Par ailleurs, le président de la Commission d'Etat pour le désarmement chimique, Sergueï Kirienko, a déclaré que la Russie misait encore sur 2 milliards de roubles (quelque 70 millions de dollars) d'aide étrangère.
Cette augmentation du financement n'est pas sans créer pour la Russie bon nombre de difficultés sérieuses en ce qui concerne le respect du calendrier de destruction des armes chimique établi par la Convention: augmentation du coût de la construction des sites de destruction imputable à l'inflation et à la hausse des prix des matériaux de construction, de l'électricité et du carburant, aux retards réguliers pris par le ministère des Finances dans le versement des crédits (plus de 30 milliards de roubles en 2004, soit environ un milliard de dollars). C'est d'ailleurs pour cette raison que les plans pour 2002-2004 n'ont pas été remplis.
La deuxième raison, essentielle peut-être, a relevé Sergueï Kirienko, c'est que "certains" Etats qui s'étaient engagés vis-à-vis de Moscou à fournir une aide financière et technique dans la destruction de ces armes (à hauteur de la moitié des dépenses programmées) ne tiennent pas parole et invoquent toutes sortes de prétextes pour reporter leurs versements. C'est pour cela que le grand site de destruction de munitions chimiques au phosphore organique de Chtchoutchie, dans la région de Kourgan, n'entrera pas en service dans les délais fixés. Or, 5.462 tonnes de STM se trouvent là-bas, soit 13,6 pour cent des stocks de STM russes: sarin, soman, VX enfermés dans des obus ainsi que dans des missiles. 9.382 wagons de chemin de fer au total...
Les Etats-Unis avaient promis de donner de l'argent pour cet ouvrage. Environ 880 millions de dollars. Sergueï Kirienko a déclaré à ce sujet que la Russie avait reçu moins de 30 pour cent de cette somme. Avec le ministère des Affaires étrangères et le Département principal de contrôle du président russe, nous avons mené une enquête qui nous a appris que les deux tiers des moyens alloués par Washington étaient dépensés aux Etats-Unis pour l'entretien de l'infrastructure et le financement de toutes sortes de consultants, d'experts et d'entreprises s'occupant de ces questions, etc., a indiqué le président de la Commission d'Etat. Si bien que la Russie reçoit moins de 30 pour cent des sommes promises. L'ouvrage de Chtchoutchouie, financé par les Etats-Unis, se construit bien plus lentement que le site de Gorny (région de Saratov) financé par l'Allemagne. C'est la raison pour laquelle la deuxième étape de destruction des armes chimiques russes pourra être réalisée dans les délais fixés. Toutefois, les sites de destruction prioritaires sont ceux de Maradykovo (région de Kirov) et de Kambarka (Oudmourtie), qui doivent être financés en priorité par le budget fédéral russe.
C'est le 26 avril 2003 que la Russie a achevé la première étape de destruction de ses armes chimiques. A cette date elle avait neutralisé un pour cent de ses réserves, soit 400 tonnes d'ypérite stockées dans la localité de Gorny. On y achève la destruction des 760 tonnes restantes, dont des stocks de lewisite. Toutefois, c'est manifestement insuffisant pour pouvoir à la fin du mois d'avril 2007 annoncer à la communauté internationale la destruction de 20 autres pour cent des réserves, soit 8.000 tonnes de SMT. Il faudrait pour cela que les sites de Kambarka, où 6.360 tonnes de lewisite sont entreposées (15,9 pour cent des réserves) et de Chtchoutchie soient opérationnels.
Hélas, comme nous venons de le voir, il ne faut pas compter sur le site de Chtchoutchie. Or, il était prévu que cette usine servirait aussi à détruire 5.630 tonnes de SMT entreposées dans la localité de Kizner (Oudmourtie) du moment que ces munitions sont du même type. Maintenant la Commission d'Etat est tournée vers la localité Maradykovo, où sont stockés 17,6 pour cent des substances phosphorées à effet neuro-paralysant et vésicant. Il y a là des gaz VX, sarin et soman et aussi un mélange ypérite-lewisite, 6.960 tonnes au total.
Les sites de Maradykovo et de Kambarka permettront de commencer la destruction de 45 pour cent des SMT (18.000 tonnes) d'ici au 29 avril 2007 et de la totalité des stocks d'ici à la fin du mois d'avril 2012, comme convenu avec l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques à La Haye.
Quoi qu'il en soit, sans une assistance étrangère la Russie ne sera pas en mesure de détruire la totalité de ses stocks de SMT d'ici à 2012. Son économie ne lui permettrait tout simplement pas. Car en plus de la construction des sites de destruction des SMT, il faut aussi réaliser un vaste programme social: aménagement de l'infrastructure des localités situées à proximité des ouvrages industriels, assistance médicale aux populations locales, mesures écologiques. Tous ces problèmes sont réglés uniquement par le gouvernement, sans aucune aide étrangère.
Il ne faut pas oublier non plus la protection des arsenaux d'armes chimiques et des sites de destruction contre d'éventuelles attaques de terroristes. Cela aussi relève de Moscou. Il y a aussi le problème de la neutralisation des munitions défectueuses dont le nombre augmente au fur et à mesure des retards pris dans la réalisation du programme de destruction.
Nous constatons donc que la destruction des armes chimiques va grever encore le budget russe de plusieurs milliards de roubles. Néanmoins le pays doit créer pour les investisseurs et les bienfaiteurs étrangers les meilleures conditions possibles pour les aider à affranchir la Russie et l'ensemble de la communauté mondiale de tout danger d'intoxication par des substances à effet neuro-paralysant et vésicant de fabrication russe. La Commission d'Etat pour le désarmement chimique et le gouvernement russe ont décidé d'exempter d'impôts et de taxes douanières l'aide financière et technique étrangère. On peut espérer que cette mesure stimulera l'assistance étrangère promise dans le cadre du programme Partenariat global.