Le conflit osséto-géorgien: sur le seuil fatidique

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MOSCOU, 18 août. (Par Arseni Palievski, commentateur de RIA Novosti). Le sang a coulé en Ossétie du Sud et cela place la région au bord d'une guerre civile de grande envergure. Il y a des morts et des blessés. Invariablement les parties s'accusent mutuellement d'avoir violé l'accord de cessez-le-feu intervenu mardi.

Il y a quelques jours le ministre russe de la Défense, Sergueï Ivanov, avait déclaré ceci: "La situation évolue de manière inquiétante, le danger d'éclatement d'un conflit grandit. Cela nous préoccupe. Nous n'avons pas besoin d'une guerre à proximité de nos frontières. Il ne faut pas oublier que la plupart des habitants de l'Ossétie du Sud sont des ressortissants russes". Le ministre avait mis l'accent sur le fait que ce conflit ne pourra être réglé que par des moyens politiques, un recours à la force militaire aurait des conséquences terribles.

Peu de temps avant sa mort, l'ancien président de la République de Tchétchénie, Akhmad Kadyrov, lui aussi avait mis en garde contre les tentatives pour régler par la force les conflits intérieurs géorgiens. Selon lui, "chacun des conflits caucasiens a ses particularités. On sait que nous nous enorgueillissons de notre aptitude à nous lier d'amitié. Seulement nous passons aussi d'un extrême à l'autre: nous nous querellons comme pas deux. Après nous être battus aujourd'hui, demain il nous sera impossible de nous réconcilier. Les séquelles des conflits entre Caucasiens sont souvent graves et durables. Souvenons-nous du conflit osséto-ingouche. Dix années se sont déjà écoulées, mais les blessures des Ossètes et des Ingouches ne sont toujours pas cicatrisées. Et je crains que cela demande beaucoup de temps. C'est pourquoi les leaders géorgiens doivent bien réfléchir avant de prendre une décision. J'ai en vue celle de recourir à la force. Dès que le sang commencera à couler ce conflit sortira du cadre de la confrontation personnelle entre certaines personnes, certaines familles, certains clans. La diplomatie internationale sera probablement impuissante ici. Les gens continueront d'entretenir des rapports hostiles, de venger le père, le frère ou le fils tué. C'est que dans la guerre civile ce sont les simples gens qui se trouvent des deux côtés de la barricade".

Le directeur de l'Institut russe d'études stratégiques (RISI), Evguéni Kojokine, a déclaré à RIA Novosti que les événements actuels en Ossétie évoluaient à l'initiative de Tbilissi et personnellement du président géorgien, Mikhaïl Saakachvili. Dans cette situation, les dirigeants géorgiens poursuivent deux objectifs. Le premier consiste à réduire le plus vite possible les effectifs de la population sud-ossète. Les tirs incessants placent la population civile dans une situation intenable. Et Tbilissi pense que cela la contraindra à quitter l'Ossétie du Sud. Il espère voir le problème se décanter tout seul, prendre possession d'un territoire dont les habitants se seront transformés en réfugiés. Le deuxième objectif consiste à provoquer les soldats de la paix russes à riposter, de manière à pouvoir les accuser d'intervenir dans le conflit armé pour obtenir ensuite leur retrait de la zone du conflit, poursuit Evguéni Kojokine. Cependant, le président géorgien ne tient pas à déclencher un conflit de grande envergure, conscient des risques encourus. Il espère parvenir à ses fins en faisant monter la tension, par des tirs et en recourant à la guerre psychologique qui est menée actuellement.

De l'avis du directeur du RISI, la situation actuelle dans la région est un grave défi lancé non seulement aux soldats de la paix russes et à la Russie tout entière, non seulement à la population sud-ossète, mais encore à la Géorgie. Car les provocations et les conflits armés peuvent conduire à la dictature, et alors il ne sera plus question de régler les problèmes économiques et de développer la démocratie. Au demeurant, le danger d'instauration d'une dictature a déjà été évoqué au parlement géorgien lors des débatssur des amendements à la Constitution de la Géorgie, a déclaré Evguéni Kojokine. Le conflit osséto-géorgien reste un point névralgique pour la Russie également. Moscou est conscient qu'une guerre en territoire géorgien aurait une répercussion dans tout le Caucase. Et qu'en cas de reprise des actions de guerre de grande envergure dans la région, c'est la partie russe du Caucase du Nord qui accueillerait le gros du flux des réfugiés comme cela s'était produit au début des années 90.

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