Moscou cherche avant tout à réprimer le trafic de la drogue afghane qui représente le danger principal pour la Russie. Selon le FSN, 70% - 90% des opiacés saisis à la frontière ou en Russie sont fabriqués en Afghanistan.
Les experts internationaux estiment que l'Afghanistan a produit 3.640 tonnes d'opium brut en 2003 ce qui permet de fabriquer de 240 à 360 tonnes d'héroïne. Selon l'ONU, 70% du volume mondial des opiacés illégaux sont produits en Afghanistan et 90% des opiacés confisqués en Europe sont d'origine afghane.
L'Afghanistan est devenu le plus grand producteur d'opium brut et d'héroïne pendant les années 1990. En 1999, le pavot à opium y occupait plus de 60.000 hectares des terres arables, un chiffre record. Les talibans, qui avaient besoin de sortir de leur isolement international, ont interdit la culture du pavot ce qui a permis de réduire la superficie des cultures de pavot à 7.000 ha en 2001. Cependant le changement du régime en octobre 2001 a tout remis à sa place. En 2002, la surface des champs de pavot dépassait 70.000 ha.
Selon toute apparence, les stupéfiants afghans menaceront longtemps la Russie, l'Europe et le monde entier. Le pouvoir central n'a pas les moyens et les forces nécessaires pour combattre la drogue. Le secrétaire exécutif de la commission afghane pour le contrôle des stupéfiants Mohammad Shams Ansari rapporte que seul le ministère de l'Intérieur a mis en place des unités spéciales. Cette année, elles ont organisé plusieurs opérations pour éradiquer le pavot dans les provinces de Nangarhar et de Helmand. La part de ces deux provinces dans la production d'opium représente de 70% à 80% grâce au grand rendement (50 kg d'opium par hectare) alors que les autres provinces se contentent de 12-17 kg/ha. Cette opération laisse espérer qu'on pourra arrêter la croissance de la production d'opium brut. Mais ces espérances sont illusoires. Les Afghans avouent que les forces sont inégales. Tous les champs sont protégés par les chefs de guerre - anciens moudjahidines - qui reçoivent au moins 10% des recettes du chaque terrain. Pour le moment, ils restent hors du contrôle.
Selon le chef de l'État islamique transitoire afghan Hamid Karzaï, Kaboul saluerait la participation de la Force internationale d'assistance à la sécurité (ISAF) aux opérations d'éradication des cultures de pavot à opium, mais l'ISAF devrait être mandatée par l'ONU. D'ailleurs, le directeur exécutif du Bureau des Nations Unies contre la drogue et le crime Antonio Maria Costa doute que l'ONU délivre un tel mandat préférant les moyens purement économiques. La réalisation d'un tel programme prendra au moins dix ans.
Selon le Service fédéral russe pour le contrôle du trafic de drogue, près de la moitié des stupéfiants afghans arrivent en Europe via l'Iran et le Pakistan, 35% de drogue passent par le Turkménistan et l'Ouzbékistan et le reste est transporté en Russie par le Tadjikistan. Kaboul a une autre vision de la situation. Mohammad Shams Ansari estime que la filière pakistanaise est "surchargée" et affirme que l'Iran a dépensé quelque 20 millions de dollars en 2003 pour renforcer sa frontière avec l'Afghanistan. La filière "septentrionale" - Tadjikistan, Ouzbékistan et Turkménistan - est donc devenue la voie principale du trafic de drogue ce qui fera augmenter le flux des stupéfiants afghans en Russie. Cette perspective oblige Moscou à entamer une série de négociations avec les pays de la région.