L'annulation des avantages en Russie: le pouvoir est contraint de prendre en considération la réaction de la population

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MOSCOU (par notre commentateur économique Vassili Zoubkov). La Douma (chambre basse du parlement russe) a adopté en première lecture le projet de loi sur le remplacement des avantages sociaux par les compensations en liquide. La proportion des députés qui ont approuvé le projet de loi (66 %) s'est avérée pratiquement égale à celle de la population qui s'y est dit opposée.

Le budget fédéral remplace les avantages de 14 millions d'handicapés, d'anciens combattants, de victimes de l'accident de Tchernobyl, de ceux qui ont vécu le blocus de Léningrad et autres par les compensations en argent, dont le montant varie entre 17 dollars et 117 dollars par mois. Il est prévu d'allouer l'année prochaine près de 6 milliards de dollars pour le remplacement des avantages, dont 1 milliard de dollars pour le déplacement des militaires et presque autant pour les bénéficiaires des avantages pour payer le logement et les charges, ainsi qu'environ 4 milliards de dollars pour l'aide aux invalides.

Lorsque les montants de la compensation ont été annoncés, il s'est avéré qu'ils ne correspondaient pas aux nombreux avantages dont bénéficient les habitants des grandes et moyennes villes. Sans parler de l'annulation des avantages substantiels et, par conséquent, des compensations des charges locatives de ceux qui ont travaillé longtemps en Arctique et dans les régions assimilées de Sibérie, des allocations familiales, des subventions pour les médicaments, etc. Selon les estimations de la Société des handicapés de Russie, seulement un tiers des 10 millions de personnes invalides recevront une véritable compensation d'après la nouvelle loi.

Les adversaires et les adeptes de la loi nouvelle sont aujourd'hui unanimes à estimer que les changements qu'elle apporte dans la vie du pays sont immenses. La nouvelle loi n'est comparable qu'à la privatisation du début des années 90. La réaction négative des Russes a obligé le chef de l'Etat à exiger fermement du gouvernement qu'il change substantiellement la conception de la loi.

Le Comité budgétaire de la Douma (chambre basse du parlement russe) prépare déjà 15 amendements au texte à examiner en deuxième lecture. Le Comité social a préparé encore plus de propositions et d'amendements.

Selon les sondages, la nouvelle loi est soutenue dans la majorité des régions rurales du pays. Il n'est pas difficile d'expliquer la différence de réaction des citadins et des habitants ruraux à une même loi: par exemple, les avantages pour le téléphone et les transports urbains sont une fiction pour les retraités des provinces sibériennes où il n'y a pas de tramways et où le téléphone est encore rare. C'est pourquoi les habitants des provinces russes jugent plus utile de recevoir régulièrement même de faibles sommes.

Dans les grandes et moyennes villes, la situation est plus complexe. Sur 1600 personnes récemment interrogées par les sociologues, 38 % bénéficient des avantages pour le déplacement gratuit dans les transports urbains, 35 % ont des avantages pour les charges locatives, 21 %, pour le paiement partiel du téléphone, 19 %, pour les tarifs avantageux sur les médicaments et les soins médicaux. La compensation de l'Etat, suffira-t-elle pour que les anciens combattants et les retraités habitant les villes puissent continuer à en bénéficier sans dépenses supplémentaires?

Comme l'a déclaré le vice-premier ministre Alexandre Joukov et le ministre des Finances Alexei Koudrine, ils sont prêts à accepter des compromis en apportant des amendements à la nouvelle loi, l'Etat ne manque pas d'argent pour les compensations. Bien entendu, ces propos atténuent un peu le malaise social.

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