"On a tout lieu d'espérer avant tout l'intensification des contacts politiques entre Moscou et Bagdad. Cette future visite du ministre du nouveau gouvernement irakien, formé tout récemment encore, a sans doute pour vocation d'étoffer ces relations bilatérales de contenu tout à fait concret", a notamment déclaré le directeur-adjoint de l'Institut d'études orientales de l'Académie des Sciences de Russie - Vladimir Issaïev.
Quoi qu'il en soit, estime l'expert, les négociations de Hoshyar Mahmud Zebari à Moscou vont aussi se concentrer sur la coopération économique entre les deux pays. Selon Vladimir Issaïev, les compagnies russes possèdent incontestablement un important potentiel pour travailler en Irak. Pourtant, il est sans doute des obstacles dans cette voie, y compris la prise de position des Etats-Unis qui insistent sur la priorité des pays-membres de la coalition dans la reconstruction de l'économie irakienne. "Ainsi, l'Ukraine ou l'Honduras y ont davantage de chances que nous", a fait remarquer l'expert. Et d'ajouter que de telles circonstances peuvent pousser les compagnies russes à opérer en Irak par l'intermédiaire des pays tiers. Dans le même temps, souligne Vladimir Issaïev, ni la Russie ni aucun autre pays n'enverra évidemment ses spécialistes en Irak tant que la situation ne s'y stabilisera définitivement et que la sécurité n'y sera pas garantie.
D'autre part, Andreï Frolov du Centre d'études politiques en Russie (PIR-Centre) suppose, quant à lui, qu'au cours de cette visite en Russie du chef de la diplomatie irakienne, la possibilité même du retour en Irak des compagnies russes pourrait recevoir son cadre juridique.
"A mon avis, une entente est d'ores et déjà enregistrée entre les Etats-Unis et la Russie sur le retour en Irak des compagnies pétrolières russes et sur le dégel des contrats russes de fournitures de biens d'équipement dans ce pays. Par conséquent, la future visite en Russie du chef de la diplomatie irakienne peut donner à ces ententes et à ces contrats une forme et un fondement juridiques", a-t-il noté. Selon Andreï Frolov, la reprise des travaux peut bien se faire sous peu. "Or, il n'est pas du tout obligatoire que des ouvriers russes s'y rendent, car les compagnies russes peuvent bien ouvrir en Irak leurs représentations, y assurer la gestion des travaux et livrer des équipements, tout en recrutant la main-d'uvre locale", a estimé le chercheur au Centre d'études politiques en Russie. Andreï Frolov n'exclut pas, non plus, que les futures négociations russo-irakiennes à Moscou portent aussi sur l'annulation éventuelle d'une partie de la dette irakienne vis-à-vis de la Russie.
De son côté, le directeur de l'Institut de l'analyse et des évaluations stratégiques, Vaguif Gousseïnov, a relevé que cette rencontre des chefs des diplomaties russe et irakienne allait se dérouler dans une période très difficile pour l'Irak. Aussi, cette rencontre moscovite est-elle en train de revêtir une importance tout à fait particulière pour les relations bilatérales. "En effet, la future visite en Fédération de Russie du ministre des Affaires étrangères de l'Irak - Hoshyar Mahmud Zebari - se déroule pratiquement juste après la rencontre au Caire, le 21 juillet dernier, des ministres des Affaires étrangères des Etats voisins de l'Irak. Cela prouve, entre autres, que le prestige et l'influence de la Russie dans les pays du Proche- et du Moyen-Orient sont très élevés", a signalé l'expert russe.
Et d'ajouter que, même après le renversement du régime de Saddam Hussein, le très haut potentiel positif se maintient dans les relations bilatérales entre la Fédération de Russie et l'Irak. "Cela est, d'ailleurs, tout à fait logique, car nos liens avec l'Irak ne relèvent pas du tout de la conjoncture et ne sont pas, non plus, ceux du moment, mais reposent, par contre, sur l'identité de nos intérêts dans bien des domaines. Or, il ne s'agit pas uniquement de nos rapports économiques mutuellement avantageux qui peuvent et doivent être maintenus et renforcés, mais aussi de notre coopération dans les domaines sécuritaire, technico-militaire, humanitaire et autres", est sûr et certain le directeur de l'Institut de l'analyse et des évaluations stratégiques, Vaguif Gousseïnov.