Il convient de rappeler ici qu'actuellement les vols spatiaux réalisés en Russie, aux Etats-Unis et en Europe ne concernent que le programme ISS. Et que dans un avenir visible les Soyouz resteront les seuls véhicules disponibles pour acheminer les missions et leurs équipements vers la station et les ramener sur Terre, du moment que l'on ignore encore la date de la reprise des vols réguliers vers l'ISS des navettes américaines version passagers. Qui plus est, du fait de sa réorientation vers l'exploration de l'espace interplanétaire, le programme spatial américain en la personne de la NASA évoque de moins en moins l'ISS. Il est même fort possible que les astronautes américains quittent l'espace pour une longue période pour se consacrer uniquement aux études techniques.
C'est la raison pour laquelle la Russie, pour laquelle la station est un prolongement logique du triomphe de l'URSS dans le domaine des vols pilotés de longue durée, coopère de plus en plus étroitement avec les Européens. Notamment en ce qui concerne la création d'un nouveau véhicule de transport réutilisable, un des grands axes du programme ISS.
Cette coopération intéresse aussi la Chine, un pays qui depuis déjà dix ans orbitalise des satellites et qui l'année dernière a réalisé un vol habité à bord d'un vaisseau spatial de sa propre conception de la série Shenzhou. Cette question est en permanence débattue dans les milieux experts parce que l'utilisation du Shenzhou en qualité de véhicule de transport pour l'ISS ne présenterait aucun problème technique. Qui plus est, les Chinois ont déjà conçu un noeud d'amarrage pour leurs vaisseaux.
Le fait que la Chine ne soit pas encore partie prenante au programme est dû essentiellement à des questions politiques soulevées par les Etats-Unis qui restent de plein droit des partenaires de l'ISS. Ils invoquent notamment le fait qu'en cas de lancement de fusées chinoises de la série "Longue marche" vers l'ISS leur trajectoire passerait au-dessus de Taïwan. Immédiatement après le vol du premier cosmonaute chinois, le porte-parole de la Jamestown Foundation non gouvernementale, Richard Fischer, avait posé la question dans la très sérieuse revue aérospatiale américaine Aviation Week ans Space Technology. Il avait fait remarquer que si la Chine devenait partenaire du programme ISS, toutes les informations concernant l'ISS pourraient automatiquement être utilisées par ce pays à des fins militaires. Cependant, la station spatiale internationale n'a rien d'un site militaire. Quant aux vols de fusées spatiales chinoises au-dessus de Taïwan, on voit mal comment ils pourraient déclencher des crises internationales. Non, le plus probable, c'est que lesEtats-Unis ne sont pas enchantés par la naissance d'une nouvelle puissance spatiale. Cette dernière est pourtant une réalité. Maintenant la logique devrait être différente. Il est toujours plus avantageux de commencer par la coopération plutôt que de rattraper le retard par la suite. C'est que quels que soient les cas de figure, la Chine est bien déterminée à développer rapidement son astronautique. Et, partant, à rechercher et à trouver des partenaires. En la personne de l'Europe, par exemple. La Chine participe de plein droit au projet Galilée de l'ASE, qui prévoit la création d'un réseau ramifié européen de satellites de navigation ne le cédant en rien au fameux GPS Navstar américain. Ce qui est caractéristique, c'est que la Russie elle aussi participe à ce projet. Par conséquent, rien n'empêche qu'à une certaine étape les trois puissances spatiales déterminent les domaines dans lesquels la coopération spatiale serait possible, voire indispensable, notamment en ce qui concerne les vols pilotés, y compris vers l'ISS.
Car il est bien évident que de nos jours, on ne saurait entreprendre quelque chose de tant soit peu sérieux dans le domaine de l'astronautique sans une coopération internationale étroite. Même sur le marché des lancements la coopération internationale commence par la production des matériels et s'achève par le choix du lanceur en fonction du rapport qualité/prix. Par ailleurs, dans la plupart des cas, ce sont de grandes corporations transnationales qui exploitent les matériels spatiaux. Quant aux programmes pilotés, qui de nos jours supposent des séjours prolongés de l'homme dans l'espace et, sur le plus long terme, des vols interplanétaires, ils seraient tout simplement irréalisables dans l'isolement.