Tchébourachka, ce héros du monde des jouets, vient d'être nommé au "poste" de mascotte officielle de la sélection olympique russe. Les anciens croyaient que les fétiches avaient des propriétés magiques, en mesure de dynamiser les traits forts de la personnalité, contribuant à son succès.
Mais pourquoi Tchébourachka, cette "bête inconnue" (c'est ainsi que les Russes l'appellent le plus souvent) ? Cet être sympathique, gentil et peut-être naïf semble réunir les traits d'animaux connus de tous : le pelage et la queue d'ourson, les pattes d'un chiot ou d'un chaton, les oreilles (deux petites voiles !) sont sans doute empruntées aux lémures et les yeux - ronds et expressifs - aux chouettes.
Né comme un personnage littéraire, Tchébourachka - et ses amis - ont été reconnus d'emblée et définitivement. Mais aucun livre ne peut égaliser le cinéma pour glorifier et porter aux nues ses personnages. Et c'est bien les films d'animation tournés d'après un conte d'Edouard Ouspenski, "Le Crocodile Guéna et ses Amis", qui ont largement contribué à la popularité de Tchébourachka. Mais il est vrai que son image visuelle, adaptée à l'écran, diffère quelque peu de ce qu'elle est dans le livre.
Le réalisateur Roman Katchanov a commencé le tournage un an après la parution du livre en 1967. La méthode de l' "animation en relief" - les "acteurs" étaient des jouets - était utilisée (elle apparut en Russie, en 1911, et fut créée par Vladimir Starevitch, metteur en scène et peintre). Roman Katchanov a rassemblé un collectif talentueux. Le célèbre Iouri Norstein, dont le film "Conte des contes" sera quelques années plus tard reconnu "le meilleur film de tous les temps et des peuples", était parmi les marionnettistes. Quant à l' "étoile" - Tchébourachka - elle a été créée par Leonid Schwartzman.
Agé aujourd'hui de 83 ans, le maître avoue que "le travail sur son image a été long". La pureté d'enfant, les yeux étonnés largement ouverts ont prédéterminé les traits de l'image mais, pour la rendre inimitable et reconnaissable, il fallait trouver une "particularité". Et le marionnettiste l'a bien trouvée. C'était les oreilles de Tchébourachka. Les oreilles et aussi le caractère de la bête : c'est un "gars" non seulement très sympa, mais aussi dégourdi et courageux. Schwartzman estime qu'avec Tchébourachka, il a eu tout simplement de la chance.
Au cours des semaines qui restent avant l'Olympiade, il faudra fabriquer 15 000 de ses "semblables" pour munir les supporters et les sportifs russes à Athènes. Malheureusement, le pays ne se réjouiera guère en apprenant que les 15 000 labels cousus sur ces "mignons mi-oursons, mi-chatons", porte-bonheur officiel de la sélection russe, annoncent qu'ils ont été fabriqués en Chine !