L'exacerbation de la situation autour de l'Ossétie du Sud, provoquée par les nouveaux dirigeants de la Géorgie, a réinscrit à l'ordre du jour la recherche de moyens à mettre en oeuvre pour régler ce conflit, écrit le parlementaire dans la Rossiskaïa gazéta.
Ordinairement on compare l'Ossétie du Sud à l'Adjarie, une autre autonomie géorgienne sur laquelle le gouvernement du président Mikhaïl Saakachvili a récemment établi son contrôle. Pourtant, Valéri Kadokhov estime qu'à l'égard de l'opposition en Ossétie du Sud il est impossible d'appliquer des analogies adjarienne ne serait-ce que parce qu'aucun clan quasi-féodal n'y est au pouvoir. La République d'Ossétie du Sud existe depuis une quinzaine d'années, au cours de cette période plusieurs dirigeants se sont succédés sur une base légale et démocratique: par élection de l'organe représentatif supérieur du pouvoir ou par scrutins universels. Sous ce rapport l'Ossétie du Sud ressemble bien plus à un Etat normal qu'à la Géorgie où tous les présidents élus ont été renversés, où la fraude électorale permet d'obtenir tous les résultats que l'on veut.
L'auteur de l'article estime que d'une manière générale la Géorgie n'a rien d'une démocratie ni même d'un Etat tant soit peu solide et stable, doté au moins d'une structure policière élémentaire. Ce qu'on y trouve, c'est un autocratisme provincial de style latino-américain, mu en permanence par une forte tendance à verser dans la dictature ultra-nationaliste. Aussi n'est-il pas étonnant que ces particularités propres à l'Etat géorgien n'incitent pas du tout les Sud-ossètes à cohabiter avec ce régime dans le cadre d'un même Etat.
Il faut relever que c'est très conventionnellement que le conflit en Ossétie du Sud pourrait être qualifié de manifestation de séparatisme. Généralement, les milieux séparatistes cherchent à créer un Etat indépendant. Or, depuis qu'ils ont acquis l'autodétermination nationale dont la forme importe peu ici, les Sud-ossètes se sont toujours vus au sein de la Russie (de l'Union soviétique). Et si l'opinion s'est habituée à ce que les Ossètes vivent séparément des deux côtés de la Grande chaîne du Caucase, il faut bien avoir en tête que cette situation n'est rien d'autre qu'une injustice historique criante, une expérience malheureuse à laquelle un peuple uni a été soumis au XX-e siècle. Cette injustice doit être réparée, estime le chercheur et député.
Présentement toute coopération des Sud-ossètes avec les autorités géorgiennes est gênée par la tragique expérience du début des années 90, qui n'a toujours pas été dépassée. Et elle ne le sera d'ailleurs pas tant que la politique géorgienne de génocide pratiquée à l'égard des Ossètes n'aura pas été condamnée par les dirigeants actuels de la Géorgie. Or, ils ne songent aucunement à renoncer au legs historique de Gamsakhourdia-Chevardnadze: violation du droit des peuples à l'autodétermination nationale, siège militaire de villes pacifiques, massacres de civils, déportations massives et persécutions ethniques, intelligence avec des bandes de terroristes internationaux et bien d'autres choses encore.
Il serait bien aussi que les Etats et les organisations intergouvernenentales, à la solde desquels se trouve la Géorgie, renoncent à la morale et à la politique dites de deux poids deux mesures vis-à-vis des persécutions auxquelles l'Etat géorgien soumet les minorités ethniques. Et aussi fassent pression sur la Géorgie pour qu'elle remplisse les engagements qu'elle a pris devant le Conseil de l'Europe en ce qui concerne le retour dans leur patrie historique des Turcs-Meskhetins, qui créent pas mal de problèmes au Kouban, comme cela s'est produit dans les Balkans, etc.
Encouragés par leur impunité et la complaisance des pays occidentaux, les services de renseignement géorgiens et la propagande géorgienne ont choisi de recourir à la provocation à l'égard du peuple d'Ossétie du Sud. La provocation de conflits interethniques est probablement pour les dirigeants géorgiens un besoin pressant en matière de politique intérieure. Alors qu'ils sont au pouvoir depuis relativement assez longtemps, les dirigeants géorgiens n'ont encore réglé aucun problème économique. Le contrôle établi sur le port en eaux profondes de Batoumi est le seul bilan affiché par le pouvoir central en matière de politique nationale. Les extorsion de fonds auxquelles les autorités se livrent à l'égard des représentants du clan précédent au pouvoir sont entrées dans les us. Dans ce contexte le nouveau régime géorgien, populiste de par sa nature, a besoin coûte que coûte d'un ennemi extérieur: la Russie, l'Ossétie du Sud, n'importe qui.
C'est la raison pour laquelle Valéri Kadokhov pense que le moment est venu pour la Russie de cesser de faire preuve de faiblesse et de montrer sa force à l'égard de la Géorgie qui se livre à des provocations, allant jusqu'à intercepter des véhicules de transport russes dans la zone du conflit osséto-géorgien.
Moscou ne doit pas réitérer au Caucase l'expérience du retrait du conflit des Balkans en 1999, écrit le parlementaire. Maintenant il faut faire cesser le cliquetis des armes autour de la république et maintenir le statu quo de l'Ossétie du Sud. A propos, si l'on évoque les analogies balkaniques, alors pourquoi la Yougoslavie a pu être morcelée au nom des "droits de l'homme et de la liberté des peuples" tandis que la Géorgie doit en permanence être sauvée de sa sempiternelle maladie qu'est le démembrement politique? Pourquoi ne pas contraindre les dirigeants géorgiens à opter pour la fédéralisation de la Géorgie, un système qui convient parfaitement à la moitié des pays évolués au monde?