Le 29 août, les élections présidentielles anticipées se dérouleront en Tchétchénie. Cette république nord-caucasienne faisant partie de la Fédération de Russie a perdu son président Akhmad Kadyrov au cours d'un attentat perpétré le 9 mai dernier. Akhmad Kadyrov était un ennemi implacable des séparatistes et des terroristes wahhabites qui avaient choisi la Tchétchénie comme leur place forte au Caucase du Nord.
Considéré comme le promoteur principal de la politique de Moscou en Tchétchénie, M.Kadyrov était également le leader d'un très grand nombre des Tchétchènes préconisant l'existence pacifique de la république au sein de l'État russe. Par ailleurs, il jouissait du soutien des anciens chefs de guerre qui avaient renoncé à la lutte armée contre la Russie suivant son exemple. La charpente politique qui a permis à la Tchétchénie de vivre selon la formule "ni paix ni guerre" pendant plusieurs années était fondée sur la personnalité d'Akhmad Kadyrov.
Cependant il est déjà évident que sa mort n'a pas beaucoup changé l'équilibre des forces en Tchétchénie et autour de la république.
Moscou estime toujours qu'il a pratiquement achevé le règlement politique de la situation en Tchétchénie et refuse d'entamer des négociations politiques avec le leader des séparatistes tchétchènes Aslan Maskhadov, ancien président de la Tchétchénie. Ces négociations seraient possibles seulement si ce dernier rendait les armes et reconnaissait la souveraineté de la Russie sur la Tchétchénie.
Écraser le séparatisme était la mission politique principale des autorités russes en Tchétchénie pendant presque dix ans. Elle a été accomplie en mars 2003, lorsque les Tchétchènes ont adopté par référendum la Constitution républicaine stipulant que la Tchétchénie était une partie intégrante de la Russie.
Le nouveau objectif stratégique de Moscou consiste à rapprocher la Tchétchénie à l'état des vingt autres républiques de la Fédération, de lui accorder les mêmes droits et imposer les mêmes obligations.
Les élections présidentielles prévues pour le 29 août donnent une bonne chance d'atteindre cet objectif. Le fait que le scrutin se déroulera conformément à la nouvelle Constitution républicaine est un facteur décisif pour l'évolution des événements politiques. Qui plus est, le général de police Alou Alkhanov, donné favori des élections, est un partisan plus zélé de la politique de Moscou que ne l'était Akhmad Kadyrov. Alou Alkhanov n'a jamais soutenu les séparatistes, il s'est distingué dans les combats contre les terroristes dès 1996, alors qu'Akhmad Kadyrov faisait partie des rebelles de Maskhadov. Il ne réclamera pas de privilèges politiques pour sa république à la différence d'Akhmad Kadyrov qui avait uvré pour la signature d'un accord sur la délimitation des compétences entre Moscou et la Tchétchénie où cette dernière serait une partie contractante indépendante.
Le programme électoral de M.Alkhanov est consacré aux problèmes économiques relatifs au rétablissement de la république dévastée par la guerre. Il a l'intention d'obtenir l'autorisation de Moscou de créer une zone de libre échange, de baisser les impôts et les taxes douanières pour la Tchétchénie et de garder les recettes du pétrole tchétchène.
On peut supposer que le Kremlin accueillera bien certaines initiatives d'Alou Alkhanov malgré que la politique du président russe Vladimir Poutine vise à harmoniser la législation régionale et à renforcer les régimes juridique et économique nationaux depuis plus de quatre ans. On peut dire que le gouvernement russe accordera tout prochainement une grande attention à l'économie tchétchène sinon le règlement de la situation en Tchétchénie restera au point mort.
Le fait est que ces dix ou quinze dernières années, la république a demeuré hors des processus économiques positifs en cours dans le reste de la Russie. Elle n'a pas participé aux réformes économiques, n'a pas organisé la privatisation, n'a pas jeté les bases des relations de marché civilisées. Il faut rattraper le temps perdu. Par ailleurs, la participation de la société tchétchène à la croissance économique russe est un moyen supplémentaire d'éradiquer le terrorisme, la criminalité et les tendances séparatistes dans la république.
Tout comme Akhmad Kadyrov, Alou Alkhanov affirme, et avec raison, que le chômage (70% de la population active) crée une situation aussi propice au terrorisme que la propagande agressive menée par les missionnaires wahhabites de pays arabes.
Selon certains sondages sociologiques, le taux de popularité de M.Alkhanov est largement inférieur à celui de M.Kadyrov. Cela pourrait rendre son travail moins efficace, surtout au début de son mandat. Mais le manque d'autorité peut jouer un autre mauvais tour à Alou Alkhanov dans le contexte du règlement de la situation en Tchétchénie. Le président Kadyrov convertissait les anciens séparatistes, leur rendait leurs armes et les recrutait dans son service de garde qui était dirigé par son fils. Ce processus a sauvé beaucoup de vies en plusieurs années et a épargné un versement de sang inutile aux Tchétchènes. Bien que M.Alkhanov affirme qu'il poursuivra la politique de M.Kadyrov en ce sens, il n'est pas clair si ses efforts seront aussi efficaces que ceux déployés par son prédécesseur.
Rappelons que les leaders des séparatistes ont déjà exprimé leur attitude à l'égard des prochaines élections. Ils ne reconnaîtront pas les résultats du scrutin tout comme ils l'ont fait en 2003 lorsque Akhmad Kadyrov a été élu président. Il y a quelques années, les États-Unis et l'Europe Occidentale ont activement appelé Moscou à mener les négociations politiques avec le leader des séparatistes Aslan Maskhadov ce qui lui donnait des atouts dans le dialogue avec le Kremlin. Cette fois, tout est calme. Cela s'explique notamment par la politique de rapprochement avec l'Occident que mène le président Vladimir Poutine et par le fait que les États-Unis sont préoccupés par les affaires de l'Irak et l'Europe occidentale par l'élargissement de l'UE et les relations transatlantiques.
Quoi qu'il en soit, le règlement de la situation en Tchétchénie est une affaire intérieure russe et son évolution dépend du dialogue entre Moscou et le nouveau président tchétchène qui sera élu le 29 août.