Comme cela arrive d'habitude en pareille circonstance, les gens trouvent facilement les responsables. Ils parlent de la police, de l'islam et des Tchétchènes. Ils ont raison mais seulement en partie, ne serait-ce que du fait que le problème du terrorisme contemporain est international. A propos, l'attentat à l'entrée de la station de métro Rijskaïa a été revendiqué par une organisation étrangère, les "Bridages Islambouli", qui avait déjà déclaré sa participation à l'organisation des attentats contre les deux avions de ligne russes. L'implication éventuelle des extrémistes liés à Al-Qaida dans ces deux crashs a été évoquée aussi par le président Poutine.
Bref, la dernière explosion de Moscou et la prise d'otages dans l'école en Ossétie du Nord sont, malheureusement, des épisodes d'une guerre durable de la civilisation contemporaine contre un défi nouveau, le terrorisme international. La Russie n'est pas l'unique pays qui ne s'est pas préparé à relever ce défi. Tout comme la majorité des pays les plus développés du monde ne sont pas prêts à faire face avec efficacité au terrorisme malgré les nombreux efforts produits à cet effet. Même l'argent et les technologies modernes ne permettent pas - et de loin - de résoudre complètement ce problème.
Aujourd'hui, les kamikazes sont l'une des armes les plus redoutables du terrorisme international. Même les Israéliens qui sont les experts les plus expérimentés en lutte antiterroriste n'ont pas encore appris à combattre ce mal. Le même jour qu'à Moscou, des explosions ont de nouveau retenti en Israël où des kamikazes ont attaqué des bus.
L'islam classique n'est pas lui non plus prêt à faire face avec efficacité au terrorisme. Les hommes armés dans des mosquées et les caches d'armes aménagées sur des cimetières musulmans (cela a été plus d'une fois le cas en Tchétchénie, et maintenant en Irak) montrent combien loin les islamistes radicaux se sont écartés du Coran.
Le plus souvent, la piste dite tchétchène ne remonte pas à Grozny mais à l'étranger. Non seulement parce que ce sont les "Brigades Islambouli" qui ont revendiqué les derniers attentats. Les femmes-kamikazes sont seulement natives de Tchétchénie. Il n'est pas dans la tradition du peuple tchétchène d'instiguer des femmes au suicide. La méthode et l'argent nécessaire pour faire des zombies et l'organisation des attentats, tout cela a des racines étrangères. C'est en règle générale à l'étranger que sont formées les kamikazes.
La Russie n'est qu'une partie de l'immense territoire sur lequel se déroule aujourd'hui la guerre contre le terrorisme international. Tout porte à croire que se sera une guerre de longue haleine et, à ce jour, très peu efficace, malheureusement. La civilisation contemporaine est seulement à la phase de l'élaboration d'une arme opérante contre le nouveau mal. D'autre part, la coalition antiterroriste n'arrive toujours pas à bien coordonner ses activités et, qui plus est, ses membres ne cessent de se disputer. Les pays les plus touchés sont ceux qui se trouvent sur la ligne du front. La partie de l'Europe qui n'a pas encore été sérieusement attaquée par les terroristes tantôt critique Israël, tantôt la Russie pour la Tchétchénie, bien que la situation y ait changé de façon radicale, tantôt s'en prend à aux Américains. Ces derniers vocifèrent contre l'Espagne pour avoir "déserté l'Irak" et accordent l'asile politique à l'ancien chef de la diplomatie de la soi-disant "République d'Itchkérie" Ilias Akhmadov. Londres en fait autant pour un des leaders des séparatistes et des terroristes tchétchènes, Akhmed Zakaev, en se montrant partisan de la politique de double poids - double mesure... Autant dire que la "ligne du front" passe également entre les membres de la coalition. La guerre contre le terrorisme ne se gagne pas ainsi.
En ce qui concerne la Russie, elle n'est pas près de se rendre. Elle combattra en usant des méthodes aussi bien musclées que politiques. Le processus de règlement politique en Tchétchénie sera, incontestablement, poursuivi. Ainsi que l'a fait remarquer le président Poutine : "Nous sommes prêts à dialoguer avec toutes les forces, sauf avec les terroristes et les séparatistes".
Les récentes élections présidentielles en Tchétchénie où 80% des électeurs se sont rendus aux urnes ont prouvé avec éclat que cette politique du centre fédéral bénéficie du soutien de la région. C'est une ressource importante dans la guerre contre le terrorisme.