Aujourd'hui, les membres de l'Union des écrivains végètent dans la misère ou peu s'en faut. Il est pratiquement impossible de vivre des honoraires littéraires dont le montant, suite au diktat des éditeurs, est dérisoire. Pour un livre destiné à un vaste public, l'écrivain touchera à peine l'équivalent de 300 dollars américains.
Le chaos dans le système des repères est une autre conséquence du bas prestige du travail littéraire. Les éditeurs ont imposé leur échelle des valeurs : les ventes. En fait, on ne mise que sur la publicité. Les médias ont tacitement accepté cette manière d'établir la valeur d'un livre et, résultat, ce sont les producteurs de la "littérature de seconde zone" qui tiennent désormais le haut du pavé. L'argent, cet unique critère de qualité, a plongé la littérature moderne dans le chaos.
La communauté littéraire tente de rétablir le droits des écrivains et des critiques sérieux de définir eux-mêmes l'échelle des valeurs qui n'aura plus rien à voir avec les sommes vulgaires de bénéfices. Des dizaines de prix littéraires existent aujourd'hui en Russie. Leur objectif: préserver le niveau élevé des livres qui ne sont en aucune manière promis à présider aux étalages dans les couloirs de métro.
Les plus connus des Prix littéraires russes sont : Trioumf, Booker, Best-seller national et le Prix Andreï Bely. Et si un Trioumf promet à son lauréat un chèque de 50 000 dollars, celui du Bely se contentera d'une bouteille de blanc sec, mais le prestige du prix n'en pâtit nullement. Parmi leurs lauréats, nous trouvons Vladimir Voïnovitch, Bella Akhmadoullina, Alexandre Kouchner.
Il n'y a pas longtemps, un nouveau Prix littéraire indépendant - Début - s'est ajouté aux récompenses énumérées. Sa particularité est qu'il est destiné aux écrivains de langue russe de moins de 25 ans. La naissance de ce prix est opportune et logique, surtout si nous évoquons le sort des poètes. Les éditeurs ont pratiquement arrêté de faire paraître les poésies, s'il ne s'agit pas de Pouchkine, de Pasternak, de Goethe ou de Byron. Les poètes, aujourd'hui, ont le seul moyen de se faire connaître, éditer leurs ouvrages à leurs frais. Seulement, ils n'ont pas, en règle générale, un seul kopeck pour cela.
Cette année, le patriarche de la littérature, Tchinghiz Aïtmatov, s'est mis à la tête du jury de ce Prix (il n'y a pas longtemps, il a subi un infarctus, mais les médecins jugent heureusement son état comme stable).
Voici l'avis de l'écrivain : "La véritable percée d'une génération a lieu au moment où un auteur se fait remarquer parmi des milliers de débutants. C'est en cela que réside le sens du Prix du Début : trouver cet auteur, assurer cette percée dans l'état de chaos".
Cette année, ce Prix sera accordé en cinq nominations : Grande Prose, Petite Prose, Poésie, Dramaturgie, Critique littéraire et Essais. Le bilan du concours sera dressé en automne, au cours d'un séminaire de création à Moscou, où viendront assister les meilleurs des participants au marathon de jeunes auteurs.