La Russie dans le monde: être la première

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MOSCOU, 13 juillet (par Dmitri Kossyriev, commentateur politique de RIA Novosti). La deuxième conférence des ambassadeurs de Russie tenue lundi au siège du ministère des Affaires étrangères s'est déroulée selon un scénario analogue à celle qui avait été organisée au même endroit il y a deux ans: discours du président russe et présence à cette manifestation, jadis de caractère purement interne, de pratiquement toutes les instances supérieures de l'Etat impliquées dans la politique étrangère.

On peut d'ores et déjà dire que la conférence des ambassadeurs est la deuxième plus importante tribune, après les messages annuels adressés par le président à l'Assemblée fédérale, où l'on peut prendre connaissance des nouveaux concepts du chef de l'Etat en matière de politique étrangère.

Les chapitres les plus intéressants de l'intervention prononcée par Vladimir Poutine au ministère des Affaires étrangères sont peut-être ceux exposant l'idée du rôle leader que Moscou doit jouer sur la scène internationale. Le terme "leadership" figure dans les paragraphes consacrés à l'espace de la CEI, ce qui n'est pas tellement nouveau, mais l'ensemble du texte a pour leitmotiv le souci de relancer la politique extérieure, de prendre l'initiative et de jouer un rôle de premier plan dans le monde. "Nous nous trouvons à une étape critique de la formation du nouveau système des relations internationales. Ce processus promet d'être assez long, a dit, entre autres, le président. Nous nous heurtons à de graves défis. Seulement cette conjoncture dynamique nous offre davantage de possibilités de manoeuvre, crée des conditions propices au travail créateur", permet non seulement de se laisser emporter par le courant ou de sauter du train en marche, mais encore d'influer activement sur la formation de la nouvelle organisation démocratique du monde", a-t-il souligné.

Au fond, cette politique le Kremlin l'applique déjà depuis un certain temps. En qualité d'exemple, le président a rappelé la création, avec la participation de Moscou, de mécanismes foncièrement nouveaux permettant d'influer positivement sur l'évolution du système des rapports internationaux: l'Organisation de coopération de Shanghai, l'Espace économique unique, ainsi que l'activité au sein de l'Organisation du Traité de sécurité collective (OTSC), du G8, les contacts avec l'Organisation de la Conférence islamique en qualité de contribution de poids aux processus mondiaux et régionaux.

Il faut relever ici que Moscou ne considère pas ce leadership comme quelque chose d'individuel et d'unilatéral. Le droit au leadership doit être conquis par des faits. Dans ce sens, la partie de l'intervention où il est dit: "Ce qu'il ne faut pas faire, c'est de prétendre sur un ton sentencieux que personne excepté la Russie n'a le droit de revendiquer le leadership dans l'espace de la CEI. Ce serait une conception foncièrement erronée, hypnotisant et désorientant", a dit Vladimir Poutine. "Le leadership doit en permanence être étayée par une politique opérante", estime le chef de l'Etat russe. Prêtons maintenant attention à l'appréciation qu'il donne aux changements intervenus en Europe consécutivement à l'élargissement de l'Union européenne et de l'OTAN: "ici il faut rechercher les avantages et les mettre à notre profit". Ce n'est déjà plus de la politique, mais un style de réflexion.

On relève le même style actif dans les consignes longtemps attendues, disons-le carrément, "de continuer d'élargir l'horizon de la politique extérieure russe, de chercher de nouvelles possibilités de coopération", surtout là où l'on avait beaucoup investi dans le passé, c'est-à-dire en Europe centrale et orientale, au Proche-Orient, dans le continent africain, en Amérique latine.

Si l'on se souvient des premiers déplacements présidentiels effectués par Vladimir Poutine chez ces partenaires traditionnels de Moscou que sont la Mongolie ou le Vietnam, on comprend qu'il s'agit là de convictions anciennes du chef de l'Etat, des convictions qui se sont formées dans la pratique. Il avait eu la chance, sur l'exemple de ces pays, de constater que "là-bas on se souvient de nous, on nous connaît" et que l'attitude à l'égard de notre pays "est empreinte de bienveillance".

Cet aspect économique de sa politique étrangère, Vladimir Poutine l'a bien fait ressortir dans son intervention: en disant que les affaires étaient réduites à la portion congrue dans les relations avec les Etats-Unis et en rappelant, en évaluant les perspectives de la coopération avec l'Europe, que "la région Asie-Pacifique devenait le centre de développement économique le plus dynamique au monde", que pour le développement il était nécessaire d'utiliser les régions de la Sibérie et de l'Extrême-Orient russe.

Une dernière chose: Si l'on examine tous les discours de politique étrangère prononcés par Vladimir Poutine depuis un peu plus de quatre ans, on constate que la politique qui y est traitée évolue progressivement dans une même direction, sans sursauts ni tournants brusques. C'est là une bonne nouvelle pour notre monde où la prévisibilité et la clarté des partenaires politiques sont appréciées au plus haut point.

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