Le langage des politiques russes laisse à désirer

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MOSCOU, 8 juillet - RIA Novosti. (par Vitali Kostomarov, président de l'Institut de la langue et de la littérature russe). La société démocratique n'utilise pas le langage propre aux sociétés totalitaires. En Russie, cependant, on tombe dans un autre extrême. Libérés du régime totalitaire, le pays n'arrive pas à mettre un terme à son "carnaval" euphorique qui n'en finit pas sur ce sujet, ce qui a touché en particulier le langage.

Ce ne n'est par hasard que le professeur Lioudmila Verbitskaïa, présidente de l'Association internationale des professeurs de langue et de littérature russe, a récemment publié une série de dictionnaires de poche à l'usage des hommes et des femmes politiques intitulés : "Parlons juste!". Ces manuels sont utiles et ont acquis une certaine popularité.

Pourquoi, dans un pays au niveau d'instruction aussi élevé que la Russie, a-t-il fallu apprendre aux hommes et aux femmes politiques à s'exprimer correctement? Tout simplement parce de le "niveau de langage inférieur" s'est imposé dans les tribunes politiques. Dans le passé, ce style n'était utilisé qu'au théâtre, et uniquement dans les pièces du genre "commedia dell'arte", lorsque qu'on exécute un spectacle pour amuser la galerie. Ce style a été transposé, par exemple, à la Douma: le député prend le micro et prononce les premiers mots qui lui viennent à l'esprit.

De plus, des gens venus d'horizons très différents ont accédé à la direction du pays. Du point de vue de la démocratie, c'est une bonne chose, mais nombre d'entre eux n'ont aucune culture politique et ne possèdent aucun bagage linguistique propre. D'ailleurs ce "niveau de langage inférieur" est adopté par des hommes et des femmes politiques possédant un haut niveau d'instruction. Récemment, j'ai eu l'occasion d'analyser un article de Boris Nemtsov, ancien vice-premier ministre du pays, tiré du journal Innostranets (l'étranger au sens de l'individu - ndlr). Il utilise des mots et des expressions parfaitement sérieux, et brusquement on trouve des tournures franchement grossières, du style: "On ne m'obligera jamais à lécher le cul de personne" (sic) ou "je parle aux mecs qui sont maintenant au Kremlin - et il y a là-bas des mecs compétents - le pays est prêt à jouer les carpettes devant le pouvoir...", etc. Selon moi, c'est mal, c'est une marque de relâchement, et qui plus est, cela ne convainc personne.

En général, les politiques sérieux ont pour habitude de préparer à l'avance leurs interventions publiques, dans la mesure où chaque mot a son propre poids. Un des exemples les plus frappants à cet égard est celui de Churchill, lequel a écrit son célèbre "discours de Fulton" presque six mois avant de le prononcer, travaillant chaque mot, façonnant et refaçonnant notamment sa fameuse phrase sur le "rideau de fer". Chaque personne amenée par le destin à exercer une activité publique doit sentir la responsabilité dont elle est investie, ne fût-ce que parce qu'il est dans la nature des hommes d'imiter les personnalités les plus populaires. Quelques livres publiés à Moscou sous le titre "Les perles des politiques", témoignent du fait que tout propos malheureux prononcé par des hommes d'Etat ne passe jamais inaperçu et fait même l'objet de railleries. J'ai lu récemment, il est vrai, une interview d'un des hommes politiques les plus cités de Russie - Viktor Tchernomyrdine, ambassadeur de Russie en Ukraine, ancien premier ministre du pays, dans laquelle il affirme utiliser en toute connaissance de cause la langue telle qu'elle est utilisée. J'ai lu nombre de ses discours, qui sortent de l'ordinaire, et je pense qu'il ne convient pas de parler d'"illétrisme" au sujet de Viktor Tchernomyrdine. La forme suscite peut-être l'ironie, mais ce qu'il veut dire est toujours clair. Par exemple, la phrase "je vis depuis longtemps dans une atmosphère de pétrole et de gaz" fait immédiatement sourire, mais il n'en reste pas moins que l'on comprend parfaitement qu'il s'agit de la longue expérience accumulée par Tchernomyrdine dans la branche pétro-gazière.

Le président Poutine s'exprime à mon avis tout à fait correctement, avec les spécificits de la prononciation pétersbourgeoise et du choix des mots. Il exprime intelligiblement sa pensée et formule clairement ses jugements, fait attention à ses constructions discursives.

Je n'ai que très peu eu l'occasion d'analyser les discours du premier ministre de Russie, Mikhail Fradkov, je les ai étudiés à l'oreille - et mon impression est plutôt bonne. Le cabinet des ministres emploie dans l'ensemble une langue russe tout à fait châtiée. Le ministre de la Culture, Andréi Foursenko, se distingue par son niveau de langage soutenu, et il ne saurait d'ailleurs en être autrement. Cependant, dans l'ensemble, la culture politique du langage en Russie est aujourd'hui inférieure à celle de l'Europe. La connaissance de plusieurs langues européennes me permet de faire cette comparaison. Il serait bon que nos hommes d'Etat prennent exemple sur Margareth Thatcher, laquelle en entrant en politique, a appliqué ses efforts à renoncer à sa prononciation londonienne "cockney" pour prendre les intonations royales.

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