Le Président de la Fédération de Russie, Vladimir Poutine, propose de transformer la Communauté des Etats indépendants (CEI). Il en a fait notamment la déclaration, en intervenant aujourd'hui même à une réunion du Conseil national de sécurité avec un grand discours sur les problèmes de la CEI. Ladite déclaration du chef de l'Etat russe renferme, entre autres, la reconnaissance formelle de deux aspects fondamentaux. Sous sa forme actuelle, faut-il bien l'admettre, la Communauté des Etats indépendants n'est certes pas suffisamment efficace, alors que tout retard avec la réforme de la CEI peut rendre cette communauté internationale encore moins efficace. Autrement dit, "l'heure de vérité" a sonné dans l'histoire de la CEI.
Comme l'a fait remarquer Vladimir Poutine, les pays de la Communauté des Etats indépendants "se sont aujourd'hui approchés de près d'une limite bien déterminée dans le développement de la CEI" et se trouvent à l'heure qu'il est devant l'alternative, soit obtenir un renforcement qualitatif de la Communauté des Etats indépendants, en créant notamment sur sa base une structure régionale qui "travaille" effectivement, comme il se doit, et soit véritablement influente dans le monde, soit cet espace géopolitique risquera tout bonnement d'être complètement érodé. Pour ce qui est de Moscou, il ne l'accepte évidemment pas. "Nous ne devons en aucun cas permettre une telle évolution", a souligné le Président de la Fédération de Russie, Vladimir Poutine.
Mais à quoi est, donc, due l'intervention d'aujourd'hui du chef de l'Etat russe?
C'est que l'aggravation de la lutte concurrentielle pour les sphères d'influence sur toute l'étendue post-soviétique, lutte qui associent tant les Etats-Unis que l'Union européenne (UE), ainsi que les puissances d'Extrême-Orient, a tout simplement imposé une correction de la politique extérieure du pays et ce, au niveau le plus élevé, carpour la Fédération de Russie, l'espace de la Communauté des Etats indépendants est bel et bien une sphère d'intérêts vitaux. En fait, la Russie est liée à tous ces pays par une très longue mémoire historique, mais aussi et surtout par des liens économiques des plus étroits. "Sur toute l'étendue de la CEI, estime le Président russe, nous nous confrontons, de nos jours, à une concurrence économique et politique de plus en plus âpre. Aussi, pour y conforter ses propres positions, la Russie doit-elle proposer et mettre en uvre des variantes efficaces et attrayantes pour résoudre les problèmes communs à tous les pays-membres de la Communauté des Etats indépendants".
A part cela, la conjoncture politique actuelle n'est pas, elle non plus, à négliger. Ainsi, comme l'a fait remarquer, dans une interview exclusive à RIA-Novosti, l'expert à l'Institut d'analyse politique et militaire, Sergueï Markedonov, le fait même que la déclaration en question a été faite justement à ces jours ne doit certes pas être considéré comme l'effet du hasard, loin s'en faut. "C'est que les élections approchent en Ukraine. Ces jours-là, également, on observe l'aggravation du confit en Géorgie, en plus précisément entre Tbilissi et Tskhinvali. Les Etats baltes viennent d'adhérer, eux, à l'Union européenne".
En d'autres termes, on ne peut plus attendre. "L'heure de vérité" arrive pour la Communauté des Etats indépendants.
Dans ce contexte, Vladimir Poutine a proposé de rénover le modèle même de coopération dans le cadre de la CEI, tout en citant l'Espace économique unique, la Communauté économique eurasiatique (CEEA) et l'Organisation du Traité de sécurité collective (OTSC) à titre de centres les plus efficaces de l'intégration régionale. En réalité, ce sont justement ces modèles sur lesquels voudraient s'appuyer le Président de la Fédération de Russie, Vladimir Poutine, en transformant la Communauté des Etats indépendants. Tout porte à croire, donc, que le futur Sommet de la CEI, prévu pour l'automne prochain, donnera la réponse explicite à la question de savoir si les autres leaders de la Communauté des Etats indépendants sont d'accord avec le chef de l'Etat russe. Mais quelle que soit leur décision, une chose est parfaitement sure et certaine - la nécessité de réformer la Communauté des Etats indépendants est tout à fait évidente.