La société russe plus compréhensive à l'égard des porteurs du sida

S'abonner
BANGKOK, 15 juillet. (Par Olga Sobolevskaïa, commentatrice de RIA Novosti). "Ma vie s'est arrêtée lorsque j'ai appris que j'avais contracté le virus de l'immunodéficience humaine (VIH). A l'époque j'attendais un enfant. La première chose à laquelle j'ai immédiatement pensé, c'est de me faire avorter. Mon gynécologue m'a convaincue de ne rien faire de tel. Aujourd'hui ma fille a deux ans et, Dieu soit loué, son test sida s'est avéré négatif", raconte Irina, 24 ans.

Elle habite Irkoutsk, en Sibérie méridionale. Cette ville est l'un des principaux foyers de sida en Russie. On y recense plus de 15.000 séropositifs sur une population officielle de 285.000 habitants. Irina est venue en Thaïlande à la 15-e Conférence internationale sur le sida pas simplement en tant que "personne vivant avec le VIH" (comme on désigne civilement les gens infectés par le virus), mais encore en qualité d'employée bénévole de la Croix Rouge. Elle a pour mission de prévenir le sida parmi les toxicomanes et donne des consultations aux femmes enceintes contaminées. "J'ai moi-même consommé de la drogue pendant sept ans. C'est en me piquant que je suis devenue malade. Maintenant je veux aider les femmes séropositives à mettre au monde des enfants sains", dit Irina.

Sur cet axe de la lutte contre le sida la Russie a obtenu certains succès. Dans une interview accordée à RIA Novosti, le médecin sanitaire en chef de Russie, Guennadi Onichtchenko, a indiqué que le nombre de cas de transmission verticale du virus de la mère à l'enfant pendant la grossesse et les couches était en régression dans le pays. Nous sommes aidés par l'expérience internationale, a-t-il dit.

"Aujourd'hui j'existe et je goûte la vie", raconte Irina. Elle a renoncé à la thérapie antirétrovirus (le virus de l'immuno-déficience humaine est un rétrovirus). "Je ne suis pas encore prête à me résigner à prendre ces médicaments toute ma vie, à dépendre entièrement d'eux", admet-elle.

"La discrimination des séropositifs? Je sais qu'elle existe dans de nombreux pays. Personnellement, je ne m'y suis jamais heurtée, ni dans mon activité professionnelle, ni dans ma famille. Tous mes parents sont au courant de ma maladie. Lorsque je dois consulter des médecins, je les préviens. Les gens apprécient ma franchise et m'apportent leur soutien. Je me sens bien plus émancipée qu'au tout début de la maladie", déclare Irina.

C'est en 1999 qu'Andreï a appris qu'il avait le sida. A l'époque il était accro depuis huit ans. En Russie, dans 76 pour cent des cas les contaminations se font par injections intraveineuses. "J'ai avoué la vérité à ma mère et à ma soeur et depuis elles rangent à part la vaisselle que j'utilise. Par manque d'information essentiellement. Mais je ne leur en veut pas".

Andreï poursuit: "Quand j'ai appris mon mal, j'ai éprouvé de la colère, du désespoir, je me suis senti profondément seul. Je n'avais plus envie de rien faire. A quoi bon puisque je n'en ai plus pour longtemps, me disais-je. Mais les médecins m'ont redonné courage. J'ai trouvé un emploi dans un centre de réhabilitation pour toxicomanes. Bien sûr, j'ai cessé de me droguer. J'ai acquis un second diplôme d'enseignement supérieur en psychologie. Je me dis donc que la maladie n'a pas réussi à me désarçonner", dit Andreï en conclusion.

Ana est de Saint-Pétersbourg, un autre foyer important de sida. Elle cherche dans la foule des journalistes russes. "Je voudrais relater mon histoire, dit-elle. Depuis l'âge de 16 ans je vivais avec un toxicomane. J'ai été infectée par voie sexuelle". En Russie c'est de cette façon que le sida se transmet dans 12 pour cent des cas. Les cas de contamination hétérosexuelle continuent d'augmenter. "Maintenant j'ai vingt ans, un mari et un enfant d'un an sains", dit-elle.

"Lorsque le centre antisida local - on en dénombre environ 120 en Russie - a confirmé le diagnostic de mon médecin selon lequel j'avais contracté le VIH, je n'ai plus eu envie de vivre. Mes amis, mes proches n'étaient au courant de rien. Mon mari ne m'a pas abandonnée. J'ai trouvé des gens qui avaient les mêmes problèmes que moi. Avec des amis nous faisons appliquer des mesures antisida dans les milieux de la prostitution".

Selon Ana, elle connaît des gens marqués du stigmate de la séropositivité. Ce sont des toxicomanes, beaucoup de médecins rechignent à les soigner. C'est de leur faute, disent-ils. Peut-être ont-ils raison. Seulement la société doit bien comprendre que l'épidémie de sida peut toucher tout le monde sans exception, dit Ana en conclusion.

Fil d’actu
0
Pour participer aux discussions, identifiez-vous ou créez-vous un compte
loader
Chat
Заголовок открываемого материала