La Russie n'est pas toujours prête à ratifier le Protocole de Kyoto

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MOSCOU, 1-er septembre - par notre commentatrice Tatiana Sinitsyna.

Evoquant les discussions concernant le Protocole de Kyoto au cours de sa rencontre à Sotchi avec les leaders français et allemand, le président russe, Vladimir Poutine, a relevé certaines préoccupations de la Russie liées aux obligations qu'elle doit assumer en vertu du Protocole. Le chef de l'Etat a souligné que c'était le parlement du pays qui devait s'occuper de cette question. Le président, quant à lui, s'est engagé à contribuer à l'accélération de ce processus. Vladimir Poutine a ainsi réitéré son soutien au Protocole de Kyoto qu'il avait exprimé le 21 mai dernier à la tribune du sommet Russie-UE à Moscou.

Commentant les paroles du chef de l'Etat au sujet des "préoccupations" relatives à la ratification du document, le président du conseil d'administration de l'organisation non lucrative "National Carbon Union" (NCU), Sergueï Vassiliev, a cité en guise d'exemple la directive sur le commerce des quotas de rejets de gaz à effet de serre adoptée par l'Union européenne. Au lieu de la création d'un marché libre, ce document propose un marché de prescriptions rigides. D'après Sergueï Vassiliev, l'UE établit les acheteurs de quotas et répartit les achats selon les régions (une partie en Europe, une autre, dans les pays en voie de développement). "Il ne s'agit plus ici d'un marché, mais d'une politique de deux poids, deux mesures", dit le responsable.

L'organisation "National Carbon Union" a été créée il y a un an. Elle regroupe aujourd'hui une quinzaine de partenaires. Son objectif initial est d'expliquer aux compagnies russes responsables pour les rejets de gaz à effet de serre le sens et les mécanismes du Protocole de Kyoto, de leur montrer comment on peut utiliser cet instrument pour attirer des investissements dans l'industrie nationale.

La NCU réunit des groupes tels que RAO EES Rossii ("Systèmes énergétiques interconnectés de Russie"), Roussal ("Aluminium de Russie), AFK-sistema et d'autres. Le volume total des rejets assurés par les membres de la NCU constitue environ 650 millions de tonnes de CO2 par an (soit plus de 1/3 du total des rejets en Russie). La Vneshtorgbank coopère avec la "National Carbon Union" en qualité d'observateur, car ne produit pas elle-même de gaz à effet de serre.

Le problème principal qui empêche la ratification du Protocole de Kyoto est l'absence en Russie d'institutions responsables pour l'adoption de ce document, estime Sergueï Vassiliev. Selon lui, les pays occidentaux étudiaient le Protocole à fond durant au moins cinq ans, tandis qu'en Russie, le travail sur le document s'avère "sporadique".

Selon le chef de la NCU, la ratification du Protocole doit être précédée par une série de négociations énergiques de la Russie avec la communauté européenne et le Japon en tant que moteurs du processus de Kyoto. Mais pour tenir ces négociations, la Russie doit formuler nettement sa position à l'égard du Protocole. Si les partenaires de la Russie comprennent sa position, les préoccupations évoquées par le président russe seront supprimées, estime Sergueï Vassiliev.

Cette position est bien simple : les hommes d'affaires russes veulent savoir où, comment et à quelles conditions ils pourront acquérir les investissements promis par le Protocole. De l'avis du responsable, s'il s'agit d'un programme global qui ne vise pas à moderniser uniquement l'économie de quelques pays, mais prévoit de réduire, grâce aux efforts conjoints, l'impact anthropique sur le climat à l'échelle mondiale, alors, le bon sens veut qu'on investisse dans les projets les plus prometteurs.

Les experts ont établi que le coût de la réduction des rejets en Europe s'élève à plus de 100 euros la tonne, alors qu'en Russie, il existe nombre de projets coûtant vingt fois moins (jusqu'à 5 euros la tonne). Les chiffres démontrent où il faut investir.

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