Il est patent que l'on voit s'engager dans la politique circum irakienne des acteurs qui s'en étaient tenus à l'écart tant que le groupement militaire américano-anglais avait prédominé en Irak, un groupement agrémenté de symboliques contingents militaires, comme les fruits confits embellissent le gâteau. Les nouveaux acteurs ne savent pas encore très bien quel sera leur rôle. Les anciens, eux, ils savent que le jeu touche à sa fin mais ignorent comment en sortir. Quels sont les pays qui figurent actuellement dans cette histoire? Ce sont l'Inde, l'Egypte, le Pakistan, l'Iran, la Malaisie, la Russie et d'autres, dont les voisins de l'Irak. Par exemple, la Malaisie, pays qui préside à l'Organisation de la Conférence islamique, est disposée à envoyer en Irak une équipe nombreuse de médecins. L'Iran a l'intention de mettre prochainement sur pied une rencontre des ministres de l'Intérieur des pays voisins de l'Irak, de manière à envisager l'aide pouvant être accordée à ce pays dans la formation d'une armée et d'une police opérantes. Depuis la récente visite effectuée à Moscou par le ministre irakien des Affaires étrangères, Hoshiyar Zibari, la Russie promet de former des spécialistes, dont des spécialistes militaires, de rééchelonner la dette et, ultérieurement, de participer à des projets énergétiques. Pour le moment l'Inde, dont plus d'un million de ressortissants travaillent dans la zone du golfe Persique, se limite à une aide humanitaire à Bagdad, mais dans l'ensemble elle a des visées sur l'économie et le secteur enseignement du pays. Il y a aussi d'autres pays ayant des intérêts économiques potentiels en Irak et dans l'ensemble de la région et qui n'ont pas participé à la "vieille" coalition, c'est-à-dire qui n'ont pas envoyé de soldats pour seconder les Américains et les Britanniques.
On a l'impression que la plupart d'entre eux préfèrent ne pas dire certaines choses à haute voix. Au demeurant, Kamal Kharrazi, ministre des Affaires étrangères de l'Iran, un pays qui ne nourrit pas de sentiments amicaux particuliers pour les Etats-Unis et l'Irak, son ancien ennemi militaire, s'exprime très nettement. En visite en Inde, chez ses amis et partenaires de longue date, Kamal Kharrazi a déclaré voici quelques jours que le calme ne reviendra en Irak que lorsque les forces de la coalition placée sous l'égide des Etats-Unis auront quitté ce pays arabe et quand l'Irak sera en mesure de former ses propres armée et police nationales.
Il est bien évident que sans tranquillité on ne saurait envisager une aide économique à l'Irak. L'expérience de la Russie est là pour le prouver: il est indéniable que les Russes sont les mieux à même, du point de vue du rapport qualité/prix, de relever le réseau électrique irakien délabré. Seulement on ne peut absolument rien faire quand les spécialistes civils chargés de ce travail sont systématiquement l'objet de sévices. Signalons en passant qu'ils ne sont pas tellement nombreux les pays qui, à l'instar de la Russie et de l'Inde, soulignent qu'ils n'ont pas l'intention, au moins dans un avenir visible, d'envoyer des troupes en Irak et que seuls les projets économiques les intéressent. Les autres ne sont pas spécialement contre, ils se disent qu'il est impossible de se passer de soldats, la seule question pour eux est de savoir avec qui ils serviront et à qui ils seront subordonnés.
Ainsi, tout récemment encore l'Egypte songeait à envoyer des militaires en Irak, mais exclusivement pour assurer la protection de la mission de l'ONU, qui entend y reprendre son activité. Après l'examen des candidatures proposées par la Thaïlande, l'Inde et le Pakistan, sa direction a été confiée au Pakistanais Ashaf Qazi, qui a été ambassadeur à Washington, Moscou et New Delhi, a travaillé en Egypte et en Syrie et parle arabe.
Il y a quelques jours des terroristes irakiens ont exécuté deux otages pakistanais travaillant en Irak pour le compte d'une corporation saoudienne exécutant des sous-traitances américaines. Chose intéressante, dans une interview accordée à propos de la nomination du représentant du secrétaire général de l'Organisation des Nations Unis, Kofi Annan a déclaré que le président pakistanais, Pervez Musharraf, lui avait dit qu'il était prêt à envoyer des soldats en Irak, notamment pour assurer la protection des ressortissants pakistanais et de la mission de l'ONU, si une telle requête émanait du gouvernement irakien "et d'autres Etats musulmans". (Au total, Kofi Annan voudrait rassembler une brigade forte de 5.000 hommes environ placée sous le commandement de l'ONU).
On a l'impression d'assister à la formation en catimini d'une coalition d'Etats volontaires, certes, mais extrêmement prudents. Une prudence fort compréhensible d'ailleurs, car ils se soumettent aux coups. Car c'est un fait que ces derniers temps les prises d'otages en Irak concernent surtout les ressortissants de certains pays susmentionnés (Egypte, Pakistan, Inde, etc.). Il semble même que la chasse soit donnée aux ressortissants des Etats musulmans cherchant à jouer un rôle dans le nouvel Irak. Qu'un signal leur ait été adressé: il ne sera permis à personne d'aider les occupants et leurs marionnettes, même économiquement. Et bon nombre d'entre eux (l'Egypte, par exemple) ne parlent plus d'un envoi de militaires à Bagdad.
Les terroristes réussissent donc à maintenir la situation en Irak dans le flou absolu: pour tout le monde la vanité des efforts militaires de la "vieille" coalition est évidente et personne ne sait encore ce qu'il faut changer ni quelle sera la "nouvelle" coalition.