"Ces biens doivent être restitués là où ils ont été saisis. Là où ledit matériel a été confisqué, il doit être rendu. Autrement dit, en Ossétie du Sud", a précisé le ministre russe de la Défense.
Aux yeux de l'opinion publique en Russie, le refus du Président de la Géorgie, Mikhaïl Saakachvili, de restituer à la partie russe ses roquettes saisies est évidemment interprété comme un geste explicitement inamical de Tbilissi à l'égard de Moscou.
En réponse, Mikhaïl Saakachvili a déclaré que Tbilissi invitait Moscou à "détruire conjointement lesdits projectiles autopropulsés non guidés, saisis en Ossétie du Sud, le 7 juillet dernier". "Nous n'avons nullement l'intention de rendre ces roquettes dans la zone du conflit, mais proposons, par contre, à la partie russe de les détruire conjointement", a affirmé le Président géorgien.
L'incident avec la confiscation du fret militaire russe remonte au 7 juillet dernier quand les forces du ministère de l'Intérieur de la Géorgie ont retenu sur le territoire de l'Ossétie du Sud dix camions du contingent russe de maintien de la paix. Comme l'a alors prétendu la partie géorgienne, au cours de la perquisition, soit de la visite des camions russes en question, 300 roquettes y auraient été découvertes. Par la suite, ce chiffre a chuté jusqu'à seulement 160 projectiles.
Comme l'a notamment déclaré, dans une interview accordée en exclusivité à RIA-Novosti, le commandant des Troupes de l'Intérieur de la Géorgie, Gogui Tavtoukhachvili, "de telles roquettes ne sont pas normalement transportées par des convois du contingent de maintien de la paix, mais si tel est le cas, une déclaration spéciale en est faite lors d'une réunion générale de la Commission de contrôle mixte (CCM), déclaration sur la nécessité de faire entrer dans la zone du conflit une quantité bien déterminée de munitions".
Or, Moscou ne le conteste guère. Ainsi, aux dires du commandant des Forces mixtes de maintien de la paix, le major général Sviatoslav Nabzdorov, l'entrée des roquettes en question aurait été concertée avec la partie géorgienne au cours d'une réunion de la CCM pour un règlement en Ossétie du Sud.
Comme l'a indiqué, dans une interview à RIA-Novosti, le chef du service de presse du ministère de la Défense de la Fédération de Russie, le colonel Viatcheslav Sedov, "les roquettes transportées dans l'un des camions étaient justement destinées à équiper les hélicoptères déployés à Tsinkhvali et chargés de contrôler l'espace aérien dans la région conformément à la décision de la CCM concernant le règlement du conflit".
En effet, déjà le 8 juillet 1992, la CCM avait pris la décision d'affecter deux hélicoptères MI-8 au contingent de maintien de la paix. Somme toute, il existe bien une résolution de la CCM qui stipule notamment que, faute d'hélicoptères au sein des Forces mixtes de maintien de la paix (FMMP), le commandement des FMMP n'est tout simplement pas à même de contrôler, comme il se doit, l'espace aérien dans la zone du conflit qui oppose la Géorgie et l'Ossétie du Sud. De ce fait, ladite résolution propose d'équiper les FMMP en hélicoptères. Comme l'a bien fait remarquer Sergueï Lavrov, ministre russe des Affaires étrangères, Gueorgui Khaïndrava, ministre d'Etat au gouvernement géorgien, a apposé sa signature au bas de la résolution en question. Celle-ci fixe la nécessité de conforter les FMMP, en les équipant en hélicoptères, et la reconnaissance formelle de la valeur de tous les accords conclus auparavant en la matière. Il en résulte, par conséquent, que toutes les allégations de la partie géorgienne prétendant qu'elle a retenu deux camions avec le matériel pour hélicoptères parce qu'une telle résolution n'aurait jamais été adoptée ne sont en fait rien d'autre qu'une tentative pure et simple d'induire en erreur l'opinion mondiale.
Les raisons d'une politique aussi déséquilibrée de la nouvelle direction géorgienne résident, de l'avis du directeur du Centre de l'analyse militaire de l'Institut de l'analyse politique et militaire, Anatoli Tsyganok, dans le fait que, de toute évidence, à la mi-mai dernier, Tbilissi aurait opté pour un règlement musclé du conflit. L'expert russe a notamment fait une telle déclaration dans une interview exclusive à RIA-Novosti. Cela dit, Anatoli Tsyganok a fait remarquer que tous les développements ultérieurs, dont l'incident avec le contingent russe de maintien de la paix, s'inscrivaient parfaitement bien dans la logique même du comportement des autorités géorgiennes dans leurs tentatives d'influer sur la situation par la force.