Anatoli Kvachnine est une personnalité marquante débordante d'ambitions, ne ménageant personne, ni lui-même ni les autres. Au début de sa carrière le véhicule de combat à bord duquel il se trouvait avait pris feu. Sans hésiter il en avait extirpé un soldat qui s'y trouvait, sans même penser que les munitions pouvaient exploser à tout moment.
Anatoli Kvachnine ne reculait jamais devant les complications et les vicissitudes du service. Par exemple, à la fin de 1994, en prenant le périlleux commandement des troupes en Tchétchénie. Cependant, l'assaut de Grozny préparé et réalisé sous sa direction dans la nuit du Nouvel An 1995 devait se terminer par une tragédie: la seule brigade d'infanterie motorisée de Maïkop perdit plus de 350 hommes.
La pression effrénée, l'inaptitude et le refus de tenir compte du prix du succès, des pertes humaines payées pour la victoire sont de vieux canons de l'école soviétique de commandement. Anatoli Kvachnine les a bien retenus et il les a mis en application à plusieurs reprises au poste de commandant d'un district militaire et aux fonctions de chef de l'Etat-major général. C'est avec sa participation active que le Commandement des Troupes terrestres avait été démantelé pour être reconstitué ensuite, que le district militaire Volga-Oural avait été à deux reprises scindé puis rattaché, son état-major passant d'une ville à une autre, que les Missiles stratégiques ont fusionné avec les Troupes spatiales et le Système d'alerte aux missiles pour ensuite en être dissociées.
Si tout a échappé des mains de monsieur Kvachnine, c'est peut-être parce que dans le contexte de la ruine qui s'était installée dans l'armée il avait tenté de préserver la principale arme du pays, à savoir la force stratégique de dissuasion, de mettre en place un système unique de gestion de cette force, de rendre opérationnel un nouveau missile qui aurait assuré à la Russie sa sécurité stratégique pendant au moins une quarantaine d'années.
Anatoli Kvachnine ne tolérait pas les concurrents. Parmi les victimes de ses "guerres d'appareil" on cite le commandant des Troupes aéroportées, Guéorgui Chpak, le commandant du District militaire du Caucase du Nord, Guennadi Trochev. La méthode de prédilection de Kvachnine, c'était la pression, les rapports présentés au président sans passer par son supérieur immédiat, c'est-à-dire par le ministre de la Défense. Surtout que la loi "De la défense" le lui permettait du moment que le ministre et le chef de l'Etat-major général avaient des droits pratiquement égaux.
Cependant les amendements à la loi, adoptés par la Douma (chambre basse du parlement) à l'insu du chef de l'Etat-major général soit dit en passant, ont mis un terme à cette pratique. Anatoli Kvachnine a perdu. La question maintenant c'est ce savoir ce que l'armée va y gagner. Outre les différends entre le ministère de la Défense et l'Etat-major général, celle-ci reste confrontée à de nombreux problèmes. Bien que l'on ait à plusieurs reprises annoncé que la réforme militaire était achevée, l'armée est restée soviétique de par sa forme et son contenu. Les nouvelles méthodes de lutte armée, les nouvelles mutations structurelles adoptées par les armées des pays évolués ne parviennent pas, allez savoir pourquoi, à s'y implanter.
Notamment, on n'a toujours pas créé le commandement des forces des opérations spéciales, il n'y a pas de système de renseignement sûr, d'armes de haute précision ni de moyens de transfert rapide d'unités militaires non pas sur des milliers de kilomètres, mais sur de courtes distances, de jour comme de nuit, par tous les temps. Il n'y a pas non plus d'idéologie et de principes d'utilisation de ces forces, y compris avec utilisation de forces et de moyens hétérogènes placés sous un commandement unique. Les militaires affirment que maintenant l'Etat-major général va enfin cesser de lutter pour la suprématie dans la prise des décisions relevant de la Défense pour s'occuper de l'élaboration de plans d'utilisation des Forces armées dans tous les cas de la vie. Pour ce faire, l'Etat-major général doit être intégré par des hommes nouveaux et non pas des promus de l'école militaire soviétique.