Hoshiyar Zibari est arrivé au moment où les médias évoquaient à bâtons rompus un envoi éventuel de troupes russes en Irak. Comme toutes les autres fois précédentes, ces rumeurs médiatiques ont fait l'objet d'un démenti: des militaires russes ne seront pas envoyés en Irak. A l'issue de sa rencontre avec Hoshiyar Zibari, Sergueï Lavrov a déclaré que cette question n'avait pas été abordée lors des pourparlers. De son côté, le chef de la diplomatie irakienne a souligné que Bagdad n'avait pas demandé à Moscou d'envoyer des troupes ou des spécialistes militaires en Irak du moment que la position de la Fédération de Russie sur ce sujet est bien connue. Il a ajouté que la Russie disposait de beaucoup d'autres moyens pour accorder une aide réelle à l'Irak.
Le bilan de la visite est le suivant: des spécialistes russes retourneront dans ce pays dès que les conditions de sécurité le permettront. Selon Sergueï Lavrov, la Russie est disposée à prêter assistance à l'Irak en formant des spécialistes et aussi en restructurant sa dette dans le cadre du Club de Paris. Je puis assurer que cette contribution ne sera pas inférieure à celle des participants à la force multinationale, a déclaré le ministre russe des Affaires étrangères.
Les parties ont notamment convenu que la Russie prêterait une assistance à l'Irak dans la formation de spécialistes pour la police et d'autres services de sécurité si Bagdad adressait une demande dans ce sens aux dirigeants russes, a déclaré Hoshiyar Zibari dans une interview accordée à la chaîne de télévision Al-Jazeera à l'issue des négociations à Moscou. Toutefois, cela ne veut pas dire que des spécialistes militaires russes vont se rendre en Irak. Selon le ministre irakien, la formation de spécialistes irakiens pourrait se faire aussi bien dans des pays voisins de l'Irak qu'en Russie. Cette question va devoir être examinée par le gouvernement irakien.
Nous ferons remarquer que des pays de l'OTAN ont déjà accepté de prêter une assistance à Bagdad dans la formation de spécialistes, mais pas en Irak. Car s'ils envoyaient des instructeurs dans ce pays, ceux-ci deviendraient automatiquement des cibles pour les terroristes. Cette chose est bien comprise à Bagdad et à Washington. Qui plus est, le gouvernement irakien ni, à plus forte raison, les Etats-Unis n'ont aucun intérêt à ce qu'un pays quelconque fasse l'objet d'un chantage de la part des terroristes et, pis encore, fasse des concessions comme cela a été le cas avec les Philippines.
C'est indéniable, les Etats-Unis, sous le commandement desquels la force multinationale est placée, sont confrontés à la question de savoir quels pays accepteront de rester à leurs côtés en Irak au moins pendant encore un an. Il leur faut maintenir la coalition coûte que coûte. Cependant, il est peu probable que dans la situation qui prévaut actuellement même la promesse de contrats de participation au relèvement économique de l'Irak en échange de l'envoi de militaires puisse avoir un effet quelconque. Aucun avantage économique ne saurait justifier d'éventuelles pertes résultant de l'envoi de militaires en Irak. Des pertes humaines et politiques tant pour la partie qui a accepté le marché que pour celle qui l'a proposé.
Et si au mois de septembre 2003 Moscou n'écartait pas la possibilité théorique d'un envoi de militaires en Irak à condition que la demande émane de l'ONU ou du gouvernement irakien, aujourd'hui les ministères russes des Affaires étrangères et de la Défense déclarent qu'il ne saurait en être question. La situation évoluera peut-être un jour, mais pas en ce moment.
En outre, Moscou n'a certainement pas besoin d'échanger des militaires contre des contrats en Irak. Les compagnies russes disposent toujours d'une assise technologique et juridique suffisante pour pouvoir travailler dans ce pays. Au terme des pourparlers dans la capitale russe Hoshiyar Zibari a déclaré que Bagdad respecterait tous les engagements pris par la partie irakienne. Dans l'interview accordée à Al-Jazeera il a indiqué que pendant sa visite décision avait été prise de désigner des représentants des gouvernements irakien et russe chargés de vérifier tous les contrats russes conclus avec l'ancien régime irakien, y compris dans le cadre du programme "Pétrole contre nourriture". C'est indispensable à la lumière des scandales de corruption et de pots-de-vin qui entachent ce programme. Cette vérification est profitable à Moscou étant donné que lorsqu'elle aura été faite plus personne ne pourra douter de la légalité des contrats passés, qu'il s'agisse de la livraison à l'Irak d'équipements ou de produits alimentaires, de la construction de centrales électriques ou de l'exploitation de gisements pétroliers.
Moscou espère que la Russie conservera la plupart de ces contrats. Cela concerne en premier lieu les marchés relatifs au relèvement et à la construction de centrales électriques et d'autres ouvrages industriels. Ici les Russes n'ont pas de concurrents pour ce qui est du prix et de la qualité des travaux. Les choses apparaissent plus compliquées pour ce qui est des contrats de mise en valeur des gisements pétroliers et de construction de pipelines car ceux qui veulent se les approprier sont nombreux. Quoi qu'il en soit, les pétroliers russes restent optimistes etestiment que s'ils perdent certains contrats ils en conserveront d'autres qui leur permettront de rester travailler en Irak. Le président du Conseil de l'Union des industriels pétroliers et gaziers de Russie, Youri Chafranik, a dit un jour à la commentatrice de RIA Novosti que les compagnies occidentales qui arriveront dans ce pays auront tout intérêt à utiliser l'expérience, les développements et les équipements des Russes plutôt que de commencer à partir de rien.
Par conséquent, les compagnies qui ces dernières années avaient non pas "vendu du vent" (ce n'est pas un secret que la chose a existé) mais réellement travaillé en Irak ont une chance d'y rester. Pour ce qui est des nouveaux contrats, il faudra les obtenir dans le contexte d'une concurrence implacable. Dans ce domaine les diplomates et des hommes d'affaires russes ne se font pas d'illusions. La seule chose sur laquelle ils misent, c'est sur une concurrence honnête. Maintenant, si les concurrents interdisent à Moscou l'accès à certains secteurs économiques, alors même l'envoi en Irak de militaires russes ne sera d'aucun secours.