La marine russe revient dans les océans

S'abonner

par Viktor Litovkine, RIA Novosti

Dans les jours qui viennent un groupe de navires de guerre comprenant l'escorteur "Neoustrachimy", le grand bâtiment de débarquement "Kaliningrad" et le pétrolier "Lena" quittera la base navale de Baltiisk (région de Kaliningrad) et traversera la mer du Nord, l'Atlantique et le golfe de Gascogne pour entrer en Méditerranée où il est attendu dans des ports portugais, espagnol et français.

Un mois plus tard, un autre groupe déjà formé à Sébastopol et conduit par le croiseur porte-missiles "Moskva", navire amiral de la Flotte de la mer Noire, mettra le cap sur la Méditerranée. Un peu plus tard, dans l'Atlantique Nord, deux grands bâtiments anti-sous-marins de la Flotte du Nord, le "Severomorsk" et l'"Admiral Levtchenko", prendront part à des exercices navals russo-américains. Depuis plus de dix ans on n'a pas vu une pareille invasion de navires de combat russes dans l'océan mondial.

Le "Kaliningrad" qui, escorté par le "Neoustrachimy", se dirigera vers la Méditerranée, aura à son bord une compagnie d'infanterie de marine (forte d'une cinquantaine hommes), sept engins blindés (BTR-60BP) et la fanfare de l'état-major de la Flotte balte.

L'escorteur qui est un bateau relativement petit, tirant 3 820 tonnes seulement, est doté d'un armement puissant: deux canons jumelés de 130 mm (1700 obus), quatre canons jumelés de 45 mm (2 000 obus par tube), deux batteries lance-torpilles à cinq tubes (cinquante torpilles) et deux batteries de lance-roquettes de 16 tubes (2 500 projectiles). Après une escale à Carthagène et des exercices communs avec la marine espagnole, les marins russes prendront part à un festival de l'art russe en France, à Cannes.

Le croiseur "Moskva" est armé de seize missiles "Bazalt" capables de porter à 500 km une ogive nucléaire ou classique, 64 missiles antiaériens téléguidés "Fort" (analogue au S-300PM terrestre), 40 missiles antiaériens téléguidés "Ossa", un canon de 130 mm, six canons rapides de 30 mm à six tubes (AK-630) et deux batteries lance-roquettes à douze tubes. Au terme d'exercices navals russo-italiens il prendra part, avec sa suite et des navires de l'OTAN, à une mission consistant à patrouiller la Méditerranée pour vérifier les bateaux de transport capables d'emmener en Europe des terroristes, des armes de destruction massive, des systèmes portatifs de défense aérienne…

Certains commandants et experts militaires russes considèrent ces longues expéditions de navires des Flottes de la mer Noire et du Nord comme le "retour de la Russie dans l'océan mondial". Expression exagérée, certes, car les expéditions ne durent que quelques semaines, mais au fonds ils ont raison: la marine de guerre d'un pays dont le territoire est baigné par les eaux de deux océans et de quatorze mers est en effet en train de renaître. Pourtant, après la catastrophe du sous-marin nucléaire multirôles "Koursk" dans laquelle 118 marins ont trouvé la mort, elle ne semblait plus capable de se remettre sur pied. Elle se relève quand même.

Ses effectifs ont diminué de dizaines de fois par rapport à l'époque soviétique. Quelques chiffres à titre de comparaison: l'URSS possédait 250 sous-marins nucléaires, plus que le reste du monde. La Russie en a 35 dont 16 seulement portent des missiles stratégiques. Il y a aussi un porte-avions, "Admiral Kouznetsov", avec vingt chasseurs à missions multiples Su-33, 70 croiseurs armés de missiles et de canons et bâtiments anti-sous-marins capables d'évoluer en mer et dans les zones océaniques, 40 dragueurs de mines, 35 bâtiments de débarquement et 80 vedettes de combat de classes différentes. 297 unités au total.

Est-ce peu ou beaucoup? Inutile d'en discuter. Tout dépend de l'objectif que l'on se fixe. Pour avoir la maîtrise des mers, ce groupement est incontestablement insuffisant, mais telle n'est pas la vocation de la marine de guerre russe. Par contre, pour protéger les ports, les bases, les zones économiques et les plateaux continentaux nationaux, il suffit largement.

D'autant que, tout compte fait, aucune flotte n'existe isolément des forces armées nationales. En ce qui concerne la marine de guerre russe, elle a pour partenaire l'arme stratégique de dissuasion, ses composantes navale, aérienne et terrestre. Le bouclier et l'épée nucléaires russes constituaient au 31 décembre 2003 un groupement de 642 missiles stratégiques basés au sol, suffisant pour que les navires de guerre russes et leurs équipages se sentent bien protégés.

De surcroît, la marine russe n'a pas les mêmes missions qu'il y a quinze ans. La lutte contre le terrorisme international, menace mondiale numéro un, et contre la prolifération des armes de destruction massive et des technologies balistiques requiert des efforts conjoints et coordonnés de tous les pays évolués, donc de leurs armées et de leurs marines. L'essentiel, pour Moscou, est que cette coopération s'appuie sur les institutions juridiques internationales, sur le droit international et s'opère sur décision et sous l'égide de l'ONU et de son Conseil de sécurité.

La participation de navires russes à des exercices communs avec des flottes américaines et avec celles d'autres pays de l'OTAN, de la coalition des Etats de la mer Noire, du Japon, de la Corée du Sud et d'autres pays, l'élaboration de règles communes de comportement en mer et de sauvetage des équipages de sous-marins et d'autres navires en détresse s'inscrivent parfaitement dans ce format de relations.

Certes, les dirigeants du pays et des forces armées russes ont fort à faire pour que la marine de guerre nationale ait des performances techniques répondant aux buts et objectifs que se fixent les flottes des pays occidentaux avancés. Il est nécessaire de construire des navires nouveaux, de les équiper d'armements et de systèmes de sûreté modernes. Et aussi de systèmes satellitaires d'information et de navigation, de télécommunications, de reconnaissance, de désignation des objectifs, ainsi que de centres de calcul…

Que les industries nationales soient capables d'accomplir cette tâche, les trois frégates et les deux contre-torpilleurs construits sur commande de l'Inde et de la Chine respectivement à l'Usine Balte et sur les chantiers navals "Severnaïa verf" de Saint-Pétersbourg sont là pour le confirmer. Il faut y ajouter aussi le croiseur porte-avions "Admiral Gorchkov" que la Russie a vendu à l'Inde et qui est en train d'être modernisé dans la région d'Arkhangelsk par les spécialistes de l'Usine Sevmach de Severodvinsk qui a construit la majorité des sous-marins nucléaires russes, y compris des porte-missiles stratégiques.

Tous les navires de surface que la Russie vend à des pays étrangers sont équipés d'armements russes: missiles, torpilles et canons, systèmes de conduite automatique du combat, qui ne le cèdent en rien à leurs analogues étrangers quant à l'efficacité et même les surclassent à bien des égards. C'est pour cette raison qu'ils s'achètent volontiers par les deux plus grands pays du monde, la Chine et l'Inde, et par d'autres pays également. D'ailleurs, la construction de la flotte de demain est un thème à part. Quant à ce que la marine russe est actuellement, les Européens pourront s'en faire une idée en visitant des navires russes dans des ports norvégiens, britanniques, portugais, espagnols et français, et peut-être aussi grecs.

Fil d’actu
0
Pour participer aux discussions, identifiez-vous ou créez-vous un compte
loader
Chat
Заголовок открываемого материала