Ioukos : l'iceberg qui chavire est dangereux

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Moscou, 12 août 2004

(par Vassili Zoubkov, commentateur économique de RIA Novosti)

Rendant compte au président Poutine de l'état des affaires dans le secteur pétrolier, le ministre de l'Industrie et de l'Energie, Viktor Khristenko, a cité Ioukos parmi les leaders de la branche qui ne cessent d'augmenter leur production. Le groupe intervient dans la production nationale et mondiale pour 20% et 2% respectivement.

Il y a un certain temps le président Poutine, qui préférait prendre ses distances face aux problèmes de Ioukos, avait déclaré que la Russie avait intérêt à ne pas couler cette société. Cette déclaration avait été interprétée comme celle de l'intention du Kremlin de conserver le géant pétrolier dans son état de fonctionnement actuel. La vie, cependant, évolue d'après ses propres scénarios. Nul ne peut abroger une loi, même si elle est des moins réussies. Aussi, la décision judiciaire a-t-elle toujours force de chose jugée. Et les impayés des années précédentes commencent à être amortis. Les comptes de Ioukos sont, naturellement, bloqués.

Il existe cependant des exceptions à la règle. Nous ne pouvons que supposer, mais avec un bon degré de certitude, que la demande adressée par le ministère de l'Industrie et de l'Energie au gouvernement d'autoriser le financement des opérations courantes de Ioukos a été examinée mercredi au cours de la rencontre de travail du président Poutine avec Viktor Khristenko. Il ne pouvait pas en être autrement. Au Kremlin et au ministère concerné, on se rend parfaitement compte du danger que présente l'arrêt, même de très courte durée, par Ioukos, de l'extraction et de l'exportation de pétrole. Il y aura une réaction en chaîne : avec les installations de forage, les stations de pompages des oléoducs se mettront à l'arrêt, les raffineries épuiseront très rapidement leurs stocks et commenceront à avoir des à-coups, de même que les usines pétrochimiques de Ioukos et celles qui sont ravitaillées par ses entreprises de Samara et de Nefteïougandsk... Les sanctions et les amendes paralyseront le secteur.

L'initiateur officiel de l'actuelle initiative de déblocage des comptes de Ioukos est Serguéi Oganessian, directeur de l'Agence fédérale de l'Energie (FAE). Principal "pétrolier" du pays et, tout récemment encore, l'un des vice-présidents de Rosneft, il connaît bien la spécificité de la production de pétroler. Serguéi Oganessia a l'intention de ne pas permettre que les puits de production de Ioukos soient arrêtés et d'obtenir le déblocage de ses comptes pour effectuer les payements nécessaires.

Pour leur part, les dirigeants de Ioukos, conscients qu'ils doivent faire leur affaire personnelle du renflouement de leur société, ont mené avec succès des négociations avec les Chemins de fer sur "certains principes nouveaux de règlement du transport de pétrole par rail". Le succès du dialogue est confirmé par le fait que ces livraisons n'ont pas été arrêtées après le 10 août. Les livraisons par canalisations ont été prépayées jusqu'à la fin du mois et, d'après le vice-président de Transneft, Serguéi Grigoriev, les paiements pour septembre commenceront à être acquittés par Ioukos après le 20 courant. Pour le 22 août, la société a affrété et payé un pétrolier qui embarquera 80 000 tonnes de brut à exporter. A l'horizon, on aperçoit des crédits importants qui pourraient être concédés à ses filiales par "Iukos capital SARL" dont le siège se trouve à Luxembourg.

Et pourtant, la certitude que les comptes opérationnels de Ioukos seront débloqués et que la société n'arrêtera pas la production de pétroler procède principalement du fait de la rencontre entre le président et le ministre. Sa coïncidence dans le temps avec la demande du ministre de débloquer les comptes de Ioukos n'est pas fortuite. Tout le monde comprend qu'un iceberg qui chavire est dangereux.

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