Signalons dès le début que ni la Russie, ni les Etats-Unis ne déclarent leur intention de déployer dans l'espace extra-atmosphérique des systèmes d'armes, c'est-à-dire de moyens capables de détruite tous seuls des objectifs dans l'espace et sur Terre. Mieux, à la session de la Conférence sur le désarmement qui s'est tenue fin août à Genève, le représentant permanent de la Russie, Léonid Skotnikov, a déclaré officiellement que "la Fédération de Russie ne projette pas de créer, ni de déployer dans l'espace cosmique de quelques systèmes d'armes spatiales que ce soit". "La création d'armes spatiales n'est pas notre choix", a-t-il souligné.
Le représentant russe a, d'autre part, attiré l'attention de l'assistance sur l'existence, dans le droit spatial international, de "lacunes évidentes" qui permettent de réaliser des travaux sur des armes anti-satellites et des éléments de boucliers antimissiles basés dans l'espace. Ce fait est porteur de complications et de dangers sérieux, a-t-il affirmé.
Pourquoi ? Pourquoi est-ce précisément aujourd'hui que le processus du désarmement est mis en bloc avec le thème militaro-spatial ? Pourquoi sont-ce précisément les armes anti-satellites qui risquent de rompre l'équilibre militaire stratégique dans le monde et de déclencher une militarisation totale de l'espace extra-atmosphérique ?
Premièrement, à la fin des années 1990, une nouvelle conception stratégique s'est nettement dessinée dans le monde, celle de conduite des guerres dans le contexte d'un large emploi d'armes de très haute précision. Deuxièmement, les Etats-Unis ont quand même décidé de se doter d'un système de défense antimissile, peu importe que d'un modèle réduit. Son lien avec les armes anti-satellites est direct.
Les armes de très haute précision, tout comme le bouclier antimissiles, demandent de multiplier de plusieurs fois le nombre des satellites d'appui. Si l'on prend en considération que, d'après les évaluations des experts, d'ici 2010 les pays les plus développés du monde pourront posséder 30 000 à 50 000 armes de très haute précision et que la nouvelle défense antimissiles américaine est, dans le contexte du Mémorandum du 21 mai 2003, un "système appelé à protéger le territoire des Etats-Unis, nos Forces armées et nos alliés", on voit la grandeur des formations orbitales nécessaires.
En d'autres termes, inoffensifs de par leur nature, les satellites de reconnaissance, de navigation, d'alerte précoce et météorologiques deviennent des éléments d'un système intégrant des armes de très haute précision et une défense antimissiles. Toute action engendre une réaction. Il est donc parfaitement possible que le monde se rejette lui-même à la fin des années 1950 où les deux superpuissances se sont mises à accélérer les travaux dans le domaine des intercepteurs spatiaux. Seulement aujourd'hui le contexte sera plus compliqué car, à l'époque, il n'y avait que deux camps qui se faisaient face.
Les lacunes du droit spatial international peuvent être hachurées partiellement par la proposition, faite en 2002 par la Russie et la Chine, d'élaborer un traité sur la prévention du déploiement d'armes dans l'espace extra-atmosphérique et de l'emploi de la force ou de la menace contre les objets spatiaux.
Les experts réunis à Genève constatent que l'initiative russo-chinoise trouve un large soutien à la Conférence dont 65 pays sont membres. Notamment la proposition russe d'adopter un moratoire sur l'installation d'armes dans l'espace en attendant que la communauté internationale parvienne à un accord en la matière est accueillie avec approbation.