Tbilissi accuse de ce qui est arrivé, non seulement le président de l'Ossétie du Sud, Edouard Kokoïty, que le premier ministre géorgien a qualifié d'"aventuriste", mais aussi... Moscou. Ainsi, le président de la Géorgie, Mikhail Saakachvili, a-t-il déclaré que "la principale responsabilité de la situation actuelle dans la région retombait non seulement sur Edouard Kokoïty, mais aussi sur la Russie et sur les soldats de la paix russes, qui doivent absolument tout faire pour ramener à la raison les autorités de Tskhinvali". A son tour, Edouard Kokoïty dénonce les provocations de la partie géorgienne, laquelle, selon ses dires, ignore toutes les initiatives de paix de l'Ossétie du Sud et concentre ses forces armées à la frontière osséto-géorgienne. Edouard Kokoïty a déclaré qu'il recevait de toutes les régions du Caucase du Nord des demandes de volontaires se déclarant prêts à défendre l'Ossétie du Sud, et a ajouté qu'il était "très probable que nous accepterons cette aide offerte par nos frères du Caucase". Il n'est pas très difficile d'imaginer à quel point le problème osséto-géorgien s'exacerbera et se rapprochera du point de non retour si des volontaires venus des régions voisines, et en particulier de l'Ossétie du Nord (république faisant partie de la Fédération de Russie), sont entraînés dans ce conflit.
L'aggravation des relations entre Tbilissi et Tskhinvali date de 1990, lorsque le président géorgien de l'époque, Zviad Gamsakhourdia, a décidé d'étouffer par la violence les velléités d'indépendance de l'Ossétie du Sud, qui venait d'entrer, à l'époque de l'URSS, au sein de la Géorgie avec le statut de région autonome. L'effusion de sang n'a pu être stoppée que plus tard, et non sans l'intervention de la force russe d'interposition, arrivée dans la zone du conflit sur la demande des deux parties concernées. Depuis, les soldats de la paix russes assurent la sécurité dans la zone du conflit.
A l'heure actuelle, Tbilissi ne contrôle que 40% du territoire de l'Ossétie du Sud. L'autre partie ne reconnaît pas la juridiction géorgienne et ne participe pas aux élections présidentielles et législatives organisées en Géorgie. Tskhinvali multiplie les déclarations selon lesquelles "l'Ossétie du Sud est un Etat indépendant en vertu de la déclaration d'indépendance promulguée le 9 décembre 1990". La république autoproclamée organise ses propres consultations électorales - les élections législatives et présidentielles.
Il faut bien reconnaître que durant le mandat du président de la Géorgie, Edouard Chevardnadze, la situation dans la zone du conflit est restée assez calme, car cet homme politique très expérimenté de Tbilissi comprenait qu'il était impossible de régler séance tenante ce problème des plus complexes et ne cherchait pas à brusquer les événements. La situation a changé avec l'arrivée au pouvoir à Tbilissi de Mikhail Saakachvili. Toute sa campagne électorale a reposé sur la promesse de réunifier la Géorgie, ce qui ne pouvait manquer d'avoir un impact sur les électeurs mécontents par la situation économique et politique de ce pays morcelé en proie à une crise conjoncturelle profonde. La première mesure prise par Saakachvili sur la voie de l'unification fut couronnée de succès. Il a réussi à obtenir l'expulsion de l'Adjarie de son leader en place depuis de nombreuses années, Aslan Abachidze, qui avait acquis beaucoup trop d'indépendance. L'expulsion sans effusion de sang d'Aslan Abachidze, qui s'est accompagnée, il est vrai, d'une menace de recours à la force, a apparemment inspiré Mikhail Saakachvili, qui a, dans la foulée, décidé de passer à la seconde phase de l'opération de réunification de la Géorgie.
Moscou a non seulement contribué à mettre un terme au conflit armé osséto-géorgien de 1990-1991, mais a réussi à stopper la guerre entre la Géorgie et l'Abkhazie en 1992. Les soldats de la paix russes continuent d'accomplir leurs obligations militaires en garantissant la sécurité des peuples géorgien, abkhaze et sud-ossète. Moscou est toujours intervenu en faveur de la nécessité de défendre l'intégrité territoriale de la Géorgie et s'en tient invariablement à cette position, qualifiant dans le même temps de contre-productif et de dangereuse la pression exercée par Tbilissi sur les républiques autonomes.