Les déclarations et les faits concrets ayant trait à la politique américaine à l'égard de la Station spatiale internationale (ISS) divergent de plus en plus. D'un côté, le président George W.Bush et les dirigeants de la National Aeronautics and Space Administration (NASA) ont souligné à plusieurs reprises que les Etats-Unis continuaient de considérer l'ISS comme un projet international unique dans le domaine de l'astronautique pilotée. Mais de l'autre, il est évident que pour faire fonctionner le matériel, surtout aussi sophistiqué que le matériel spatial, les déclarations ne suffisent pas. Pour que la station apparaisse dans sa version définitive, c'est-à-dire avec ses éléments russes et américano-canadiens plus le module orbital européen Colombus et son pendant japonais Kibo, il faut de l'argent et des moyens.
Ceux-ci existent-ils? Voila la question. Tant que les vols des navettes américaines n'auront pas repris, l'ISS ne fera que végéter. Aussi puissant le potentiel spatial russe soit-il, l'inactivité des shuttles a rendu nécessaire une réduction des effectifs de l'équipage à deux membres. On ne saurait aller au-delà. Cela signifie qu'en attendant la "retraite" bien méritée des navettes américaines il faut, premièrement, assurer une présence humaine constante à bord de l'ISS. Deuxièmement, l'extension de la structure de la station au moyen de modules américains et canadiens est en principe impossible tant que les shuttles sont clouées au sol du moment que la totalité du matériel orbital a été conçu en fonction de ce mode de transport.
Commentant les plans de la NASA relatifs aux navettes anciennes, le directeur adjoint de l'Agence spatiale fédérale (FKA) russe, Nikolaï Moïsseev, a relevé, en se référant à la partie américaine, que pour cela "il faut des sommes considérables que le Congrès n'a pas encore votées. Il s'agit d'un milliard de dollars environ. Cette question pose problème même pour un pays prospère comme les Etats-Unis". Bon. L'intention est là, mais l'argent manifestement pas.
Enfin, on a l'impression que les Américains commencent à éprouver une certaine hantise pour l'ISS. Un exemple: Interrogé par le New York Time, un haut responsable de la NASA ayant requis l'anonymat a déclaré qu'il avait été catégoriquement interdit aux équipages des navettes de se réfugier à bord de l'ISS en cas pépin sur orbite. Selon les experts, le système de survie de la station n'est pas adapté à une augmentation de la consommation d'oxygène, d'eau et de produits alimentaires. Ils ont calculé que la durée moyenne de la survie d'un équipage de neuf personnes à bord de la station était de 59,6 jours. Et conclu par conséquent que de toute façon ce serait insuffisant pour préparer une navette en vue d'une opération de sauvetage. Ce qui est curieux ici, c'est que les vaisseaux de secours russes Soyouz sont totalement ignorés. Comme si les partenaires russes n'existaient pas.
Alors? La qualification des employés de la NASA aurait-elle baissé ? Aucunement, c'est sûr. Y aurait-il des problèmes techniques avec les vaisseaux, d'où une hésitation à les remettre en service? S'il en était ainsi, il faudrait le dire franchement et chercher une solution.
Mais peut-être que maintenant les Américains ont tout simplement d'autres objectifs et ne s'intéressent plus à la station et aux shuttles "vieillottes". Seulement ils ne sont pas tout seuls. Il y a notamment la Russie qui supporte tout le poids du programme ISS. Et qui n'entend aucunement renoncer à mi-chemin.
Plus même, elle coopère avec les partenaires européens de l'ISS qui n'entendent plus continuer à observer, la tête renversée, le joli sillage laissé derrière les navettes américaines quittant la Terre. L'Agence spatiale européenne et la FKA ont concerté un programme de lancements de véhicules automatiques de transport européens vers l'ISS. Le premier, le Jules Vernes, sera emporté en octobre 2005 par le lanceur lourd Ariane-5, le fleuron de l'astronautique de l'Ancien continent.
Par conséquent, c'est très sérieusement et pour longtemps, qui plus est avec un potentiel scientifique et technique grandissant, que l'Europe entend participer au programme des vols pilotés. La position de la Russie à l'égard de la Station spatiale internationale est on ne peut plus claire. Nous avons fait connaître notre position à nos partenaires: la Russie remplira tous les engagements qu'elle a pris vis-à-vis de ses partenaires. Seulement à partir de 2005 on pourra considérer ces engagements comme remplis. C'est pourquoi nous nous tournerons prioritairement sur le développement du segment russe de l'ISS et l'activité menée à son bord par l'équipage russe, a déclaré Nikolaï Moïsseev il y a quelques jours.
Allo Huston, nous vous écoutons...