Nul ne croît plus Yasser Arafat

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MOSCOU, 20 juillet. (Commentatrice politique de RIA-Novosti, Marianna Belenkaïa). "La crise actuelle en Palestine est généralement liée au fait que la mise en application de la résolution du "quartette" des médiateurs internationaux sur la "feuille de route" est restée en plan dans sa partie concernant notamment la réforme des systèmes de sécurité et des finances de l'Autorité palestinienne", a déclaré le ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie, Sergueï Lavrov, en intervenant au cours d'une réunion au Kremlin du Président Poutine avec les membres du gouvernement fédéral.

Cette crise est grave. Il n'en est pas moins vrai, cependant, que le chef de l'Autorité palestinienne, Yasser Arafat, a fini par persuader son Premier ministre, Ahmed Qoreï, de revenir sur sa décision de démissionner, décision prise la veille, et de rester à son poste. Quoi qu'il en soit, il est difficile de dire quelles sont les réserves de patience d'Ahmed Qoreï. C'est qu'encore la veille, il a été tout à fait décidé à se retirer, en déclarant haut et fort que la principale tâche de la direction palestinienne était à ce jour d'en finir avec l'anarchie, chose que le Premier ministre n'est tout simplement pas à même de faire. Force est de reconnaître que les territoires palestiniens tombent de plus en plus sous l'influence de divers groupes qui ne sont même pas dirigés depuis le centre. Pire, le système unique du pouvoir y est complètement désorganisé, de sorte que la corruption et l'illégalité règnent pratiquement sans partage dans les territoires sous contrôle de l'Autorité palestinienne.

Les médiateurs internationaux du règlement palestino-israélien, y compris la Russie, ont plus d'une fois réclamé une réforme radicale du système de sécurité palestinien, ainsi que toute une série de réformes administratives à lancer en Autorité palestinienne. Néanmoins, toutes leurs exhortations restent toujours sans réponse.

Force est de reconnaître que toutes les mesures qu'adoptait le chef de l'Autorité palestinienne, Yasser Arafat, n'étaient pas des réformes, en tant que telles, mais plutôt leur semblant. Tel a, par exemple, été le cas de l'introduction du poste même de Premier ministre, dont les compétences ont été réduites "de facto" par Yasser Arafat lui-même. Au début, ce poste avait été occupé par Mahmoud Abbas qui avait cependant donné sa démission dès septembre 2003, rien que 100 jours après sa nomination et ce, à cause de ses divergences avec Yasser Arafat. C'est, d'ailleurs, pour cette même raison qu'Ahmed Qoreï n'a pas voulu, lui non plus, garder le poste de Premier ministre.

Un autre exemple, c'est la réforme des services de sécurité. Et voilà que, samedi dernier, le chef de l'Autorité palestinienne, Yasser Arafat, a, enfin, pris la décision de diminuer le nombre des structures de force palestiniennes jusque trois. C'est justement le nombre de telles structures que prévoit la "feuille de route", élaborée au printemps 2003 par le "quartette" des médiateurs internationaux (Etats-Unis, Fédération de Russie, Organisation des Nations Unies et Union européenne) pour le Proche-Orient. Or, Yasser Arafat ne s'y est décidé que déjà à ce moment précis où les services spéciaux palestiniens se sont mis à échapper à son contrôle.

Comme l'a fait remarquer, dans un entretien avec RIA-Novosti, le directeur adjoint de l'Institut d'études orientales de l'Académie des Sciences de Russie, Vladimir Issaïev, "si, depuis ces derniers temps, Yasser Arafat ne contrôlait plus le comportement de ses services spéciaux à l'égard des Israéliens, il se produit, à l'heure actuelle, une chose à laquelle il ne s'est jamais attendu. C'est que ses hommes interviennent désormais contre lui-même et son régime". Ainsi, une partie des groupes palestiniens, et plus précisément, les "Brigades des Martyres d'Al Aksa" - l'aile paramilitaire du parti FATH de Yasser Arafat - ont refusé d'obéir au chef du Service de sécurité générale qu'il avait désigné. Aussi, Yasser Arafat s'est-il vu bien obligé de nommer son protégé à un poste inférieur.

A l'avis de Vladimir Issaïev, "à l'heure qu'il est, la question se pose si Yasser Arafat pourra remettre de l'ordre dans les territoires palestiniens ou une guerre civile y éclatera". Aussi paradoxal que cela puisse paraître, mais seules les Israéliens peuvent l'y aider. D'une part, il est fort peu probable que les Israéliens veuillent se retrouver impliqués dans des chamailleries intestines palestiniennes. Néanmoins, dans le contexte du chaos général en Palestine, il est tout bonnement inutile de parler des négociations de paix, ce qui est, d'ailleurs, confirmé par les Israéliens eux-mêmes déclarant ne pas avoir de partenaires pour négocier. D'autre part, les Israéliens ne peuvent pas, non plus, admettre que des groupes extrémistes se fixent au pouvoir en Autorité palestinienne. Et si cela se produisait quand même, la communauté internationale ne pourrait sans doute plus exiger des Israéliens qu'ils remplissent, eux, leurs propres engagements en matière de règlement politique.

Se décidant à sa retraite du poste de Premier ministre de l'Autorité palestinienne, Ahmed Qoreï a fait remarquer avec justesse qu'à la suite des différends interpalestiniens, seuls les Israéliens gagnent. Aussi, pour éviter de perdre le jeu, Yasser Arafat doit-il se décider à des réformes effectives au lieu d'en faire le semblant. Toujours est-il que cela est encore possible, car une telle démarche peut lui faire revenir les partisans perdus. Pourtant, au lieu de cela, le chef de l'Autorité palestinienne se livre toujours à toute sorte de remaniements ministériels. C'est que même le fait qu'il a finalement persuadé Ahmed Qoreï de rester au poste de Premier ministre ne change pas radicalement la donne.

La question principale s'y pose certes autrement et se résume à peu près comme suit: Yasser Arafat, se décidera-t-il, enfin, ou non à limiter ses propres compétences au cours des réformes? Or, les médiateurs internationaux n'y croient pas, et même ceux d'entre eux qui ont toujours été, sinon ses alliés, ses défenseurs au moins. La semaine dernière, par exemple, le Coordonnateur spécial des Nations Unies pour le processus de paix au Moyen-Orient, Terje Roed-Larsen, a directement reproché à Yasser Arafat l'échec des réformes politiques et économiques dans les territoires palestiniens, réformes que diverses organisations internationales avaient d'ailleurs largement financées. Force est de constater que cette prise de position de Terje Roed-Larsen est aussi partagés par d'autres médiateurs pour le règlement au Proche-Orient, y compris par la Fédération de Russie et l'Union européenne (UE). Cela ressort explicitement de la déclaration du ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie, Sergueï Lavrov, bien que Moscou n'accuse directement ni à haute voix le chef de l'Autorité palestinienne d'avoir fait échouer les réformes. Quoi qu'il en soit, les médiateurs internationaux ne peuvent en fait exercer aucun impact réel sur la situation dans les territoires sous contrôle de l'Autorité palestinienne.

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