Au demeurant, la révolution de velours à Tbilissi fait désormais partie du passé. Des roses festives sont toujours visibles sur la table des révolutionnaires géorgiens, seulement leurs boutons sont flétris depuis longtemps, il ne reste que les épines. En perdant ses revenus et son autonomie, l'Adjarie, que son ancien leader, Aslan Abachidze, a quittée de son plein gré, n'a pas rendu le reste de la Géorgie plus riche. Au contraire, maintenant elle devient aussi pauvre que toutes les autres régions contrôlées par Tbilissi. Aslan Abachidze était peut-être un "féodal", seulement il entretenait parfaitement non seulement les chenils de race mais aussi les centres culturels de masse. Maintenant la philharmonie et le théâtre d'opéra d'Adjarie pour enfants, qui avait même conquis le public italien, ferment leurs portes faute d'argent.
Contrairement à ce que pense monsieur Archer, la corruption est toujours bien présente en Géorgie. Et puis qui dira où elle n'existe pas? En mettant à l'ombre plusieurs escrocs patentés, le juriste Saakachvili a tout simplement institué le système du rachat d'otages. A titre d'exemple, c'est ainsi que le gendre de l'ancien président géorgien, Edouard Chevarnadze, a été élargi sans avoir été jugé. Qui plus est, les biens confisqués à leurs propriétaires douteux sont convoités par des personnes tout aussi douteuses. Enfin, l'"ardent partisan de mutations pacifiques" Mikhaïl Saakachvili a réussi à faire dégénérer les choses jusqu'à des échanges de tirs en Ossétie du Sud et en Abkhazie. En violation des ententes de paix pluripartites, les tirs émanant de la partie géorgienne sont menés non seulement sur l'ennemi potentiel, mais encore sur toute cible se mouvant vers les "insurgés" d'Ossétie du Sud et d'Abkhazie. Sans tenir compte que ces cibles pourraient très bien être des enfants.
A l'époque soviétique l'Abkhazie était une région de villégiature. De nombreux ressortissants russes la fréquentent ou y vivent aujourd'hui. Sur ordre de Mikhaïl Saakachvili, elle avait été soumise à un blocus naval. Après qu'un bateau de passagers se dirigeant vers la capitale abkhaze, Soukhoumi, eut été pris pour cible par la marine géorgienne, au lieu d'exprimer des excuses, le président géorgien a interdit l'Abkhazie aux touristes russes. Voici textuellement ce que ce pacificateur a dit aux estivants russes: "Si vous voulez vous rendre à Soukhoumi en bateau, alors souvenez-vous de ce qui s'est passé voici quelques jours, quand un de nos navires de guerre a ouvert le feu contre un bateau intrus".
Le président a demandé aux touristes d'attendre "que toutes les pages du passé tragique soient tournées" avant de se délecter de la beauté de l'Abkhazie. Au vu de la politique de Tbilissi, les estivants sont voués à une longue attente. Quant au martyrologue du Caucase, il risque fort de s'allonger.