Dans le contexte du déchaînement du terrorisme, la langue refuse d'articuler le mot LUTTE quand il s'agit du terrorisme. La Russie entre en GUERRE contre ce mal, ainsi que l'a déclaré carrément le ministre russe de la Défense, Serguéi Ivanov. Dans cette guerre Moscou voudrait compter sur un soutien sans équivoque et aussi sincère de l'Occident que celui que ce dernier reçoit de Russie depuis le 11 septembre 2001.
Les témoignages de ce genre de solidarité se multiplient ces derniers jours, force est de le constater. Le Conseil de sécurité de l'ONU convoqué à la demande de la Russie a qualifié la prise d'otages mineurs à Beslan d'action terroriste odieuse et a demandé leur libération immédiate. Une compassion et une réprobation des derniers attentats ont été témoignées à Moscou par Tony Blair, Jacques Chirac et George Bush. Ce dernier a offert, lors d'un entretien téléphonique cette nuit avec Vladimir Poutine, "toute aide à la prévention des actions barbares des terroristes".
Le soutien verbal semble être fortifié par des actes pratiques. Ainsi, les enquêteurs américains ont tout à coup découvert récemment sous leur nez, à Chicago, une source de financement des bandes tchétchènes. Il en a résulté la fermeture de la Benevolens International Foundation qui a eu le temps de transférer aux commandos extrémistes tchétchènes plus de 300 000 dollars. C'est cette même société caritative dans la filiale bosniaque de laquelle une perquisition a permis de découvrir un ordre écrit lapidaire d'Oussama ben Laden : "Il est temps d'attaquer la Russie".
Il paraît que l'ordre du chef est exécuté aujourd'hui par les "Brigades Islambouli". De toute façon, c'est cette organisation (et de nombreux experts la considèrent comme l'unité tchétchène d'Al-Qaida) qui a revendiqué la destruction des avions de ligne russes le 24 août et l'explosion de Moscou du 31 août.
On dirait que cela renforce sinon tout l'Occident, du moins l'administration américaine dans son intention de réagir avec plus de sérieux aux affirmations de Moscou concernant l'alliance directe des extrémistes tchétchènes avec le terrorisme international en général et avec Al-Qaida en particulier.
Résultat : trois groupes tchétchènes - les Brigades internationales islamiques, le Régiment islamique spécial et le Bataillon islamique de shaheeds "Riyadus Salihin" - ont été portés en février 2003 sur la liste noire des organisations terroristes établie par le département d'Etat américain. C'est à cette dernière organisation, au Bataillon islamique des shaheeds, contrôlé par Chamil Bassaev, le terroriste tchétchène le plus sanguinaire, qu'appartiennent les preneurs d'otages de Beslan, comme l'a déclaré leur "attaché de presse " qui a téléphoné du lieu de l'attentat directement à la rédaction du New York Times.
Les bandes figurant sur la liste noire américaine sont recherchées dans le monde entier et leurs finances dans les banques des Etats-Unis ont été gelées.
Merci beaucoup. Mais les tragédies de la semaine dernière clament : c'est absolument insuffisant aujourd'hui.
Il faut que l'Occident reconnaisse clairement et en public une chose très importante. Aujourd'hui le sang des victimes des attentats de Rostov, de Toula et de Moscou et les pleurs des enfants pris en otage àBeslan ont définitivement mis le signe d'égalité entre le terrorisme international "classique" et le terrorisme tchétchène. Ce terrorisme que les médias occidentaux appellent pudiquement depuis des années tantôt la "résistance populaire", tantôt la "lutte armée pour l'indépendance nationale", tantôt le "mouvement anticolonialiste".
Il est temps d'en finir avec cette ambiguïté dans la conscience de la société occidentale dans laquelle le diable du terrorisme devient comme par magie un cerveau un peu brûlé mais un gars tout compte fait bon, dès qu'il sort du monde extérieur pour entrer en Tchétchénie.
En effet, les Etats-Unis, tout en compatissant à la douleur éprouvée par la Russie les jours particulièrement pénibles pour elle, trouvent possible d'accorder le permis de séjour permanent au ministre des affaires étrangères du gouvernement d'Aslan Maskhadov. "Vous savez, il est un homme si doux, un honnête homme sans malice. Plus honnête que ben Laden".
La Grande-Bretagne, à son tour, supporte depuis des années la collecte dans les mosquées londoniennes de fonds destinés à financer le terrorisme tchétchène. Et acquitte en justice et puis gratifie d'asile politique Akhmed Zakaev qui a personnellement formé des commandos terroristes, fusillé des gens, coupé les doigts aux indésirables. Un peu avant, Zakaev avait reçu la clé des champs des mains de la Thémis danoise, libérale aux frais des autres.
Or, le parquet de la Russie a accusé cet homme de crimes très graves, il fait l'objet d'un avis de recherche d'Interpol.
L'Occident n'a aujourd'hui ni le droit ni le temps d'être inconséquent.
Il faut créer une zone d'isolement et d'intolérance autour de terroristes, leurs théoriciens haut placés et leurs chefs, zone où soient en vigueur les normes politiques et juridiques identiques. Le terroriste qui a attaqué les civils et l'idéologue qui a recruté ce terroriste doivent savoir ceci: qui qu'ils soient et qui que soient ceux qu'ils représentent, quels que soient leurs mots d'ordre et quel que soit le territoire où ils se trouvent, ils seront inévitablement punis selon la gravité de leur crime.
Il est inadmissible qu'il existe en Occident des "paradis" où les terroristes peuvent se reposer, guérir leurs blessures, jouir de tous les bienfaits de la civilisation et même trouver des sponsors compatissants.
Ces vérités sont évidentes, mais la Russie a des raisons d'estimer qu'aussi bien les Etats-Unis que l'Europe unie pourraient les partager d'une manière plus conséquente.
Voici un exemple. Tous les ans, l'Union européenne soumet régulièrement à la Commission des droits de l'homme de l'ONU les projets de résolutions sur de prétendues "violations des droits de l'homme en Tchétchénie". Les auteurs des projets s'efforcent de critiquer âprement la Russie parce qu'elle ne fait pas, soi-disant, certaines choses en République de Tchétchénie: parce qu'elle n'enquête pas sur les crimes de guerre, n'assure pas le retour des réfugiés à leur propre gré, etc., tout en passant sous silence les changements positifs réels qui y sont survenus.
Pourtant, la Tchétchénie de 2004 est autre, probablement inconnue des fonctionnaires européens.
Moscou a réussi à y réduire la guerre à un conflit en train de s'éteindre, à remplacer les ratissages massifs par des opérations concrètes, à liquider ou à neutraliser plus de 30 chefs de guerre réputés, y compris Radouiev, Khattab, Baraiev et Guelaiev, ainsi qu'à organiser le référendum sur la Constitution et, ces jours-ci, l'élection du nouveau président de la république.
Bref, la vie quotidienne des Tchétchènes se normalise à vue d'oeil. 70 hôpitaux ont été mis en service, plus de 100 écoles se sont ouvertes, 5 Universités ont admis des étudiants. Un petit détail significatif: dans les rues de Grozny, on peut voir de plus en plus souvent des femmes qui se promènent avec leurs bébés en landau.
Ces signes de la stabilisation et de l'amélioration de la qualité de la vie en Tchétchénie enragent les chefs tchétchènes qui se trouvent à l'étranger. Les résultats de l'élection présidentielle d'août favorables pour Moscou sont désavantageux pour ces forces. Aslan Maskhadov et ses hommes sont de plus en plus oubliés par le peuple tchétchène. Cela a suscité l'irritation des chefs de la clandestinité armée tchétchène qui ont décidé d'y réagir tout de suite par de nouveaux actes terroristes.
L'Union européenne ne coopère pratiquement pas avec la Russie sur le problème tchétchène et s'abstient d'apporter une aide concrète qui ferait de la Tchétchénie un lieu d'existence plus admissible. L'UE ne fait qu'élaborer les projets de résolutions antirusses.
C'est un demi-mal. Le préjudice principal causé par ces actions inamicales consiste en ce qu'elles font indirectement le jeu des terroristes tchétchènes. Cela rompt l'espace unique d'intolérance qui doit entourer les terroristes, où qu'ils commettent leurs forfaits sanglants: à New York, Madrid, Moscou ou à Beslan. Ceux qui préparent de nouveaux attentats à la vie des civils reçoivent un stimulant propagandiste.
Par ailleurs, la Russie est considérée comme un partenaire de qualité inférieure au sein de la coalition antiterroriste internationale, partenaire avec qui on ne coopère que lorsque les terroristes font du mal à l'Europe, à l'Occident et non pas à la Russie. Cette attitude n'arrange pas Moscou.