Le ministre et moi-même venons juste de nous rappeler qu'une rencontre analogue s'était tenue dans cette salle il y a deux ans. Depuis, des changements tangibles se sont produits dans notre pays et sur la scène internationale, ce qui ne fait que confirmer la nécessité de procéder régulièrement à des échanges d'opinions. De nos jours, la limite entre les politiques intérieure et étrangère s'efface de plus en plus. Le renforcement de la structure étatique de la Russie, l'essor de son économie ont eu un impact positif sur les positions internationales de notre pays. On voit dans la Russie un partenaire sérieux dans le règlement des problèmes internationaux les plus importants. Dans le même temps, l'accumulation des ressources en matière de politique étrangère a joué un rôle important dans le développement d'ensemble du pays. Maintenant, avant de passer à la partie essentielle de mon intervention, je voudrais remercier tous ceux qui sont ici présents, tous vos collègues pour le travail fructueux que vous accomplissez en vue de régler les problèmes auxquels le pays a été confronté ces dernières années.
Plus que jamais auparavant, la diplomatie russe doit contribuer à la réalisation des objectifs nationaux: amélioration de la compétitivité de notre économie, accroissement radical du PIB, intégration de la Russie dans le système économique mondial. D'où la portée exceptionnelle de la composante économique du travail des représentations russes à l'étranger. Les priorités ici sont la défense des intérêts économiques nationaux, le rehaussement de l'attrait d'investissement de la Russie, la lutte contre la discrimination sur les marchés extérieurs. Il est évident que l'adhésion éventuelle à l'Organisation mondiale du commerce réclame elle aussi des représentations russes à l'étranger qu'elles repensent leur conception de la formation de nos liens et priorités en matière de politique étrangère. Je voudrais souligner que le processus d'intégration de la Russie dans l'économie mondiale ne doit pas se réduire uniquement à participer au plus grand nombre possible de structures internationales. Il faut en premier lieu apprendre à concentrer les ressources financières, organisationnelles et humaines là où l'on peut attendre de réelles retombées bénéfiques pour la Russie. En général, il importe de mettre la politique étrangère au service du développement harmonieux et de la modernisation du pays, de rapprocher la diplomatie des besoins et des intérêts quotidiens des Russes.
La coopération internationale doit concourir au développement des sciences et des techniques, de l'enseignement et de la culture, elle doit favoriser l'extension des contacts humanitaires et simplifier les formalités pour les voyages réciproques.
Je suis convaincu que l'initiative et l'indépendance des ambassades ont un grand rôle à jouer ici. Il arrive que dans les rapports avec certains pays des questions parfois apparemment techniques soient en suspens depuis plusieurs années. Mais qui d'autre que vous pourrait s'occuper de ce problème, avancer des suggestions opportunes et rechercher un dénouement réciproquement acceptable? La transformation des résultats des contacts politiques en coopération réelle dépend dans une grande mesure de votre activité. Dans ce contexte, je voudrais aborder une nouvelle fois le problème de l'information que vous nous fournissez. Nous avons déjà évoqué la nécessité de lui conférer un caractère plus concret, plus pratique. Cependant, il arrive toujours de lire des télégrammes traitant de questions qui pourraient très bien être examinées et réglées sur place, dans les représentations. Pour ce qui est de la célérité et de la qualité, votre travail informationnel et analytique ne doit en aucun cas prendre du retard sur les impératifs du temps. Pour ce faire, il faut maîtriser les instruments classiques d'obtention et de traitement de l'information et les technologies modernes. Les chefs des ambassades et des représentations permanentes ne doivent pas se cantonner aux fonctions de facteur et communiquer mécaniquement au centre les desiderata des partenaires. L'information doit être envisagée tout d'abord à travers le prisme des intérêts russes et être accompagnée d'une analyse et de propositions. Quant aux questions manifestement absurdes ou tout simplement provocatrices, elles doivent être d'emblée jetées au panier pour ne pas engorger le courrier.
Chers collègues, nous nous trouvons à une étape critique de la formation du nouveau système des relations internationales. Ce processus promet d'être assez long et recèle malheureusement pas mal d'incertitudes et d'imprévisibilités. Toutefois, je voudrais relever que si cette situation a des aspects négatifs, elle a aussi ses avantages. Nous nous heurtons actuellement à de graves défis, comme on dit aujourd'hui. Seulement cette conjoncture dynamique nous offre davantage de possibilités de manoeuvre, crée des conditions propices au travail créateur. Elle permet non seulement de se laisser emporter par le courant ou de sauter du train en marche, mais encore d'influer activement sur la formation de la nouvelle organisation démocratique du monde. La future architecture des relations internationales dépendra dans une grande mesure de vous, de la position de la Russie.
Certains résultats ont été obtenus, notamment sur le plan de la création de mécanismes foncièrement nouveaux permettant d'influer positivement sur l'évolution du système des rapports internationaux. Ce sont les nouvelles structures comme l'Organisation de coopération de Shanghai, l'Espace économique unique en cours de formation.
Ici nous ne nous hâtons pas, comme je l'ai déjà dit, nous ne devons pas chercher à multiplier à tout prix les nouvelles structures. Ce qui est essentiel, c'est leur rendement. Votre contribution de poids aux processus mondiaux et régionaux stimule aussi l'activité au sein de l'Organisation du Traité de sécurité collective et du G8, les contacts avec l'organisation de la Conférence islamique.
Le système des relations internationales lui-même est devenu plus souple, les rapports entre les Etats se sont démocratisés. La rigoureuse "discipline de bloc" tend à s'estomper dans la pratique internationale et les tentatives faites pour la maintenir sont vouées à l'échec.
Je tiens à le répéter: dans ce contexte, nous devons utiliser la moindre possibilité de participation de la Russie à la formation de l'ordre mondial équitable, conforme aux intérêts de la sécurité et du développement socio-économique de notre pays. Nous avons beaucoup de partisans dans ces processus. Vous savez, la majorité écrasante des Etats partagent nos approches du règlement des problèmes internationaux sur la base de la coopération multilatérale, de la coopération sous l'égide de l'Organisation des Nations Unies, la primauté appartenant au droit international. Nous défendons les intérêts de la Russie en développant la coopération et en recherchant des compromis et non pas la confrontation, ce qui nous vaut la compréhension et le respect de nos partenaires. Notre politique dans la lutte contre des menaces comme le terrorisme international, la prolifération des armes de destruction massive et les conflits régionaux jouit également du soutien. La Russie participe directement à la recherche des moyens de parvenir au règlement de la situation en Irak, en Afghanistan, au Proche-Orient et dans la péninsule de Corée. Nos représentations doivent poursuivre les objectifs qui se posent à elles non seulement dans le travail qu'elles effectuent dans chaque pays concret ou dans chaque organisation concrète, mais aussi dans le contexte de la large perspective internationale.
Quelques mots à propos des orientations prioritaires du travail. La Communauté des Etats Indépendants reste la priorité principale. Ces dernières années, il a été possible d'y appliquer une politique favorable aux intérêts réels de notre pays et de nos citoyens. Cependant, il convient d'élaborer une stratégie d'ensemble à long terme dans ce domaine, ce qui est un travail conceptuel complexe. Nous employons insuffisamment nos réserves d'influence, y compris les crédits historiques de confiance, d'amitié et les liens étroits qui unissent les peuples de nos Etats. Cependant, le vide n'existe pas dans les relations internationales. En cas d'absence de politique russe efficace dans la CEI, ou même de pause injustifiée dans cette politique, cet espace politique est inévitablement rempli par d'autres Etats, plus énergiques.
Que faire dans cette situation? Premièrement, il faut soutenir par tous les moyens les processus d'intégration qui se produisent dans les associations interrégionales. Il s'agit en premier lieu de structures comme la CEEA (Communauté économique euro-asiatique) et l'Espace économique unique susmentionné. Deuxièmement, il faut conférer aux rapports entre les Etats de la CEI et la Russie le caractère le plus attrayant non seulement pour nous, mais aussi pour nos partenaires. Je suis certain que le travail persévérant en ce sens assurera l'accroissement de la compétitivité de notre politique extérieure dans son ensemble. Par contre, il ne convient pas de multiplier les jugements selon lesquels personne d'autre, sauf la Russie, n'a le droit de prétendre au leadership dans les espaces de la CEI. Puisque nous avons reconnu certaines réalités, il faut en tenir compte, il faut nous en inspirer en définissant notre politique extérieure. L'idée, selon laquelle personne d'autre, sauf nous, n'a le droit d'y travailler, ce dont je viens de parler, est une approche erronée, car elle vise à se bercer d'illusions et nous désoriente. Le leadership doit être renforcé constamment par des actes, par une politique efficace. La défense des droits et des intérêts des Russes résidant dans les pays de la CEI et les pays baltes reste l'objectif primordial. Il est temps de créer, dans les pays de la Communauté, des centres d'information et culturels importants pour nos compatriotes.
L'Europe est certainement notre autre priorité traditionnelle ... Un nouvel élargissement de l'UE et de l'OTAN a créé une situation géopolitique nouvelle sur le continent. A présent, il faut moins s'y adapter que, premièrement, minimiser les risques potentiels et le préjudice pour la sécurité des intérêts économiques de la Russie et, deuxièmement, il faut y trouver des avantages et en profiter. Il n'y a rien d'autre à faire que d'intensifier la coopération sur un pied d'égalité avec l'Union européenne et l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord. Le développement des contacts avec les pays qui manifestent leur interêt réel au rapprochement avec la Russie est un élément important de cette politique.
Les relations avec les Etats-Unis d'Amérique exigent une attention soutenue également. Nous avons des prémisses objectives pour un partenariat à long terme, en prenant en compte les intérêts réciproques, en développant le dialogue constructif et en s'appuyant sur la prévisibilité. Tout cela est avant tout nécessaire pour une lutte commune contre le terrorisme international, pour le maintien de la stabilité stratégique et le contrôle des armements. De solides contacts de confiance des dirigeants des deux pays contribuent à une coopération étroite mais cela n'est pas suffisant pour un partenariat stratégique au plein sens du terme. Les milieux les plus vastes de la société américaine, y compris d'affaires, doivent être intéressés à avoir de solides et constructifs rapports avec la Russie.
C'est la région d'Asie-Pacifique qui devient aujourd'hui le pôle de développement le plus dynamique dans le monde, et il faut de ce fait lier étroitement la ligne de politique extérieure visant à approfondir nos relations avec l'Asie-Pacifique au règlement de problèmes intérieurs, à la promotion des intérêts de la Russie en potentialité dans le sens de l'utilisation de ces liens pour le relèvement économique de la Sibérie et de l'Extrême-Orient. Nos relations avec l'Inde et la Chine recèlent, dans cet ordre d'idées, d'importantes réserves.
Dans l'ensemble, il importe d'élargir les horizons de la politique extérieure russe, de rechercher de nouvelles opportunités pour la coopération, sans oublier en même temps de préserver et de développer nos positions là où, dans le passé, nous avions investi d'importantes ressources, par exemple dans l'Europe centrale et de l'Est, au Proche-Orient, sur le continent africain, en Amérique latine. Nous y sommes connus, nous n'y sommes pas oubliés. Bien des choses en ce sens dépendent également des initiatives des ambassades.
Je vais aborder un autre thème d'importance pour nous. Les idées sur la Russie qui ont cours dans les pays de votre séjour sont souvent loin des réalités. Les campagnes bien orchestrées visant à jeter un discrédit sur notre pays, dont le préjudice est évident aussi bien pour l'Etat que pour l'économie russes, ne sont pas non plus rares. Vos recommandations sont nécessaires pour mettre au point un flux d'informations objectives ciblées sur la Russie, qui tiennent compte de la spécificité de l'opinion dans chacun des pays. Les ambassades et les autres représentations à l'étranger doivent prendre une part active à la formation d'une image favorable et libre d'idées préconçues sur la politique intérieure et extérieure de la Fédération de Russie, sur son histoire, sa culture et son développement aujourd'hui. C'est à partir de ces positions qu'il faut aborder la préparation des festivités consacrées au 60e anniversaire de la Victoire dans la Grande guerre patriotique.
Chers collègues, quelques mots au sujet de l'organisation et du côté matériel du service diplomatique. Je tiens à vous informer de la signature des décrets définissant la nouvelle structure du ministère et les modalités de rémunération de ses personnels. La responsabilité matérielle de chacun des employés doit s'accroître sérieusement, mais s'accroître parallèlement avec l'appréciation matérielle de son travail. Appliquant ces changements, nous avons tenté de tenir compte dans un degré maximal de la spécificité du ministère des Affaires étrangères. Mais, quelles que soient les particularités de votre travail, le service diplomatique ne doit pas rester à l'écart de la réforme administrative. Et le souci de rendre l'appareil moins encombrant et plus efficace est le vôtre, dans la pleine mesure. Le règlement avec succès des problèmes qui se posent à la diplomatie russe est impossible sans une ressource de cadres adéquate. Un grand reflux de cadres que le ministère a connu dans la première moitié des années 90 s'est douloureusement répercuté sur le processus de changement de générations. Bien qu'aujourd'hui les départs ne soient pas aussi massifs, ce n'est pas le prétexte pour un optimisme béat. Les problèmes ne manquent pas toujours, et ce sont de bons professionnels qui partent, estimant qu'ils ne sauront réaliser leur potentiel au service diplomatique d'Etat.
La popularité croissante de la carrière diplomatique auprès des jeunes et des diplômés d'universités est un indice rassurant mais il ne faut pas oublier que les critères principaux sont la qualité des cadres nouveaux et leur disponibilité pour un travail à long terme à la fonction publique, de ce fait, le ministère doit profiter plus activement de ses possibilités pour attirer et préserver les meilleurs spécialistes. Au nombre de ces possibilités, citons une bonne rémunération du travail ; je répète : des décisions sont prises en ce sens, nous perfectionnerons cet effort, les garanties sociales, les carrières et d'autres encouragements. Nos approches ne doivent rien à voir avec un nivellement mais rester différentielles, tenir compte des résultats et de la qualité du travail et des initiatives individuelles.
Pour conclure, je tiens à souligner qu'à l'avenir également nous apporterons au ministère des Affaires étrangères une assistance nécessaire mais de vous nous attendons également beaucoup. Avant tout, l'énergie et l'indépendance en vue de garantir les intérêts de la Russie dans cette période d'une responsabilité exceptionnelle de l'histoire de notre pays.
Je vous souhaite plein succès, merci de votre attention.