Des exercices tactiques sont programmés ces jours-ci. De l'Armée russe qui auront lieu du 3 au 5 août dans la région de Mourmansk, dans le district d'Olenogorsk, et de l'Organisation du Traité de sécurité collective, qui débuteront, sous le nom de code Frontière-2004, le 2 août au Kazakhstan, près de la localité de Kourdaï, et se poursuivront les 4-6 août en Kirghizie, à proximité du bourg de Balyktchi et sur le polygone Edelweiss.
Bien que toutes ces manoeuvres militaires aient un caractère antiterroriste nettement exprimé, elles se distinguent fort les unes des autres. De par la composition des participants, l'importance des moyens et des effectifs engagés et leur portée. Dans les Etats d'Asie centrale ce seront des exercices assez traditionnels, avec transfert aérien de la Force de réaction rapide: des unités spéciales et des éléments aéroportés déployés en Tchétchénie, dans la zone moyenne de la Russie, seront acheminés dans les dispositifs de troupes kazakhes, tadjiques et kirghizes pour procéder à des entraînements de commandement et d'état-major, couper des axes de transport pouvant être utilisés par des terroristes et leurs complices, encercler et anéantir leurs bases. Les exercices dans le Nord de la Russie revêtent à leur manière un caractère exceptionnel. Les troupes engagées y travailleront des opérations en vue de repousser une attaque de terroristes contre un convoi transportant des munitions nucléaires.
Dans la région de Mourmansk le scénario Accident 2004 est le suivant: une colonne de véhicules transportant une charge nucléaire est attaquée par des terroristes qui veulent s'emparer de cette arme. Le véhicule à bord duquel elle se trouve saute sur une mine artisanale, comme cela arrive ordinairement en Tchétchénie et en Irak. Les bandits tentent de s'emparer du conteneur et un combat s'engage entre eux et le groupe d'accompagnement. Des renforts arrivent à la rescousse des attaqués à bord d'hélicoptères et de véhicules blindés. Les participants à l'opération repoussent l'agression, évacuent la charge nucléaire et la mettent à l'abri dans un dépôt nucléaire.
Les "surprises" d'Accident 2004 ne se limitent pas à cet épisode. Selon le dessein de l'exercice, élaboré par le 12-e Département principal du ministère russe de la Défense (c'est de cet organisme que relèvent en Russie toutes les munitions nucléaires), les soldats et les officiers auront aussi à repousser une attaque de terroristes contre un convoi ferroviaire transportant des munitions nucléaires. L'exercice mettra aussi à contribution des plongeurs dont la mission sera de retrouver un véhicule englouti et d'en extirper un conteneur renfermant une charge nucléaire...
La lutte contre le terrorisme est difficile aussi bien en montagne que pendant le transport de munitions nucléaires, pourtant dans le dernier cas le danger et la responsabilité politique sont particulièrement évidents. C'est peut-être la raison pour laquelle la partie russe a invité des spécialistes de pays de l'OTAN, des Etats-Unis tout particulièrement, à assister aux exercices dans la région de Mourmansk.
Aux manoeuvres au Kazakhstan et en Kirghizie il n'y aura pas d'observateurs militaires des pays de l'OTAN. Même ceux qui se trouvent dans la base aérienne de Manas, près de Bichkek, seront absents. Ils n'ont pas été invités. Seuls des officiers ouzbeks et chinois assisteront aux exercices, leurs pays, comme la plupart des Etats de l'Organisation du Traité de sécurité collective impliqués dans les exercices Frontière 2004, font partie de l'Organisation de coopération de Shanghai. Or, l'OCS, qui n'est pas une organisation militaire, a aussi pour objectif la lutte contre le terrorisme international.
En outre, les effectifs engagés dans la montagne ne sont pas supérieurs à 1.500 hommes, par conséquent, la réglementation internationale n'implique pas la présence obligatoire d'observateurs militaires. Des invitations ne sont délivrées que si plus de 10.000 soldats et officiers sont engagés dans des manoeuvres.
Cependant, l'absence d'observateurs militaires de pays de l'OTAN aux manoeuvres en Asie centrale n'est probablement pas due à leur envergure insuffisante. Il n'est pas exclu que cette "modestie" puisse être envisagée dans un contexte militaro-politique. En dépit du danger grandissant que le terrorisme fait peser sur cette région du monde, les explosions récentes dans la capitale ouzbèque sont là pour le rappeler, Moscou, Astana, Bichkek, Douchanbe, Pékin et Tachkent tiennent quand même à souligner qu'ils peuvent faire front à ce péril sans l'intervention de l'OTAN. Menez à bien l'opération antiterroriste que vous avez lancée en Afghanistan, nous de notre côté nous "étoufferons le terrorisme" dans la zone de responsabilité de l'OTSC et de l'OCS.
La situation est différente pour ce qui est de la sécurité de l'armement nucléaire russe, des bases de stockage, des itinéraires empruntés pour transporter ces armes. Les plus hautes instances du pays, le ministère russe de la Défense ont déclaré à plusieurs reprises que les armements stratégiques russes faisaient l'objet d'une protection sûre et se trouvaient en sécurité totale. Le Kremlin n'a jamais lésiné en ce qui concerne le financement et l'assistance matérielle en matière de perfectionnement de la protection de ces armes. Au cours d'un récent déplacement effectué en Russie, le premier sous-secrétaire américain à l'Energie et directeur adjoint de l'Administration nationale pour la sécurité nucléaire, Paul Longsworth, a déclaré que Moscou et Washington "faisaient le maximum pour que les terroristes ne puissent pas accéder aux matériaux nucléaires". Les Etats-Unis ont déjà dépensé plus de 400 millions de dollars à ces fins en Russie.