Pour ce qui est des relations avec la Russie, John Kerry suit les traces de George W. Bush

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MOSCOU, 27 juillet. (Commentateur politique de RIA-Novosti, Vladimir Simonov). Faire mieux connaître John Kerry à l'électeur américain. Le rendre plus populaire. Tel est sans doute l'un des principaux objectifs de la Convention nationale du Parti démocrate des Etats-Unis qui a entamé, lundi dernier, ses travaux à Boston. En effet, l'homme politique qui ne manquera certes pas d'être nommé candidat officiel à la présidence aux USA par les démocrates n'est pas encore suffisamment bien connu pour les Américains. Qui plus est, nombreux sont ces observateurs en Occident qui considèrent, en général, John Kerry comme une sorte de "tache blanche" et ce, à l'exception sans doute de ce détail plutôt pittoresque qu'à une certaine époque, il s'était engagé en volontaire à la guerre de Vietnam.

Or, pour les Russes et même pour ceux d'entre eux qui s'intéressent de près à la politique internationale, John Kerry représente, en attendant, encore une plus grande tache blanche. Quoi qu'il en soit, il est tout à fait évident que les Russes voudraient mieux connaître l'homme qui peut bien devenir Président des Etats-Unis - autrefois le principal ennemi de l'URSS et, de nos jours, un partenaire stratégique de la Russie. Aussi, n'est-il pas rare que les gens en Russie parcourent des journaux étrangers et vagabondent sur l'Internet dans l'espoir sans doute de trouver la réponse à la question de savoir ce que John Kerry pense justement de la Russie, et comment il pourrait organiser les relations entre l'Amérique et la Russie si le sort l'amène finalement à la Maison-Blanche.

Force est de constater que tant les politologues que les gens de la rue en Russie estiment généralement que, par tradition, les relations de Moscou s'organisent beaucoup mieux avec les républicains qu'avec les démocrates américains. Pourtant, le dernier Président démocrate des USA - Bill Clinton - avait réussi à éprouver très sérieusement ce stéréotype, autrefois fort tenace. Qui plus est, son offensivede charme avait eu, entre autres, pour résultat que Boris Eltsine n'avait même pas trop résisté au retrait unilatéraliste des Etats-Unis du Traité de défense antimissile (ABM) de 1972.

Les propos, tenus par John Kerry tout au long des mois de la campagne électorale, permettent d'ores et déjà de faire une conclusion qui se résumerait à peu près, comme suit: le leader des démocrates américains se rend très nettement compte de l'importance de la Russie dans le système des priorités politiques extérieures des Etats-Unis et voudrait, par conséquent, rassurer Moscou de sa totale bienveillance.

Ainsi, John Kerry apprécie énormément les progrès enregistrés, depuis ces dernières années, par la Russie dans la création d'une société libre et ouverte, d'une économie de marché et d'une gestion démocratique. Mieux, il qualifie de tout à fait admirable l'attachement de la Russie aux valeurs évoquées, tout en promettant aux Russes de les aider à conforter les assises mêmes de leur société démocratique et à affirmer de plus en plus la suprématie de la loi, chose que les Russes reconnaissants ne peuvent évidemment que saluer de tout leur cœur.

En vrai candidat démocrate à la présidence qu'il est, John Kerry estime naturellement que ses rivaux républicains ne font pas du tout ce qu'il faut dans ce sens.

Ainsi, dans le chapitre intitulé "Russie" du document officiel de l'Etat-major électoral des démocrates américains qui porte essentiellement sur les problèmes de la sécurité européenne, John Kerry et son colistier, John Edwards, insistent notamment sur la nécessité de faire en sorte que la politique de l'Amérique par rapport à la Russie ne consiste plus seulement en paroles. "La Russie est digne d'un programme de coopération réel, tout en méritant des possibilités effectives pour coopérer et une attitude de confiance dans les contacts", lit-on dans le document en question.

A la lecture de tels propos, toute personne quelque peu pensante peut supposer que, jusqu'ici, la politique des Etats-Unis à l'égard de la Russie - du moins, la politique pratiquée par l'administration républicaine américaine - n'a été faite que des palabres. Mais si tel est effectivement le cas, la question se pose: l'équipe de deux Johns, c'est-à-dire de John Kerry et John Edwards, quelles affaires réelles et concrètes se propose-t-elle de lancer pour remplir ce vide, si elle a finalement la chance de venir, un jour, au pouvoir?

Toujours est-il que l'on trouve des indications parfaitement précises sur ce point dans les propos électoraux du candidat démocrate. Ainsi, parallèlement au Canada et aux pays d'Afrique ne faisant pas partie de l'Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole (OPEP), John Kerry mentionne plus d'une fois la Russie, en tant que nouvelle source de ressources énergétiques qui pourrait délivrer, enfin, l'Amérique de sa dangereuse dépendance du pétrole proche-oriental.

Néanmoins, John Kerry devrait sans doute reconnaître qu'il ne s'agit pas là du tout de remplir le vide, mais de poursuivre tout simplement le mouvement dans la voie choisie, une fois pour toutes, par l'administration républicaine en place.

C'est que, depuis ces deux dernières années, les milieux d'affaires russes et américains mènent avec le concours le plus énergique des officiels de Washington le Dialogue énergétique commercial russo-américain (DECRA), dialogue très riche en contenu qui promet même de devenir, sous peu, un élément clé des rapports économiques entre les deux pays. La Chambre de Commerce des Etats-Unis et l'Union des industriels et des chefs d'entreprise de Russie (UICER) coprésident au DECRA.

Nul n'ignore, par exemple, que les prix du gaz ont doublé depuis cette dernière année aux Etats-Unis. Quoi qu'il en soit, 95% des centrales électriques américaines marchent au gaz. Selon les évaluations même les plus conservatrices, la demande du gaz aux USA ne manquera pas de doubler dans les 20 ans qui viennent. De ce fait, tout en recherchant de nouvelles sources d'approvisionnement en gaz, les hommes d'affaires américains ont tourné, depuis longtemps déjà, leurs regards vers la Russie qui est le gros fournisseur de gaz vers l'Europe et qui a, d'après les experts US, toutes les chances pour devenir également le plus gros fournisseur de gaz vers les Etats-Unis.

A signaler qu'un groupe d'hommes d'affaires américains a d'ores et déjà déclaré son plus vif intérêt pour la construction d'une usine de gaz liquéfié dans la presqu'île du Yamal. L'objectif final en est d'assurer des livraisons de gaz liquéfié vers le littoral Est des Etats-Unis. On citerait aussi un autre événement de marque de ces dernières années, et plus précisément le projet de 4 grosses sociétés russes pour poser un pipeline depuis la Sibérie Occidentale vers le port de Mourmansk. Une fois ce port modernisé, il sera possible de livrer du brut aux USA et ce, au même prix d'un baril de pétrole qui existe aujourd'hui pour le pétrole venant du Proche-Orient. Comme l'affirment les analystes du marché international du pétrole, les réserves prouvées du brut en Russie permettraient déjà dans les années à venir d'élever la part des fournitures russes dans les importations pétrolières des Etats-Unis jusqu'à 15 ou même 20%.

Par conséquent, en évoquant la Russie, à titre de très importante source d'énergie, John Kerry fait une bonne réflexion, bien qu'elle ne soit pas du tout novatrice, faut-il l'admettre, car l'administration républicaine a depuis longtemps devancé par ses affaires tout à fait concrètes cette thèse théorique de ses rivaux démocrates.

Un autre sujet, invariablement présent dans les propos de John Kerry sur la Russie, c'est la ferme intention de garantir, dans les plus brefs délais, la sécurité du stockage de ses matériels nucléaires militaires. D'après les experts aidant le candidat démocrate à la présidence aux Etats-Unis, il faudra au moins 13 ans pour garantir l'inaccessibilité de ces stocks sur le territoire de l'ancienne Union Soviétique pour les pays-voyous et les terroristes potentiels qui les convoitent.

"Nous ne pouvons pas attendre aussi longtemps, a déclaré John Kerry dans son récent discours "De nouvelles stratégies pour contrer les nouvelles menaces". Je garantis personnellement que nous allons retirer tous ces matériaux des territoires dont la sécurité ne pourra pas être garantie au cours de mon premier mandat présidentiel".

Aussi bonnes que soient de telles intentions, le leader des démocrates américains n'a sans doute pas l'idée précise de la gravité ni de l'envergure du problème, font remarquer les sources de RIA-Novosti dans les milieux militaires. Garantir d'un seul coup la sécurité du stockage des réserves nucléaires sur toute l'étendue de l'ancienne URSS et d'autant plus d'en évacuer lesdits stocks quelque part et ce, en l'espace seulement des 4 ans de la présidence, est une tâche bel et bien irréalisable.

Et même là, faut-il l'admettre, John Kerry suit les traces du Président en place des Etats-Unis, George W. Bush. C'est que l'actuelle administration américaine est en train de déployer pas mal d'efforts pour aider Moscou à démanteler ses armes nucléaires obsolètes et à garantir la sécurité du stockage des matériaux fissiles. C'est justement à l'initiative et avec la bénédiction de Washington que le Sommet du G8 à Kananaskis a approuvé le Programme de partenariat global tendant notamment à résoudre ce problème titanesque. Exprimé en valeur, ce programme se présente comme suit: 10 milliards de dollars que vont débloquer les Etats-Unis dans les dix à venir et encore les 10 autres milliards de dollars que vont y affecter les autres pays-membres du G8.

Tout comme les autres pays-membres de la Communauté des Etats indépendants (CEI), la Fédération de Russie accepte avec reconnaissance cette assistance à l'exception, évidemment, des cas où ladite assistance est assortie de conditions tout à fait inacceptables, comme l'inspection des bases militaires ou des projets d'études top secret. Autrement dit, cette assistance est bienvenue s'il ne s'agit pas là de l'ingérence dans la sphère de la sécurité nationale.

Somme toute, une conclusion très intéressante s'y impose. La politique des Etats-Unis par rapport à la Russie, telle qu'elle est exposée dans les propos de John Kerry, ne se distingue que très peu de la ligne qu'est en train de pratiquer l'actuel Président américain. Ainsi, une coopération bienveillante avec la Russie est en train de devenir une catégorie propre aux deux partis US et ce, à cette différence près que les démocrates veulent tout simplement battre les républicains par l'envergure de leurs projets. Et cela est, évidemment, très bon, en soi, car c'est le gage de la solidité du partenariat stratégique à long terme entre la Russie et l'Amérique.

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