Dans l'ensemble, les économistes libéraux sont satisfaits, estimant que les anciens avantages étaient un obstacle à la progression en avant et à la modernisation du marché russe. L'opposition est en deuil, selon elle cette décision non seulement est injuste à l'égard de millions de personnes âgées mais encore enfreint la Loi fondamentale puisque la Constitution russe, qui n'est pas foncièrement libérale, se doit de régler les problèmes sociaux de la population.
Il serait prématuré de dire quels seront les gagnants et les perdants. D'un côté, il faut attendre que la loi travaille (son entrée en vigueur a été fixée au 1-er janvier 2005), qu'elle révèle ses avantages et ses inconvénients. Ensuite, les libéraux optimistes du gouvernement doivent encore démontrer au pays s'ils sont capables de mettre à profit les avantages obtenus à ce jour. Sinon ils seront accusés de fiasco. Un fiasco qui serait retentissant.
Enfin, c'est seulement après avoir soupesé la compensation que les bénéficiaires pourront juger s'ils ont bien été défendus par le gouvernement, la Douma, dominée par le parti Russie unie, et le président Poutine ou bien trompés par le pouvoir.
D'ores et déjà on peut dire qu'ici la réaction sera contradictoire. Le retraité rural qui dans son trou ignore ce qu'est le métro ou un trolleybus, qui n'utilise le car qu'une fois par mois pour se rendre au chef-lieu de district, sera assurément ravi de pouvoir disposer comme il l'entend d'une certaine somme plutôt que du droit d'utiliser gratuitement les transports. Par contre, le retraité moscovite qui n'imagine pas l'existence sans les transports urbains, ne manquera pas de se souvenir de la gratuité des transports en commun quand il calculera la somme que l'Etat lui attribuera à ces fins. Certes, la municipalité de Moscou lui a promis de verser la différence, mais quand même... En ce qui concerne le vaste thème des avantages, ces paradoxes ne manquent pas.
Pour le moment on ignore ce que la "bataille des avantages" a apporté ou coûté aux partis qui y ont pris part. On annonce une chute évidente de la cote de popularité du parti Russie unie grâce auquel la loi impopulaire a été adoptée, toutefois cette affirmation est sujette à caution. Pour l'instant les sondages révèlent un recul de Russie unie et des autres formations politiques russes, ce qui signifie que cette régression est assez négligeable. Le directeur général du centre fédéral d'étude de l'opinion publique (CFEOP), Valéri Fiodorov, a relevé qu'après la présidentielle Vladimir Poutine avait procédé à une démobilisation politique dans le pays et que par conséquent la régression était générale pour toutes les forces politiques.
Qui plus est, l'opposant le plus fort, le Parti communiste de la Fédération de Russie, connaît une crise et une scission profondes. Quant à la cote de popularité des partis libéraux de droite - Union des forces de droite (SPS) et Yabloko - elle est au plus bas. Ces partis qui avaient tiré à boulets rouges sur Vladimir Poutine pour avoir créé un parlement proprésidentiel se retrouvent aujourd'hui dans une situation inconfortable. Quand ils étaient à la Douma ils avaient fait obstruction aux lois dont la Russie avait besoin mais qui étaient impopulaires, mais maintenant elles passent sans eux. Le texte manifestement mal vu a été adopté par 309 députés alors que 226 votes favorables étaient suffisants. Une question se pose légitimement: que vaut-il mieux pour l'économie russe: SPS et Yabloko de droite libérale ou Russieunie centriste avec Vladimir Poutine? A propos, les sondages selon lesquels la cote de popularité du président serait en baisse sont imprécis. Il est notoire que tout dépend de la façon dont la question est posée. Au mois de juin, au plus fort des débats sur les avantages, un sondage du CFEOP a révélé que 75 pour cent des Russes jugeaient positivement l'activité du président.
Il est indéniable que pour de nombreux Russes cette loi n'a eu pour conséquences qu'un surcroît de tension nerveuse. Par contre, pour d'autres l'adoption de ce texte, en dépit des multiples amendements qui y ont été apportés, pourrait se traduire par une certaine perte matérielle.