Le ministre russe de la Défense, Sergueï Ivanov, a comparé les actions de Tbilissi à de la piraterie, la vice-présidente de la Douma (chambre basse du parlement russe), Lioubov Sliska, a dit que cela dépassait l'entendement. Quant à la place Smolenskaïa, elle a diffusé une déclaration officielle, en soulignant que "toute tentative faite par la Géorgie pour porter préjudice ou attenter à la vie de ressortissants russes serait réprimée comme il se doit par Moscou".
N'importe quel autre Etat aurait réagi de la sorte. Cependant, nous pensons qu'un autre passage de la déclaration du ministère russe des Affaires étrangères est bien plus important, c'est celui où il est dit que "Tbilissi perd le sens des réalités dans lesquelles le monde moderne vit".
Nous nous permettrons ici de corriger quelque peu les diplomates russes. Tout ce que les dirigeants géorgiens entreprennent ces dernières semaines à l'égard de l'Ossétie du Sud et de l'Abkhazie et aussi de la Russie témoigne d'une perte du sens des réalités du monde moderne et montre également que les jeunes réformateurs géorgiens n'ont pas encore atteint la maturité nécessaire pour saisir de nombreuses réalités contemporaines. Maintenant au Caucase la Russie a pour voisin un pouvoir adolescent pubère.
Ce que montrent bien des choses: impatience, susceptibilité excessive, désir effréné de faire parler la poudre, appétence pour les cris de guerre suscitée par la crainte de passer pour des veules aux yeux de l'entourage. Le "vieux renard" Chevardnadze avait ses particularités, le jeune Saakachvili a les siennes.
Dans cette situation la position de la Russie est déterminante. La maturité politique, la présence de forces politiques puissantes et la confiance en soi la placent dans la position difficile et lourde de responsabilité d'un leader sage. Notamment d'un leader capable de ne pas céder aux provocations. De serrer les dents et de patienter et aussi de taper sur les doigts quand cela s'avère nécessaire, les moyens ne manquent pas pour cela.
Dans la conjoncture actuelle les menaces ne sont pas la bonne méthode pour les Géorgiens. Ni pour les Russes d'ailleurs. Vouloir dénouer rapidement le noeud géorgien est impossible, à moins de faire couler le sang. Par conséquent, il faut s'armer de patience et attendre. D'autant plus que la jeunesse, y compris quand elle est politique, est un défaut qui se corrige toujours vite.