie à Beslan, en Ossétie du Nord. Le texte intégral du message présidentiel suit ci-dessous.

"Il m'est extrêmement difficile de parler.

Une tragédie horrible a frappé notre pays. Ces derniers jours, chacun de nous a profondément souffert en faisant passer par son coeur les événements de Beslan. Là, nous devions tenir tête non seulement à des assassins mais à ceux qui avaient fait appel à des armes contre les enfants sans protection.

Aujourd'hui, j'adresse mes paroles de soutien et de compassion avant tout à ceux qui ont perdu tout ce qu'il y a de plus cher dans la vie, leurs enfants, leurs parents et leurs proches.

Je vous demande de commémorer tous ceux qui sont morts des mains de terroristes ces derniers jours.

Dans l'histoire de la Russie, il y a eu beaucoup de pages tragiques et d'événements pénibles. Nous vivons dans le contexte qui s'est créé après la dislocation d'un immense et grand Etat. De l'Etat qui s'était avéré non viable face au monde en mutation rapide.

Mais, malgré toutes les difficultés, nous avons réussi à sauvegarder le noyau de ce géant du nom de l'Union Soviétique. Nous avons baptisé le nouveau pays Fédération de Russie.

Nous nous attendions à des changements, et à des changements pour le mieux.

Mais nous n'étions absolument pas préparés à biens des changements dans notre vie. Pourquoi ?

Nous vivons dans un contexte de l'économie de transition qui ne correspond pas à l'état et au niveau de développement de la société et du système politique.

Nous vivons dans un contexte marqué par des conflits intérieurs et des contradictions interethniques exacerbées, jadis fermement étouffées par l'idéologie dominante.

Nous avons cessé d'accorder une attention soutenue aux questions de la défense et de la sécurité, nous avons permis à la corruption de gagner les sphères judiciaires et de sécurité.

D'autre part, notre pays qui possédait à une certaine époque les frontières extérieures bien protégées s'est avéré en un rien de temps non protégé ni à l'Ouest ni à l'Est.

La création de frontières modernes et réellement protégées prendra de longues années et demandera des milliards de roubles.

Mais là encore nous pourrions être plus efficaces si nous agissions à temps et en professionnels.

Force nous est de reconnaître que nous n'avons pas compris la complexité et le danger des processus qui ont cours dans notre propre pays et dans le monde.

En tout état de cause nous n'avons pas pu y réagir de manière adéquate en faisant preuve de faiblesse.

Or les faibles sont toujours battus.

Les uns veulent nous arracher de "bons morceaux" et les autres les aident en cela. Ils les aident estimant que la Russie qui est l'une des grandes puissances nucléaires représente encore une menace pour eux. De ce fait, estiment-ils, il faut que cette menace soit éliminée.

Et le terrorisme n'est qu'un outil pour parvenir à cet objectif.

Comme je l'avais déjà déclaré, nous avions à plusieurs reprises eu affaire à des crises, des soulèvements et des actes de terrorisme. Mais ce qui a eu lieu récemment est un crime inhumain et d'une cruauté sans précédent. Ce n'est pas un défi lancé au président, au gouvernement ou au parlement. C'est un défi lancé à la Russie tout entière et à tout son peuple.

Cela est une agression contre notre pays.

Les terroristes croient qu'ils sont plus forts que nous. Qu'ils pourront nous effrayer par leurs violences, qu'ils pourront paralyser notre volonté et démoraliser notre société. Et nous sommes, dirait-on, face à un choix: riposter ou céder à leurs prétentions, nous rendre et permettre de détruire et de décomposer la Russie dans l'espoir qu'ils finiront par nous laisser en paix.

En tant que président et chef de l'Etat russe, en tant que celui qui a prêtéserment de défendre notre pays, son intégrité territoriale et en tant que simple citoyen russe, je suis convaincu qu'en réalité nous n'avons absolument pas le choix. Car il nous suffit une fois de céder au chantage et à la panique que nous plongerons des millions de gens dans une suite interminable de conflits meurtriers, suivant l'exemple du Haut-Karabakh, de la Transnistrie et d'autres tragédies semblables. On ne peut ignorer l'évidence.

Nous avons affaire non pas à des actions isolées de dissuasion, non pas à des attaques terroristes à part. Nous avons affaire à une intervention directe de la terreur internationale contre la Russie, à une guerre totale, violente et de grande envergure qui continue d'emporter les vies de nos concitoyens.

Toute l'expérience mondiale montre que ces guerres, hélas, ne finissent pas vite. Dans ces conditions, nous ne pouvons et ne devons donc plus mener une vie aussi insouciante que par le passé.

Nous sommes forcés de créer un système de sécurité plus efficace, d'exiger à nos forces de l'ordre des actions qui soient adéquates au niveau et à l'ampleur des nouvelles menaces.

Mais l'essentiel, c'est de mobiliser la nation face à la menace commune. Les événements d'autres pays montrent que la riposte la plus efficace est infligée aux terroristes là où ceux-ci affrontent non seulement une puissance de l'Etat, mais aussi une société civile organisée et unie.

Chers concitoyens,

Ceux qui ont envoyé les bandits commettre ce crime affreux se sont fixé pour but de semer la discorde entre nos peuples, de faire peur aux citoyens de la Russie, de déclencher une guerre intestine sanglante au Caucase du Nord.

A cette occasion, je voudrais dire ceci.

Primo, un ensemble de mesures sera prochainement élaboré visant à renforcer l'unité du pays.

Secundo, j'estime nécessaire de créer un nouveau système de coordination des forces et moyens qui contrôlent la situation au Caucase du Nord.

Tertio, il importe de mettre en place un système de gestion anticrise qui appliquera des approches absolument nouvelles vis-à-vis des activités des forces de l'ordre.

Et, je le noterai tout particulièrement, toutes ces mesures seront appliquées en pleine conformité avec la Constitution nationale.

Chers amis,

Nous vivons ensemble des heures très difficiles et sombres. Et je voudrais à cet instant remercier tous ceux qui ont fait preuve de caractère et de responsabilité civile.

Nous sommes et nous serons toujours plus forts qu'eux: et par notre morale, et par notre courage, et par notre solidarité humaine. Je l'ai revu cette nuit.

Dans un Beslan plongé dans la douleur, les gens étaient encore plus soucieux les uns des autres, et ils se soutenaient.

Et ils n'avaient pas peur de risquer leurs vies au nom de la vie et de la sécurité des autres.

Même tombés dans les conditions les plus inhumaines, ils restaient des hommes.

Impossible de se résigner à la douleur des pertes. Mais les épreuves nous ont rapprochés encore davantage et nous ont fait réévaluer beaucoup de choses.

Aujourd'hui nous devons être ensemble. C'est la seule façon par laquelle nous pourrons vaincre l'ennemi.

Fil d’actu
0
Pour participer aux discussions, identifiez-vous ou créez-vous un compte
loader
Chat
Заголовок открываемого материала