Les mandats d'arrêt contre Ahmed et Salem Chalabi, sont-ils un signe d'une stabilisation progressive du système d'État irakien, d'une lutte pour le pouvoir et l'influence en Irak; ou pire, d'un règlement des comptes devenu si populaire depuis la chute du régime de Saddam Hussein?
Avant la guerre en Irak, Washington a considéré Ahmed Chalabi comme candidat potentiel à la relève de l'après-Saddam. Cet homme politique avait les faveurs de la CIA et du Pentagone. Le CNI était l'une des organisations d'opposition irakiennes qui jouissaient du plus grand soutien des États-Unis qui versaient plus de 300.000 dollars par mois sur ses comptes. Pendant les congrès de l'opposition irakienne précédant la campagne militaire, Ahmed Chalabi a appelé à immédiatement former un gouvernement en exil dont il serait évidemment le chef. Mais les autres partis d'opposition n'ont pas appuyé cette idée. Ahmed Chalabi était inconnu en Irak, ses partisans n'avaient pas lutté contre Saddam Hussein à la différence des partis kurdes ou le Conseil suprême de la révolution islamique (chiite). La famille de Chalabi a quitté le pays et s'est installée en Jordanie en 1958, avant l'arrivée au pouvoir de Saddam Hussein et du parti Baas. Il n'avait pas l'auréole du martyr ou de l'opposant au régime. Au contraire, ceux qui le connaissaient, le tenaient pour un escroc.
Condamné par contumace en Jordanie pour détournement de fonds, vol, usage inapproprié de fonds de déposants et spéculation sur les cours des devises, il a fui le pays au début des années 1990. C'est après son évasion de Jordanie qu'il a créé son parti et a tissé des liens avec les Américains.
Cependant il était impensable qu'Ahmed Chalabi puisse devenir dirigeant de l'Irak, même avec le soutien des États-Unis. Les Américains n'ont misé sur un bon cheval. Au printemps 2004, ils ont renoncé à la coopération avec le CNI et coupé le financement. Ils ont accusé Ahmed Chalabi d'avoir livré des informations secrètes à l'Iran ce qui a été donné comme explication officielle de cette décision. A la même époque, des médias ont annoncé que les données de la CIA sur l'existence de laboratoires de fabrication d'armes de destruction massive en Irak, qui avaient servi de prétexte pour lancer la guerre avant d'être reconnues comme fausses, avaient été fournies par les personnes proches de Chalabi. L'analyse générale de la situation en Irak a été aussi erronée que les informations sur les laboratoires. Qui plus est, il s'est avéré que Ahmed Chalabi n'avait pas d'alliés sérieux en Irak en proie au chaos et que l'argent américain dépensé pour l'appuyer était de l'argent jeté par la fenêtre. D'ailleurs, les Américains s'étaient déjà enracinés en Irak au printemps 2004 et n'avaient plus besoin de Chalabi.
Il est peu probable que les États-Unis souhaitent la comparution d'Ahmed Chalabi devant un tribunal irakien ou autre. Il pourrait procurer des détails intéressants sur sa coopération avec la CIA et le Pentagone et jouer un sale tour à beaucoup d'hommes politiques américains influents. C'est probablement pour cette raison que Ahmed Chalabi était toujours en liberté même après qu'il aurait trahi les secrets américains aux Iraniens.
A présent, ce ne sont plus les Américains, mais les Irakiens qui ont des griefs à l'égard de Chalabi. Il doit prouver son innocence au tribunal irakien tandis que ce dernier doit démontrer son indépendance et professionnalisme. Si le tribunal y parvient, on pourra dire que le pouvoir judiciaire est, pour le moins, en train de se rétablir en Irak.